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On s'y emploie. Aimer son travail et en souffrir : un paradoxe français

Pourquoi les Français aiment-ils leur travail et qu'en même temps ils en souffrent ? C'est en tout cas la thèse d'un livre qui vient de paraître sur le sujet.

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Un employé travaillant de nuit dans son bureau à Issy-les-Moulineaux.
Un employé travaillant de nuit dans son bureau à Issy-les-Moulineaux. (MAXPPP)

Travail, guide de survie de Jean-François Dortier

Jean-François Dortier est sociologue, directeur de la publication de la revue Sciences humaines. Il est l'auteur de "Travail, guide de survie", paru aux éditions Sciences humaines.

D'un côté les Français sont investis dans leur travail, et de l'autre ils en souffrent souvent. Pourquoi ?

"Toutes les enquêtes le montrent, les gens aiment leur travail, à 80% environ. Et paradoxalement, ce sont les mêmes qui souffrent au travail. Il y a le burn out, le stress, mais aussi le blues du dimanche soir, une souffrance en mode mineur mais tout aussi importante."

L'autonomie crée de la souffrance. C'est là aussi paradoxal

"Il y a des tas de raisons à la souffrance au travail, certaines sont liées à la pression économique, à des formes de management tournées vers l'urgence, mais il y a aussi ce que j'appelle le coût humain des relations humaines. Depuis une trentaine d'années les entreprises ont laissé plus d'autonomie aux salariés. Donc plus de compétences, plus de responsabilités, plus de débrouillardise et de créativité, mais aussi plus de stress et un manque de reconnaissance, ce qui est normal : plus on a d'autonomie moins le travail est visible de l'extérieur, donc on a à la fois un surinvestissement et un manque de retour."

Pourtant les cadres, qui ont le plus d'autonomie, sont les plus heureux au travail

"Les plus heureux et les plus malheureux. Ils sont écrasés par le poids d'une multitude d'activités qui exercent une pression considérable sur eux."

Qu'est-ce qu'on peut faire, individuellement ?

"Il y a le "lâcher-prise". C'est une philosophie du travail qui apprend à prendre la mesure de ce qui est important et de ce qui ne l'est pas, qui apprend aussi à lutter contre le perfectionnisme. C'est aussi apprendre à dire non, à éliminer. Quand on a fait sa "to-do-list" le matin, au lieu de se jeter dessus, la première chose à faire, c'est éliminer. Et on peut toujours le faire, parce qu'on s'engage souvent dans des chantiers dont on ne mesure pas l'importance et qu'on finira par abandonner."

Un employé travaillant de nuit dans son bureau à Issy-les-Moulineaux.
Un employé travaillant de nuit dans son bureau à Issy-les-Moulineaux. (MAXPPP)