Au Mali, la junte s'accroche au pouvoir malgré les pressions internationales

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Le président Assimi Goïta, arrivé au pouvoir dans ce pays d'Afrique de l'Ouest après deux coups d'État, refuse de céder sa place avant au moins cinq ans, malgré les pressions de la communauté internationale. Les Européens doivent plancher sur le sujet vendredi. 

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Radio France
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Le colonel Assimi Goïta, président du CNSP (Comité national pour le salut du peuple) s'adresse à la presse lors de la cérémonie du 60e anniversaire de l'indépendance du Mali à Bamako, le 22 septembre 2020. (MICHELE CATTANI / AFP)

"L'heure est au rassemblement de tous les Maliens sans exception, pour réaffirmer nos positions de principe et défendre notre patrie". Ces mots sont ceux d'Assimi Goïta, chef de la junte porté à la tête du Mali en 2020 par un premier coup d'État, et devenu président du pays après un second coup d'État en mai 2021. Malgré les pressions, dont des sanctions économiques imposées par la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) et la condamnation de plusieurs pays dont la France, le chef d'État refuse de céder le pouvoir avant au moins cinq ans. 

Le Mali aux Maliens, c'est donc avec cette fibre très dangereuse qu'Assimi Goïta tente de justifier son maintien au pouvoir, en parlant de sanctions au "caractère  illégitime, illégal et inhumain". Mais, plus pernicieux, il ajoute aussi que la communauté des États africains s'est laissée instrumentalisée par des puissances extra-régionales. Une façon de viser directement la France, qui, pour rappel, est engagée au Sahel avec l'opération Barkhane, mais aussi avec les Européens de la task force Takuba

Un sentiment anti-français qui augmente  

On peut donc évidemment craindre que le sentiment anti-français devienne plus fort au Mali. Et on pourra le vérifier dès vendredi 14 janvier, puisque la junte au pouvoir a demandé aux Maliens de manifester ce jour-là contre les sanctions imposées. Ce que l'on peut déjà imaginer, c'est que sur les pancartes brandies dans les rues de Bamako, la France sera montrée du doigt, voire rendue responsable de ces sanctions. 

Ce sentiment anti-français, qui devrait donc être exacerbé, est une petite musique qui s'entend surtout à Bamako. Elle se diffuse depuis des mois et des mois, à la fois dans une certaine couche de la population, chez certains décideurs mais aussi et surtout dans une partie de la classe politique. 

Le dialogue quand même possible ?

Mais Assimi Goïta n'a pas complètement fermé la porte, puisqu'il se dit également ouvert au dialogue. Même s'il faut quand même s'entendre sur la notion de dialogue, depuis quelques temps, on a plutôt l'impression que le président malien parle pour lui-même. Or, comme le disait Paul Valéry, "Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie".

À cela s'ajoute le fait que la parole du président malien n'est pas d'une fiabilité extraordinaire : il y a quelques semaines encore, il jurait qu'il n'y avait aucun accord avec les paramilitaires russes de l'opération Wagner. Or, 300 à 400 de ces hommes seraient déjà déployés au Mali. Et il y a un an, Assimi Goïta promettait de rendre le pouvoir en 2022 ... Or, là encore, on peut dire qu'il a menti. Une hypocrisie qui va très vite reposer la question de la présence française au Mali, car il sera de plus en plus difficile de justifier que des soldats français meurent pour un pays qui ne souhaite plus notre présence. 

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