Le vrai du faux, France info

VRAI OU FAKE Coronavirus : les Américains confinés doivent-ils vraiment payer des frais de "3 000 à 4 000 dollars la journée" ?

Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, a affirmé mardi sur franceinfo que les frais de confinement peuvent atteindre 4 000 dollars par jour aux États-Unis.   

Olivier Véran, ministre de la Santé, était l\'invité du \"8h30 franceinfo\" mardi 10 mars 2020
Olivier Véran, ministre de la Santé, était l'invité du "8h30 franceinfo" mardi 10 mars 2020 (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Alors que la sécurité sociale prend en charge les Français touchés de près ou de loin par le coronavirus, les seuls coûts de prévention aux États-Unis seraient exorbitants. Invité de franceinfo mardi 10 mars, Olivier Véran a affirmé : "Allez voir outre-Atlantique comment ça se passe. Les gens qui sont confinés, on peut parfois leur facturer 3 000 ou 4 000 dollars la journée, on les confine et on les fait payer. Allez voir comment se passe la réalisation des tests à l'étranger”. Ce n'est qu'en partie vrai, la Cellule Vrai du Faux de franceinfo vous explique pourquoi.

Olivier Véran évoque des coûts de 3 000 ou 4 000 dollars (2 600 ou 3 500 euros) par journée pour une mise en quarantaine. Ces montants sont effectivement constatés, mais ils correspondent en réalité à l’ensemble de la période de confinement, et non à une seule journée. 

Près de 4 000 dollars pour une quarantaine obligatoire   

Fin février 2020, un Américain et sa fille de retour de Wuhan en Chine ont été placés en quarantaine pour deux semaines. Pour cette hospitalisation, ils ont reçu une facture de près de 4 000 dollars (3 700 euros), rapporte le New-York Times. Cette dernière comprenait les frais de médecins hospitaliers, les radiologistes et la société d’ambulance. “La quarantaine étant obligatoire, j’en avais déduis que tout serait pris en charge”, a déclaré le père au quotidien américain. La CDC (Center for Disease Control and Prevention) a refusé d’indiquer si elle prendrait en charge les frais. Le système de santé publique américain ne possède pas d’assurance universelle mais repose sur des assurances privées.  Il y a donc 27,5 millions d’Américains non assurés qui se voient donc contraints de régler eux-mêmes leurs frais médicaux.   

Plus généralement, la journée d’hôpital aux États-Unis coûte en moyenne 4 293 dollars, d’après une étude de la “International Federation of health Plans” (la Fédération internationale pour les plans santé). Conséquence, les Américains sont nombreux à retarder leur prise en charge médicale à cause de frais trop élevés. D’après un sondage Gallup publié en décembre 2019, 25% des citoyens américains ont déclaré avoir repoussé un examen médical pour une maladie grave en raison du coût trop élevé. 

3 720 dollars pour un test de dépistage   

Et quid des frais pour se faire dépister ? En Floride, un homme présentant des symptômes de coronavirus s’est fait tester dans un hôpital. D’après le Miami Herald, l’homme estimait qu’il en allait de “sa responsabilité envers sa famille et sa communauté”. Mais, même testé négatif au Covid-19, il s’est vu réclamer 3 720 dollars, réduits à 1 400 dollars après la prise en charge de son assurance.   

Aujourd’hui aux États-Unis, les tests réalisés par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ou un laboratoire de santé publique sont gratuits. En revanche, les coûts médicaux liés au dépistage sont particulièrement coûteux, comme les tests sanguins ou les radiologies. C'est pourquoi Ted Yoho, un élu républicain de Floride, a évoqué une prise en charge gratuite et totale des tests de dépistage pour les 27,5 millions de non assurés que compte le territoire américain. 

Le congé maladie payé est un luxe   

Autre obstacle pour les Américains potentiellement atteints du Covid-19, le congé maladie, un luxe aux États-Unis. Dans l'hôtellerie et la restauration notamment, 55% des salariés n’en disposent pas, selon l’Economic Policy Institute. Il est parfois obligatoire dans quelques rares États, notamment démocrates comme New York ou Washington, avec une durée qui dépend souvent de l’ancienneté et du nombre d’heures travaillées. Mais même dans ces États, la durée du congé dépasse rarement neuf jours, ce qui ne permet pas de couvrir les quatorze jours de quarantaine minimum préconisés par les autorités sanitaires.

Les Américains craignent que leur système de santé ne favorise la propagation du virus. Eileen Appelbaum, du “Center for Economic and Policy Ressearch”, un think-tank très progressiste, a déclaré à l’AFP que les personnes vulnérables “vont continuer à aller au travail, à moins qu’elles soient très malades et ne puissent plus se déplacer”. Et ce, au risque d’attraper le virus, ou de le transmettre.