Comment aider l'Afghanistan après le séisme, sans financer le régime taliban

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Ce pays du Moyen-Orient est décidément confronté à tous les maux. Un séisme y a fait plus de 1 000 morts et 1 500 blessés mercredi 22 juin. Le régime taliban appelle à l’aide. Mais comment organiser des secours internationaux efficaces sans que cela profite à ce pouvoir obscurantiste ? Dilemme.

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
 (SAIFURAHMAN SAFI / XINHUA)

Il y a évidemment urgence. Les besoins sont considérables dans la région de Paktika, la plus touchée, dans le sud-est de l’Afghanistan. Ils sont d’autant plus importants que la situation était déjà catastrophique dans tout le pays avant même le séisme : 24 millions de personnes dans le besoin (60% de la population), un million d’enfants menacés de malnutrition.

Mais une fois ce constat posé, les écueils sont multiples. Le premier, c’est tout simplement le manque de structures d’aide sur place. Le gouvernement taliban a peu de ressources, le système de santé est exsangue. Et les ONG encore présentes dans le pays sont devenues rares. Outre les structures de l’ONU, on peut citer l’International Rescue Committee, la Croix-Rouge, et de plus petites ONG, comme l’italienne Emergency ou la française Vision du Monde. La Croix-Rouge a annoncé l’envoi immédiat de milliers de couvertures, de tentes, de matelas. L’une des priorités est de fournir un abri à tous ceux qui ont survécu. L’Iran et le Qatar ont également envoyé deux avions remplis d’aide et de matériel.

Des avoirs bancaires toujours gelés

Mais on est loin d’une opération humanitaire de grande ampleur à ce stade, parce qu'il y a des blocages politiques en raison de la nature du régime taliban. Les dirigeants islamistes de retour au pouvoir à Kaboul, on l’a désormais compris, sont tout aussi rétrogrades et conservateurs que leurs aînés lorsqu’ils dirigeaient l’Afghanistan dans les années 1990, en particulier sur la question de la scolarisation des filles, toujours impossible dans les collèges et les lycées. Les sanctions internationales sont donc toujours en place. Les avoirs bancaires du régime à l’étranger (entre sept et neuf milliards de dollars) sont toujours gelés.

Tout comme l’aide au développement, également à l’arrêt : plusieurs programmes de la Banque Mondiale ont été annulés fin mars, en raison de ce blocage sur la scolarisation des filles. Théoriquement, l’aide humanitaire d’urgence, comme dans le cas de ce séisme, peut quand même s’effectuer. Et l’un des dirigeants talibans, Anas Haqqani a d’ailleurs sollicité l’aide des ONG. Mais il y a des zones grises entre l’aide d’urgence, autorisée, et l’aide au développement, interdite. Donc il faut arbitrer au cas par cas et s’assurer que les fonds d’urgence arrivent bien sur le terrain.  

Des doutes sur les transferts de fonds

Et il n’y a pas que des blocages politiques. Il y a aussi des problèmes très pratiques à résoudre. Le premier, c’est comment transférer les fonds. L’Afghanistan reste coupé du système bancaire international. Un fonds fiduciaire spécial a bien été créé : il prévoit que l’argent transite systématiquement par les agences onusiennes ou les ONG. Mais le plus souvent, en bout de chaine, il faut utiliser de l’argent liquide ou le vieux système traditionnel de transfert d’argent dans le pays, l’hawala, avec le risque de voir une partie des sommes détournées par les représentants du pouvoir.

Le second défi, c’est de parvenir à collecter des fonds. Les Etats, comme les particuliers sont très réticents à donner de l’argent. Seulement 13% des fonds nécessaires ont été collectés l’an dernier. Au printemps dernier, l’ONU a lancé, en faveur de l’Afghanistan, le plus grand appel à l’aide jamais effectué pour un seul pays. Mais l’argent rentre difficilement.    

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