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Au Royaume-Uni, il est plus facile de conjuguer ménopause et travail

Après la police de Nottinghamshire, c'est au tour de la chaîne de télévision Channel 4 d'adapter l'emploi du temps de ses salariées quand elles doivent supporter les effets de la ménopause.

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Les locaux de la chaîne de télévision britannique Channel 4, à Londres.
Les locaux de la chaîne de télévision britannique Channel 4, à Londres. (TIM HALL / ROBERT HARDING HERITAGE)

Le 17 octobre 2019, la chaîne de télévision britannique Channel 4 a mis en place des mesures spécifiques pour ses salariées ménopausées. Petit rappel physiologique : aux alentours de la cinquantaine, quand la production hormonale s'effondre, l’ovulation, donc les règles, s'arrêtent. Viennent alors les bouffées de chaleurs, les vilaines rougeurs au visage et au cou, les sueurs et les frissons, parfois plusieurs fois par heure. C'est le lot de huit femmes sur dix.

Certaines subissent, en plus, insomnies, maux de tête, humeur irritable, fatigue, difficulté à se concentrer, perte de mémoire, douleurs articulaires, etc. Un inconfort physique et psychique qui, pour une femme sur quatre, peut même conduire à la dépression. Or, dans le monde de l'entreprise, ce sujet est encore un tabou : difficile d'en faire un sujet de conversation entre collègues à la machine à café !

Après la police du Nottinghamshire il y a deux ans, c'est donc Channel 4, la chaîne aux 861 salariés (dont 54% de femmes), qui se montre pragmatique. Sa patronne, Alex Mahon, une femme, propose à ses salariées des horaires plus flexibles, des congés payés si les symptômes de la ménopause les empêchent de travailler, mais aussi des espaces plus frais et plus calmes que leur bureau pour se reposer, parler ou même pleurer en toute intimité avant de revenir à son poste. La chaîne va aussi organiser des séances d’information et de sensibilisation pour ses cadres dirigeants, qui sont plus rarement des femmes.

Un impact sur le travail pour 94% des femmes

Pour 94% des femmes interrogées par le centre de traitement de la ménopause Newson Health, dans son enquête publiée en juillet 2019, les symptômes de la ménopause ont un impact direct sur leur travail. La moitié des sondées parlent notamment d'une détérioration de leurs performances, qu'elles n'ont pas réussi à cacher à leurs collègues.

Citée par l'organisation, un médecin, Rebecca Lewis, explique : "De peur que l'on se moque d'elles ou qu'on leur demande de faire avec si elles disent "c’est la ménopause", les femmes souffrent en silence". Des symptômes qui les ont contraintes à s'absenter fréquemment, à se mettre à temps partiel ou en congés maladie. C'est le cas d'une femme interrogée sur huit. Au Royaume-Uni, les sondages ne manquent pas sur cette question, avec des résultats souvent similaires.

Une proposition de loi

Pour que les mentalités changent, deux députées, l'une travailliste, Carolyn Harris, et l'autre conservatrice, Rachel Maclean, demandent que la ménopause soit considérée par les entreprises au même titre qu’une maladie ou qu’une grossesse.

Leur texte devrait être soumis au Parlement, quand les débats à la Chambre des communes ne seront plus phagocytés par le Brexit. Une mesure essentielle alors qu'au Royaume-Uni, plus de 5 millions de femmes entre 45 et 60 ans travaillent, et que le vieillissement démographique est une tendance de fond en Europe.

Un congé "menstruel" en Asie

En septembre 2019, lors de sa conférence annuelle, le Parti travailliste s'est fixé comme objectif de proposer un plan d'aménagement au travail pour les entreprises de plus de 250 salariés. Mais la prise de conscience est lente : au Royaume-Uni, moins de 5 % des entreprises appliquent de fait une « politique de la ménopause ».

L'Asie est un peu plus sensibilisée à ces questions : au Japon, à Taïwan, en Corée du Sud ou en Indonésie, il existe par exemple un « congé menstruel », qui permet aux femmes de prendre un jour de congé payé en cas de règles douloureuses. En France, quelques avocats et associations médicales proposent la même chose, sans succès pour l'instant.

Les locaux de la chaîne de télévision britannique Channel 4, à Londres.
Les locaux de la chaîne de télévision britannique Channel 4, à Londres. (TIM HALL / ROBERT HARDING HERITAGE)