Est-ce vrai que le pronom "iel" est entré dans le dictionnaire ? Est-ce que son usage va compliquer la langue française ? Le Vrai du Faux junior

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Dans le Vrai du Faux Junior cette semaine, les élèves s'interrogent sur l'apparition du pronom Iel et ses conséquences sur la langue française.

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Radio France
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Le pronom iel dans la version en ligne du dictionnaire Le Robert. (SEBASTIEN MUYLAERT / MAXPPP)

Le Vrai du faux junior, le rendez-vous de vérification et décryptage de l’information réalisé avec des adolescents et leurs enseignants. Cette semaine, les élèves de première du lycée de L'Hautil à Jouy-le-Moutier (Val-d'Oise) et les troisièmes classe média du collège Jules-Ferry à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne) s'interrogent sur le pronom iel, utilisé pour depuis quelques années par des personnes non binaires, c'est-à-dire qui ne s'identifient ni comme un homme ni comme une femme. Jusqu'à présent, son usage était assez peu répandu mais ce pronom a donc fait l'actualité.

"C'est plus compliqué que ça"

"Est ce vrai que le pronom iel a été ajouté au dictionnaire ?", se demande James. "J'ai vu à la télé que le pronom iel a été ajouté sur le site du Robert. (...) Est ce que l'Académie française a validé l'ajout du pronom iel ? Si oui, quelles pourraient être les conséquences de l'ajout de ce pronom ?"; renchérit Shéryne.

Pour répondre à James et Shéryne, je vais utiliser une réponse qui nous sert beaucoup à la Cellule Vrai du Faux : "C'est plus compliqué que ça". En l'occurrence, il y plusieurs marques et types de dictionnaires en France. Ce qui est vrai, c'est que les éditions Le Robert a bien ajouté ce pronom iel, mais uniquement dans leur version en ligne et pas dans leur dictionnaire "papier", en tout cas pas encore.  

Cet ajout remonte au mois d'octobre, c'est-à-dire avant que le sujet fasse polémique. Ce qu'explique l'éditeur, c'est qu'ils se sont rendus compte que de plus en plus de monde cherchait une définition sur internet de ce pronom non genré et qu'il était de leur devoir d'en donner une définition pour répondre à ces demandes.  

D'autres éditeurs de dictionnaire comme le Larousse n'a pas encore décidé de référencer le pronom iel. Bernard Cerquiglini, lexicographe chez Larousse, estime que son usage n'est pas assez répandu pour que ce soit le gas.

Quant à l'Académie française, elle met en moyenne entre 50 et 60 ans pour réaliser son dictionnaire, comme l'expliquait un académicien dans ce reportage de franceinfo. L'Académie doit donc bien choisir des mots qui resteront dans la langue française pour être sûrs qu'ils soient toujours utilisés entre deux éditions.  

Se tourner vers un expert

Qu'il soit dans le dictionnaire ou pas, le pronom iel pose des questions de grammaire et de conjugaison aux élèves. C'est le cas de Camille et Léandra par exemple : "Je me suis posé une question, quand on utilise le pronom iel, le mot qui suit sera au féminin ou masculin ? On dira iel est contente ou iel est content ? J'ai vu sur le site Wikipédia que le pronom iel est à la troisième personne du singulier, donc je me demande s'il remplacera le pronom on".  

De son côté, Marion trouve que le pronom iel est "une idée fantastique pour les personnes qui ne se définissent ni comme homme ni comme femme" mais "trouve aussi que mettre le pronom iel rajouterait encore plus de difficultés à la langue française".

Pour savoir si la langue française serait plus compliquée avec le pronom iel, nous avons contacté un expert. En l'occurrence, Mathieu Avanzi est maître de conférence et chercheur en linguistique à la Sorbonne : "A chaque fois qu'on fait des modifications sur la langue qui ne sont pas historiques mais qui sont parfois militantes, il y a effectivement une complexification de la langue. Notamment avec l'ajout d'un nouveau genre qui va opérer de nouveaux changements sur les adjectifs et les participes passés. Ce qui veut dire qu'on ne saura plus s'il faut dire folle, ou fou, ou 'follou', par exemple. Mais cela reste très difficile à appliquer."

Remonter à la source 

Quoi qu'il en soit, le pronom iel ne devrait pas être dans les programmes scolaires pour le moment. C'est en tout cas ce qu'a cru comprendre Reggeas : "Est-ce vrai que Jean-Michel Blanquer s'oppose à l'ajout du pronom iel dans les dictionnaires ?" Oui, c'est vrai, et pour le vérifier, il suffit de remonter à la source de l'information. En l'occurrence, le ministre de l'Education s'est prononcé publiquement contre l'utilisation du pronom iel. 

Mais ça ne veut pas dire pour autant que les questions de genre ne sont pas de plus en plus prises en compte dans les collèges ou les lycées. Par exemple, fin septembre, le ministère a publié une circulaire pour mieux accueillir les élèves transgenres notamment. Cette circulaire permet plus de liberté sur les vêtements de se choisir un prénom d'usage sur les listes d'appel, les cartes de bibliothèque ou encore à la cantine. Enfin à condition, et ce n'est pas une petite condition, que les parents soient d'accord.

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