À Shanghai, un homme est embarqué dans un sac mortuaire alors qu’il était vivant : symbole d’une politique anti Covid-19 devenue absurde

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La vidéo montrant cette anecdote incroyable a fait le tour des réseaux sociaux en Chine, où la rigidité excessive de la stratégie zéro Covid-19 devient de plus en plus évidente. 

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Des ouvriers déchargent et désinfectent des colis à la porte d'une communauté du district de Jiading, à Shanghai, le 25 avril 2022.  (CHEN JIANLI / XINHUA)

La vidéo est stupéfiante. La scène, filmée par deux internautes, se passe dimanche 1er mai dans l'après-midi dans une rue du district de Putuo à Shanghai en Chine, à la sortie d’une maison de retraite. On voit trois employés d'un service mortuaire, en combinaison de protection intégrale bleue et blanche contre le Covid-19, transporter, sur un brancard, ce que l'on présume être la dépouille d’un homme, enveloppée dans un sac de protection jaune. Ils se dirigent vers une camionnette, un break, pour emporter la dépouille. Et soudain, les employés ont un mouvement de recul. Comme s’ils voyaient un fantôme. L'un des employés entrouvre la fermeture éclair du sac mortuaire. Et on le devine alors à sa réaction : l'homme présumé mort est vivant.

Cette histoire a déclenché un torrent de réactions en Chine. Beaucoup la décrivent comme le symbole des excès de la stratégie zéro Covid-19 du gouvernement. Plusieurs responsables de la maison de la retraite ont été aussitôt suspendus, une enquête a été ouverte. Les employés des pompes funèbres ont reçu une prime pour avoir repéré "l'anomalie". Quant au "mort-vivant", il a été hospitalisé. Atteint de Covid-19 oui, mais bien vivant.   

Colère contre les restrictions à Shanghai

Voilà six semaines que Shanghai est confinée. Et les incidents liés à ce confinement très strict sont innombrables. Ce qui devait durer seulement quelques jours fin mars, n'en finit plus. La moitié de la ville, qui compte 25 millions d’habitants, reste sous confinement strict : fermeture totale des commerces, interdiction de sortir de chez soi. Et dans la partie où les habitants sont à nouveau autorisés à sortir de chez eux, le nombre de cas a commencé à repartir à la hausse ce lundi 2 mai. C'est le signe que le variant Omicron, très contagieux, est toujours là. Les vaccins chinois, seuls autorisés, sont peu efficaces contre Omicron.

Et le gouvernement ne veut pas laisser circuler le virus : aucune prise de risque. Jusqu'à l'absurde, jusqu'à vouloir se débarrasser un peu vite d'un homme présumé mort. Sur les réseaux sociaux, la colère contre les restrictions est réelle : cris d’angoisse dans la nuit, manque de nourriture pour certains qui mendient dans la rue en bravant le confinement. Le symbole est d’autant plus fort que Shanghai incarnait jusqu'à présent la ville modèle, bien organisée, incarnation des nouvelles classes moyennes chinoises.  

Pékin menacée à son tour de confinement total

Et après Shanghai, la menace plane maintenant sur la capitale, Pékin ; le pouvoir chinois veut à tout prix éviter que Pékin connaisse les mêmes scènes que Shanghai. Mais le risque est réel. Le confinement a démarré dans une centaine de résidences. Et des tests Covid-19 sont désormais réclamés pour l'accès à tous les commerces et tous les lieux publics y compris les jardins, dans 12 des 16 districts de la ville.

Pékin est à l’arrêt, alors que normalement, après le 1er mai, c'est la fête, avec une série de jours fériés, jusqu’au 4 mai au soir. Les cas de Covid-19 ne se comptent que par dizaines chaque jour, mais ils augmentent. D'ici à ce que Pékin se retrouve totalement confinée comme Shanghai, il n'y a qu'un pas. En tout cas, le pouvoir ne changera pas de stratégie. Ce serait désavouer la parole du président Xi Jinping. Inconcevable, a fortiori à quelques mois du 20e congrès du Parti communiste chinois.

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