Le rendez-vous du médiateur, France info

Le rendez-vous du médiateur. Les journalistes trop complaisants à l’égard de Mélina Boughedir, femme de terroriste ?

Les médias français – et franceinfo – ont–ils été trop complaisants à l’égard de Mélina Boughedir, condamnée dimanche dernier à 20 ans de prison par le tribunal de Bagdad ?

Mélina Boughedir, le 19 février 2018, à son arrivée au tribunal de Bagdad, en Irak.
Mélina Boughedir, le 19 février 2018, à son arrivée au tribunal de Bagdad, en Irak. (AFP)

Avec mari et enfants, cette française avait rejoint Daech et a été arrêtée lors de la chute de Mossoul, en Irak. Pour répondre aux auditeurs, Delphine Gotchaux, envoyée spéciale de franceinfo à Bagdad est au micro du médiateur.

Trop de complaisance ? 

Delphine Gotchaux a suivi le procès et le jugement de cette française radicalisée, a-t-elle fait preuve de complaisance à son égard ? Plusieurs auditeurs, comme Pierre, le pensent : "Difficile de comprendre la complaisante compassion de franceinfo", écrit-il dans un tweet. Et Marie ajoute : "Vous présentez Mélina Boughedir comme une victime de la justice, vous nous apitoyez avec l’histoire de ses enfants, alors qu’elle a rejoint Daech de son plein gré avec sa famille. Elle ne partait pas faire du tourisme".

Delphine Gotchaux : J'ai traité ce procès comme j'aurais traité n'importe quel autre procès. J'ai toujours mentionné le parcours de cette femme : elle est partie rejoindre l'État Islamique. La complaisance peut tenir au fait que j'ai beaucoup insisté sur la présence de sa petite fille de 16 mois parce que c'était une image très frappante. C'est une enfant qui vit en prison, c'est une chose qui interpelle. L'autre point est la question du procès équitable mais sans jamais oublier ce pour quoi elle était jugée : son appartenance à Daech.

Il y a deux choses dans cette histoire : à la fois la question du sort réservé à ses enfants, qui est une question humanitaire, et la question des charges qui pesaient contre Mélina Boughedir qui n'ont pas toujours été rapportées à l'audience. J'ai donné sa version des faits sans jamais dire que je la croyais.

Il y a une justice anti-terroriste en Irak extrêmement stricte qui limite les droits de la défense et la durée du procés : 50 minutes de procés, 5 minutes de délibération.

Corinne, comme d’autres auditeurs, s’étonne de "la bienveillance de la presse à l’égard de Mélina Boughedir, alors qu’elle a rejoint librement, dit-elle, les responsables de la mort de Bernard Maris, Cabu, Wolinski, Tignous, Charb et de tous ces anonymes du Bataclan, de Nice, etc ?". Pour pas mal de Français, c’est en effet choquant. Mais peut-on associer Mélina Boughedir aux attentats ?

Delphine Gotchaux : Mélina Boughedir n'est pas à ce jour inquiétée en France pour ces événements. Elle fait l'objet d'une information judiciaire liée à son départ.

Les conditions de travail des journalistes

D’autres auditeurs s’interrogent sur les conditions de travail des journalistes pour suivre ce procès. Comment cela se passe-t-il dans un pays pas encore totalement pacifié où vous étiez la semaine dernière ? 

Delphine Gotchaux : Il y a énormément de sécurité : beaucoup de checkpoints dans Bagdad, l'entrée au tribunal prend beaucoup de temps avec des détecteurs de métaux, des chiens renifleurs. Des hommes armés avec des AK-47, des chars, des tanks. Il y a des conditions de sécurité extrêmes mais nous avons pu travailler en relative liberté avec l'aide de personnes sur place.

Mélina Boughedir, le 19 février 2018, à son arrivée au tribunal de Bagdad, en Irak.
Mélina Boughedir, le 19 février 2018, à son arrivée au tribunal de Bagdad, en Irak. (AFP)