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House of Cards, Macbeth à la Maison-Blanche

Après le succès rencontré par la première saison, la série produite par le réalisateur David Fincher pour Netflix aborde l'étape délicate du deuxième chapitre souvent considéré comme le plus difficile à négocier. House of Cards s'est  affranchie de la fiction britannique qui lui avait servi de modèle. Avec une faiblesse récurrente, Frank Underwood n'a pas de rival à sa mesure.

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Dire que la deuxième saison de House of Cards était attendue est presque un euphémisme. Selon les premiers chiffres disponibles, environ 16% des abonnés de Netflix, le service de vidéo à la demande, ont regardé les deux premiers épisodes dans les six à huit heures qui ont suivi leur mise en ligne, vendredi.

Il y a une sorte d'ironie (qu'on veut croire volontaire de la part de Netflix) à avoir proposé les 13 épisodes de cette saison deux le jour de la Saint-Valentin. Pourquoi ? Parce qu'elle parle avant tout de ce couple infernal, Frank et Claire Underwood, uni par bien plus que l'amour, par l'ambition ultime de la conquête du pouvoir absolu.

Frank et Claire Underwood sont comme Macbeth et sa femme, les deux personnages de la pièce la plus noire et la plus tragique de William Shakespeare. Beau Willimon, qui avait adapté en 2013 la mini-série britannique tirée de l'ouvrage Michael Doobs rédigé à la fin des années 80 et du règne de Margaret Thatcher, a cette fois travaillé sur de la matière vierge.

L'action reprend exactement à l'endroit où elle s'était arrêtée. Frank Underwood a obtenu sa vengeance pour avoir été privé du poste de secrétaire d'Etat qui lui était promis. Chef de file de la majorité démocrate au Congrès américain, il rejoint la Maison blanche quand lui est proposé le poste vice-président des Etats-Unis.

La saison un était le récit d'une vengeance. Celle-ci accomplie, Frank comme Macbeth se retrouve "three feet away from the centre of the frame ", à un mètre de la place centrale sur le tableau de l'exécutif. Claire, comme Lady Macbeth, va dévouer son existence à aider son mari à franchir ce mètre aussi vaste qu'un océan.

Un thriller politique classique

La saison 2 devient un thriller politique, beaucoup plus classique. Une production qui demeure de très bonne facture et qui aurait parfaitement sa place sur une chaîne de référence comme HBO . C'est en ce sens que Netflix a réussi son pari, elle s'est invitée parmi les producteurs de contenus à forte qualité ajoutée.

House of Cards, chapitre deuxième, est parfaitement construit et habilement géré sur la distance, on avance rapidement dans l'action mais celle-ci est capable de faire des pauses, de reprendre son souffle, exactement comme Frank et Claire partageant le soir au calme une cigarette sur le bord de la fenêtre de leur demeure.

Le principal reproche que l'on pourrait faire à la série (en attendant la saison 3 dont le financement a été conclu) est qu'en dehors de Frank et de Claire, il n'y a (presque) personne.

Autour de ces deux personnages d'exception, c'est une sorte de vide, il n'existe pas de protagonistes à leur démesure. Ni le président fâlot, ni Raymond Tusk l'éminence grise, ni Jackie Sharp (la nouvelle 'whip' des démocrates), ni Remy Danton l'exécuteur de basses oeuvres, ni Doug Stamper le fidèle entre les fidèles.

Frank et Claire volent le spectacle ou plutôt ils l'assurent presque entièrement seuls. Et sur 13 épisodes, on a besoin de seconds rôles capables de donner la réplique, voire de mettre en danger le déroulement de l'intrigue. On pourra s'interroger à l'envie sur le réalisme de cette saison 2 qui reprend des événements de l'actualité (shutdown, tensions avec la Chine, élections de mi-mandat, Tea Party, etc.) mais cela n'est pas vraiment le propos.

House of Cards n'a pas vocation à être crédible. D'ailleurs, on doute qu'un vice-président dispose d'une telle marge de manoeuvre. En revanche, elle interroge les Américains sur cette particularité aussi vieille que la Constitution d'un "numéro 2" vivant dans l'ombre du numéro 1 et pouvant le remplacer, si nécessaire.

 

 

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