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En raison du coronavirus, le Japon commémore à bas bruit la catastrophe de Fukushima

Les cérémonies se déroulent profil bas en ce 11 mars, 9 ans après le tsunami et l'accident nucléaire qui ont dévasté cette région du centre du Japon.

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(DAISUKE URAKAMI / YOMIURI)

Scène étonnante mercredi 11 mars au parc Hibiya dans le centre de Tokyo : des milliers de personnes se sont arrêtées, comme chaque année depuis 9 ans, pour se recueillir devant un autel à la mémoire des victimes, et toutes ou presque portaient des masques chirurgicaux pour se protéger du coronavirus. L’épidémie touche jusqu’à présent 600 personnes au Japon et elle a fait 12 victimes, un bilan relativement modéré. Mais les autorités japonaises ont préféré annuler la grande cérémonie nationale de commémoration qui regroupe normalement le gouvernement, la famille impériale et les proches des victimes. Ici et là, dans la région de Fukushima, des familles se sont quand même réunies pour se recueillir quelques instants. Mais globalement presque tout a été annulé ou reporté. Des interrogations se posent aussi sur l’arrivée de la flamme olympique au Japon en vue des JO de l’été prochain, dont on ne sait d’ailleurs s’ils seront maintenus. Et la flamme doit théoriquement débuter son parcours au Japon, justement à Fukushima le 26 mars.  

40 000 personnes sans foyer, 9 ans après

Neuf ans après la catastrophe, il faut rappeler que le tsunami a fait 18 500 morts. Et combiné à la catastrophe nucléaire, il a déclenché la fuite de plus de 150 000 personnes. Neuf ans plus tard, au moins 40 000 d’entre elles n’ont toujours pas retrouvé leur foyer. Ensuite, il y a le sujet spécifique du démantèlement de la centrale. Il ne sera sans doute pas achevé avant 2050. Avec plusieurs problèmes qui sont loin d’être résolus. D’abord, il y a toujours du combustible fondu dans l’enceinte de la centrale. Conséquence de la fusion des réacteurs. C’est évidemment très dangereux, l’extraction n’a toujours pas commencé. Ensuite, il y a la gestion des déchets nucléaires. C’est une entreprise colossale parce que ces déchets, des centaines de milliers de tonnes ont été, dans un premier temps, disséminés dans près de 150.000 endroits dans toute la région. Les autorités japonaises cherchent désormais à les regrouper sur un ou deux sites, en particulier dans le village d’Okuma. Ils ont vocation à être brûlés. Mais encore faut-il pouvoir stocker les cendres.  

Le drame de l'eau contaminée

Enfin il y a l’eau contaminée. Et ça c’est encore plus compliqué, parce que la contamination se poursuit. Pour faire simple, il y a deux soucis majeurs. D’une part, il y a le problème des eaux souterraines qui viennent des montagnes situées aux environs et qui s’infiltrent dans l’enceinte de la centrale. Ce premier écueil a été en partie surmonté par la construction d’un mur d’enceinte souterrain à 30 mètres de profondeur tout autour de la centrale. D’autre part il y a les eaux de pluie et l’eau qui servait au refroidissement des réacteurs. Là encore, ça se mélange avec le césium et le tritium radioactifs. Et ce deuxième écueil reste entier : il génère mécaniquement de l’ordre de 170 m3 de liquide radioactif, chaque jour. Le gouvernement préconise de filtrer ce liquide avant de le rejeter à la mer, dans l’océan Pacifique. Les pêcheurs et les écologistes sont vent debout contre cette option. Donc on est encore loin de la solution.

(DAISUKE URAKAMI / YOMIURI)