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Mad Men marque la fin d'une époque

La série de Matthew Weiner fut une remarquable machine à collecter les récompenses (Emmy Awards et Golden Globes) et les manchettes des journaux. Elle a achevé dimanche la première partie de sa septième et dernière saison dans une certaine discrétion. Mad Men est-elle passée de mode ?

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A elle seule, Mad Men a incarné la mode des séries télé et l'engouement connu par ces productions au tournant des années 2010 alors que s'achevait doucement ce que l'on peut appeler le troisième âge d'or du petit écran. Récit glamour et soigné d'une autre époque, elle a mis un peu de temps à rencontrer un succès populaire et la critique l'a longtemps soutenue avant que le public se décide à l'adopter. Il faut dire que l'histoire imaginée par Matthew Weiner (qui travailla sous la férule de David Chase sur Les Soprano ) est d'une grande beauté et d'une grande lenteur. Elle aurait pu apparaître élitiste, elle s'est imposée comme le symbole d'une qualité maîtrisée, d'un genre qui n'avait plus à se sentir le parent pauvre de l'entertainment, le cadet honteux du cinéma.

Pendant plusieurs années, Mad Men est apparue comme un emblème, un modèle voire un phénomène. Les journaux décortiquaient chaque épisode avec une forme de délice exigeant. On louait l'audace de Weiner, le soin apporté à l'esthétique, le souci du détail historique. Mad Men reposait à la fois sur un niveau de narration, de réalisation, de construction et de production mais également sur une forme de nostalgie. La série nous parlait (nous qui entrions dans la crise financière la plus violente depuis le crack de 1929) d'une époque où les hommes étaient aventureux, où ils prenaient des risques, où ils pouvaient espérer conquérir sinon le monde du moins des clients et faire preuve d'innovation.

Intérêt commercial évident

L'effet nostalgique a joué à plein. Nous assistions à cette construction du monde occidental, à sa croissance, à sa métamorphose. Cette transformation était portée par une forme d'espoir que l'on accueillait d'autant plus volontiers que nous-mêmes étions peu à peu gagnés par cette perte d'espoir. On pourrait avancer l'hypothèse que Mad Men a comblé un vide, qu'elle a répondu à un manque. Qu'elle a ressuscité un monde que l'on sait enfui et qu'on a d'autant plus volontiers étreint qu'on sentait qu'il ne reviendrait plus.

Aujourd'hui Mad Men continue de faire de bons scores d'audience. La série conserve de nombreux fidèles à mesure qu'elle approche de son terme, la fin des années 60 et le début des années 70. Mais elle ne procure plus le même rêve, elle n'inspire plus la même sensation de (re)découverte. La nostalgie s'est évanouie et avec elle une partie du charme d'une fiction qui a été dépassée par elle-même. Qui laissera dans l'histoire de la télévision une empreinte particulière et indélébile.

La septième saison a été coupée en deux, exactement comme Breaking Bad , autre série phare de la petite chaîne câblée américaine AMC. L'idée est évidemment de prolonger l'aventure le plus longtemps possible. La première moitié de la saison 7 de Mad Men s'est achevée dimanche. La seconde moitié sera diffusée l'an prochain. L'intérêt commercial est évident puisqu'on conserve une année de plus un produit fort et on entretient l'attente des spectateurs sur deux ans et non plus sur quatorze semaines. On pardonnera volontiers aux producteurs cette stratégie car avant d'être dépassée par son succès Mad Men a fait ce qu'elle promettait: nous entraîner dans une histoire et nous faire sentir humains.

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