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Afghanistan : six mois après la chute de Kaboul, les talibans toujours confrontés au blocage de l'aide internationale

Le 15 août 2021, Kaboul tombait aux mains des Talibans en Afghanistan. Six mois plus tard, la situation sur place est catastrophique et le régime se heurte au gel total de l’aide internationale.

Article rédigé par franceinfo - Jean-Marc Four
Radio France
Publié Mis à jour
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Distribution de nourriture à Shourandam, dans les environs de Kandahar (Afghanistan), où la situation économique est catastrophique (THIBAULT LEFÈVRE / FRANCE INTER / RADIO FRANCE)

Le régime de l'Émirat Islamique, comme il se qualifie lui-même, a deux objectifs : le plus symbolique, c’est d’obtenir une reconnaissance diplomatique. Aucun pays ne l’a fait jusqu’à présent. Et le plus urgent, c’est d’obtenir un déblocage de l’aide internationale et des fonds de la Banque centrale afghane. Depuis trois semaines, les talibans ont donc multiplié les tentatives de négociation diplomatique pour y parvenir.

Dernière initiative en date, depuis ce dimanche 13 février, à Doha au Qatar : le ministre afghan des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, se trouve sur place pour discuter avec les pays du Golfe et les Européens. Auparavant, une autre négociation avait eu lieu  à Genève. Et fin janvier, c’était à Oslo, en Norvège. L’aide internationale représente les deux tiers du budget du pays. Et tout est gelé depuis six mois. Même chose pour les réserves en devises de l’Afghanistan, près de dix milliards de dollars, dont les trois quarts ont été carrément saisis par les États-Unis le 11 février.

23 millions de personnes menacées de famine

L’argument des talibans, c’est de dire qu’il y a urgence à débloquer ces fonds, vu la situation humanitaire. Mais la communauté internationale veut des garanties en contrepartie, sur les droits des femmes et la liberté d’expression. Le fait est que la situation humanitaire est catastrophique. C’est aujourd’hui la plus grande crise humanitaire au monde avec le Yémen. Sur les 38 millions d’habitants du pays, 23 millions sont menacés par la famine, soit 55% de la population. Estimation officielle de l’ONU qui plaide d’ailleurs pour un allègement des sanctions en raison de cette situation dramatique. Et ça se dégrade de semaine en semaine.

Selon un rapport de l’ONG Save the Children publiée le 14 février, une famille afghane sur trois n’a plus aucune ressource. Un million d’enfants sont contraints de travailler pour essayer de rapporter un peu d’argent pour se nourrir. L’ONG précise que le problème, ce n’est pas la pénurie d’aliments : on trouve de quoi se nourrir sur les marchés. Le problème, c’est que les gens n’ont rien pour payer.  

Droits des femmes et liberté d'expression toujours bafoués

Mais les contreparties de la part des talibans tardent à venir. Le régime prend des engagements oraux, fait des promesses sur le respect des droits. Et donne quelques signaux, quelques gages de bonne volonté. Par exemple le 13 février, quatre militantes féministes portées disparues depuis trois semaines après avoir dénoncé le port de la burqa ont été relâchées. Quelques étudiantes, ici et là, ont également pu revenir à l’université.

Mais globalement, les droits des femmes sont à nouveau largement bafoués : les filles sont refoulées du système éducatif et se replient sur des écoles clandestines. Les femmes sont exclues des emplois publics et doivent être accompagnées d’un homme pour tous les trajets significatifs. Ce n’est pas mieux côté liberté d’expression. Plus de 50 professionnels des médias ont été interpellés selon un rapport de Reporters sans frontières. Nombre d’entre eux ont été tabassés. Plus de 80 radios ont cessé d’émettre dans le pays. Autrement dit, les talibans font des promesses pour essayer d’obtenir le déblocage de l’aide internationale. Mais les actes contredisent les paroles.  

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