Cannabis : les Français sont-ils les premiers consommateurs d'Europe et les plus sévèrement punis ?

Le député La France insoumise Adrien Quatennens affirme que la France est le pays qui consomme le plus cette drogue, en dépit d'une législation sévère.

Article rédigé par
Nina Jackowski - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
La France est bien le premier pays consommateur de cannabis d'Europe (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

La politique du gouvernement est-elle suffisamment efficace pour lutter contre le trafic de drogue ? Non, selon le député La France insoumise Adrien Quatennens invité mercredi 7 octobre sur franceinfo. Il affirme que la France "est sans doute le pays d’Europe qui a la législation la plus répressive en matière de cannabis et le pays le plus consommateur". Est-ce vrai ? On vous répond.

La France, championne de la consommation de cannabis

Adrien Quatennens dit vrai sur la consommation de cette drogue par les Français, comparée à celle de leurs voisins. Selon les chiffres les plus récents de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), en 2017, les Français, âgés de 15 à 64 ans, étaient les premiers consommateurs de cannabis en Europe, ex-aequo avec l’Espagne. 11 % d’entre eux s'étaient drogués de cette manière au moins une fois durant l'année écoulée. Les Italiens arrivaient juste derrière la France et l'Espagne avec un taux de 10%.

Un autre indicateur s'intéresse à la consommation de cannabis au cours d'une vie. Là-aussi les Français sont premiers. Ils sont 45 % a en avoir déjà fait usage au moins une fois dans leur existence. Plus de la moitié des hommes sont concernés (53 %), davantage que les femmes (37 %). Derrière la France, se trouve le Danemark avec un taux de 38%.

Cette tendance se retrouve enfin de manière très nette chez les jeunes adultes français. Dans la catégorie des 15 à 34 ans, 58% ont déjà consommé du cannabis au cours de leur vie, loin devant les deuxièmes, les Estoniens (46%). Et au cours de l'année 2017, 22% des Français de 15 à 34 ans ont consommé du cannabis, devant les Italiens (21%).

Pour collecter ces données, l’Observatoire européen s’appuie sur des enquêtes menées auprès des élèves et de la population générale. Il affine son étude en analysant les eaux usées des villes européennes pour trouver des résidus de drogue.

Un demi-siècle d’arsenal pénal en France  

Adrien Quatennens dit également vrai au sujet de la politique repressive de la France vis-à-vis de la consommation de cannabis. Nous faisons partie du petit groupe de sept pays européens dans lesquels l'usage de cannabis constitue une infraction pénale, qui peut conduire à une peine de prison. En plus de notre pays, on retrouve la Grèce, la Suède, la Finlande, Chypre, la Hongrie et la Norvège), selon le recensement de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). En revanche, l’infraction n'est qu'administrative (passible de sanctions administratives, en-dehors du cadre pénal), dans sept autres pays, comme l'Espagne dans les lieux publics, ou au Portugal. Enfin, pour la majorité des États européens (quinze), l'usage du cannabis n'est tout simplement pas interdit pas la loi. Seule sa détention constitue une infraction pénale ou administrative. 

Depuis la rentrée, la France a adopté une nouvelle mesure contre l'usage de drogue, particulièrement de cannabis. Les consommateurs risquent désormais 200 euros d’amende pour usage de stupéfiants. L’objectif est de désengorger les tribunaux. Entre 1995 et 2018, le nombre d'interpellations pour infraction à la législation a explosé, passant de 81 000 à 198 000, selon des statistiques du ministère de l'Intérieur compilées par l’OFDT.

À noter égalemment que depuis 1970, une loi française punit l’usage de stupéfiants, dont le cannabis, d’un an de prison et de 3 750 euros d’amende. Reste que l'emprisonnement pour usage reste exceptionnel, les magistrats privilégiant des "mesures alternatives aux poursuites" comme des rappels à la loi. Ceux-ci n’entraînent pas de mention au casier judiciaire.  

Du côté des trafiquants, les deux tiers ont été condamnés à la prison en 2015. Mais la durée de la peine n’excède pas six mois, d’après les chiffres du ministère de la justice. Les autres font principalement l'objet d'une amende, dont le montant moyen s'élève à 350 euros.  

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