VRAI OU FAUX. Est-il vrai que trois députés européens insoumis ont refusé de condamner le Hamas ?

Selon plusieurs élus, les seuls eurodéputés français qui n'ont pas voté la résolution du Parlement européen pour condamner le Hamas après l'attaque du 7 octobre contre Israël sont membres de la France insoumise. C'est vrai mais cela mérite des explications.
Article rédigé par Armêl Balogog
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Les membres du Parlement européen participent à une séance, à Strasbourg, le 6 juillet 2022. (PATRICK HERTZOG / AFP)

La présidente du parti Renaissance en Seine-Saint-Denis, Shannon Seban, pose une devinette : "Trois eurodéputés français ont voté contre la résolution pour condamner le Hamas [après son attaque terroriste contre Israël le 7 octobre] . À quel parti politique appartiennent-ils ?", écrit Shannon Seban lundi 23 octobre sur X. Réponse : "La France insoumise, bien évidemment !"

Le lendemain, Sébastien Chenu, le vice-président du Rassemblement national, dénonce également sur X ce qu'il appelle "l'ignominie LFI du jour" avant d'estimer que, "chaque jour, ils sombrent davantage". Un vote qui alimente les nombreuses critiques envers La France insoumise provenant des autres partis politiques et même de ses alliés de gauche.

Trois eurodéputés LFI se sont opposés à la résolution européenne

Et en effet, les trois seuls députés européens français qui ont voté contre la résolution du Parlement européen condamnant le Hamas, jeudi 19 octobre, sont membres de la France insoumise. Il s'agit de Manon Aubry, Marina Mesure et Younous Omarjee. Ce sont les seuls français parmi les 21 élus qui se sont opposés au texte. À l'inverse, 500 eurodéputés ont voté pour cette résolution qui a été largement adoptée.

En revanche, ce que les accusateurs ne disent pas, c'est que deux autres députés européens élus sur la liste LFI ont voté en faveur du texte, à savoir Anne-Sophie Pelletier et Emmanuel Maurel. La sixième eurodéputée élue sur la liste LFI, Leïla Chaibi, n'a pas pris part au vote car elle est en congé maternité.

Manon Aubry a déjà expliqué sa décision sur X. "Nous refusons de soutenir une résolution qui donne de fait un blanc-seing à la poursuite des bombardements israéliens", justifie-t-elle. Elle avait défendu un amendement pour que le Parlement européen réclame un "cessez-le-feu humanitaire immédiat", mais cet amendement a été rejeté par les autres élus. À la place, le Parlement européen a préféré appeler "à une pause humanitaire, à une désescalade et au plein respect du droit humanitaire international" (paragraphe 11 de la résolution). Insuffisant aux yeux de l'insoumise.

Validation du paragraphe condamnant le Hamas

Néanmoins, cela signifie-t-il que ces trois élus ont refusé de condamner le Hamas dans l'absolu ? Oui et non.

Il faut savoir que, lors de l'examen d'une proposition de résolution, les élus européens sont d'abord appelés à se prononcer sur chaque paragraphe du texte indépendamment, avant de devoir voter pour ou contre la totalité du texte.

Pendant les débats, ces trois eurodéputés insoumis avaient bien validé le premier paragraphe qui "condamne avec la plus grande fermeté les attentats terroristes et les meurtres abjects commis par le Hamas contre Israël et sa population et exprime son soutien à l'État d'Israël et à sa population [et] réaffirme que l'organisation terroriste Hamas doit être éliminée". Les relevés des votes en attestent (page 12). C'est ce qui permet à Manon Aubry de marteler sur X et mardi 24 octobre sur Sud Radio qu'elle a bien voté pour la condamnation du Hamas.

Mais il est vrai qu'à la fin des débats, ces trois élus se sont opposés à la résolution dans son ensemble, alors qu'elle contenait cette condamnation. Ils ne font donc pas officiellement partie de la liste des députés européens qui ont condamné le Hamas le 19 octobre (page 194).

Seule la gauche européenne s'est divisée sur la question 

La division des élus de la liste LFI lors du vote de cette résolution est un nouvel exemple de la rupture plus large de la gauche depuis l'attaque du Hamas, au point que les socialistes ont décidé de suspendre leurs actions au sein de la Nupes. Au Parlement européen, tous les groupes ont voté cette résolution à l'unanimité, qu'il s'agisse du centre, de la droite, de l'extrême droite et même des sociaux-démocrates (la gauche dite classique en France avec les socialistes). Les seuls qui se sont divisés sur la question sont la gauche européenne (plutôt classée à l'extrême gauche en France) et les verts européens.

Cette rupture entre la gauche classique et l'extrême-gauche s'est matérialisée par un échange vif entre le député européen socialiste Raphaël Glucksmann et le fondateur de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon sur le réseau social X. Le premier a voté la résolution pour, dit-il, "condamner dans les termes les plus forts les terroristes du Hamas et les massacres du 7 octobre 2023 et demander le respect du droit international, la levée du siège de Gaza ou l'aide aux civils palestiniens", a-t-il expliqué sur X, même si, à ses yeux aussi, "cette résolution n'est pas parfaite et peut être critiquée".

Réponse quasi immédiate de Jean-Luc Mélenchon : "Donc refuser de demander le cessez-le-feu, refuser le couloir humanitaire, refuser la levée du blocus, c'est ce que le PS de Glucksmann appelle une claire condamnation des crimes." 

Raphaël Glucksmann a répliqué de son côté qu'il avait bien voté pour l'amendement de Manon Aubry demandant un cessez-le-feu et que ce n'était donc pas de sa faute s'il n'avait pas été retenu.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.