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En Chine, une application mobile pour surveiller les musulmans ouïghours

L’ONG Human Rights Watch dénonce une traque contre cette minorité musulmane chinoise du nord-ouest du pays.

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Des Ouïghours à Xinjiang en chine, le 26 juin 2017. 
Des Ouïghours à Xinjiang en chine, le 26 juin 2017.  (JOHANNES EISELE / AFP)

Le régime chinois maîtrise sur le bout des doigts l'art de la guerre numérique. L'une de ses cibles privilégiées : les Ouïghours, minorité musulmane de l'extrême nord-ouest du pays, violemment réprimée et étroitement surveillée grâce à une appli mobile très perfectionnée.  

Une surveillance de masse 

Dans la région du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, 13 millions de musulmans ouïghours subissent une surveillance de masse digne de Big Brother. Cette population historiquement hostile à la domination de Pékin vit dans une région stratégique à plus d’un titre : située géographiquement au cœur des "nouvelles routes de la soie", projet pharaonique d'expansion économique vers l'ouest, son sous-sol regorge par ailleurs de pétrole, de gaz et de charbon. Surtout, le Xinjiang est le théâtre de tensions inter-ethniques violentes et d'attentats meurtriers depuis de nombreuses années, et c'est au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste et le séparatisme que Pékin met sa population en coupe réglée.

Pour cette surveillance, la police chinoise se sert d'une application mobile, baptisée IJOP, qui recueille une masse de données, du groupe sanguin à l'affiliation religieuse, en passant par de multiples gestes du quotidien, scrutés grâce aux adresses IP, au traçage des téléphones portables, aux plaques d'immatriculation, mais aussi aux millions de caméras de vidéo-surveillance installées dans toute la province. Cette surveillance de masse est décrite dans un rapport publié la semaine dernière par l’ONG Human Rights Watch.

Un million de Ouïghours seraient détenus

L’appli classe les individus en 36 catégories, et rend suspects des comportements parfaitement légaux et même anodins comme faire le plein d'une voiture qui n'est pas la vôtre, éviter d'utiliser la porte principale d'un bâtiment, cesser d'utiliser votre smartphone, ne pas sympathiser avec vos voisins, télécharger Whatsapp ou Telegram… Tout cela peut vous valoir la visite de la police, voire l'internement. Car cette surveillance de masse se double d'une répression, dénoncée depuis longtemps par les ONG et l'ONU.

Plus d’un million de Ouïghours seraient détenus dans des camps proches des anciens goulags soviétiques. Ce chiffre est démenti par le gouvernement chinois, qui parle de "centres de formation professionnelle" destinés à lutter contre la radicalisation religieuse.

Une "armée" de trolls pour la propagande 

Cette répression à l'intérieur des frontières chinoises se double d'une guerre numérique à l'extérieur, menée par une armée de trolls contre les organisations qui, à l'étranger, défendent les Ouïghours. Un groupe nommé "Armée centrale de Diba" s’en est pris le 10 avril dernier aux pages Facebook de deux de ces organisations, Talk East Turkestan et le Congrès mondial ouïghour, en les bombardant d'images montrant des habitants du Xinjiang rayonnant de joie. Cette propagande s'accompagne de commentaires menaçants. Aucun lien n'est établi entre cette "armée" et l'État chinois, mais les médias aux ordres du régime saluent la "croisade" de Diba contre les "fausses nouvelles" venues d'Occident.

Diba revendique plus de 20 millions de membres sur les réseaux sociaux, s'en est pris dans le passé à la page Facebook de la présidente de Taïwan, dont le parti s'oppose au rapprochement avec Pékin. Et les soldats de cette organisation seraient en train de déterminer leur prochaine cible : les partisans de l'indépendance de Hong-Kong.    

Des Ouïghours à Xinjiang en chine, le 26 juin 2017. 
Des Ouïghours à Xinjiang en chine, le 26 juin 2017.  (JOHANNES EISELE / AFP)