Le rendez-vous de la médiatrice, France info

Le rendez-vous de la médiatrice. "Gilets jaunes" : un an après

Un an après le début des grandes manifestations du mouvement des "gilets jaunes", la médiatrice des antennes de Radio France reçoit le directeur de franceinfo, Vincent Giret. Des auditeurs ont estimé que les rédactions étaient trop complaisantes avec les "gilets jaunes". 

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
\"Gilets jaunes\" à Nîmes (Gard), le 17 juillet 2019.
"Gilets jaunes" à Nîmes (Gard), le 17 juillet 2019. (JULIE MUNCH / FRANCE-BLEU GARD LOZÈRE)

Pendant des semaines, le service de la médiatrice des antennes de Radio France a reçu des milliers de messages d’auditeurs reprochant l’ampleur donnée sur l'antenne de franceinfo à ce mouvement. Un an après le début du mouvement des "gilets jaunes", Emmanuelle Daviet reçoit Vincent Giret, le directeur de france info.

Quelle appréciation portez-vous sur la couverture médiatique de votre média sur le mouvement des "gilets jaunes" ? 

Vincent Giret : Si vous me demandez si l'on referait exactement la même chose, ce serait totalement hypocrite de vous dire oui. Le propre de l'actualité, c'est que nous ne savons pas comment un mouvement va évoluer. La réalité, c'est que nous avons été surpris. On sentait que la hausse du prix du carburant pouvait déclencher quelque chose, mais nous n'avions pas prévu l'ampleur du mouvement. Nous étions alors à la fois soucieux de raconter ce mouvement social, et de ne rien rater. 

La violence du mouvement des "gilets jaunes" a été, en partie et en partie seulement, pour certains, un exutoire à la pauvreté sociale, économique, et elle a traduit, par l’excès, l’impérieuse nécessité d’être entendu.

Emmanuelle Daviet : 75% des Français soutenaient le mouvement à ses débuts. Mais, au fur et à mesure du mouvement et de la baisse corrélative des soutiens, des milliers d'auditeurs ont dénoncé la complaisance des rédactions à l'encontre des "gilets jaunes". Ils dénonçaient alors cette "surmédiatisation" qui mettait de l'huile sur le feu. 

Avec le recul, quelle analyse portez-vous sur ces remarques et reproches des auditeurs ? 

Vincent Giret : Tout le monde peut changer d'avis, et les auditeurs eux-mêmes peuvent être contradictoires, considérant que parfois le mouvement a bénéficié d'une trop grande couverture médiatique et d'autres fois non. Or, ce mouvement a été un choc pour notre profession et un choc à franceinfo. Il a révélé la défiance à l'égard des journalistes et notamment de nos reporters qui, sur le terrain, s'entendaient dire "vous nous enfumez", "on nous enfume".

Comment réagir, alors, à ce type de propos ?

Vincent Giret : On a impulsé une réflexion générale dans la rédaction : tout le monde avait envie d'être partie prenante de cette réflexion sur le métier de journaliste, sur comment couvrir un mouvement de cet ordre-là. Avec, tout de même, une très grande inquiétude sur le fait qu'il y avait une très grande méconnaissance du métier de journaliste : sur nos méthodes, sur nos règles, notre éthique, sur notre façon de travailler, de la part du grand public.

Par exemple, des "gilets jaunes" disaient que le direct ne mentait pas, car il n'y avait aucun montage, aucun filtre. Or, justement, le travail d'un reporter c'est d'aller interroger plusieurs personnes, c'est faire du champ, du contre-champ, de contextualiser, de construire un récit journalistique, éditorial, avec des règles d'impartialité fortes. Et cette mécanique-là était dénoncée sur la base d'un soupçon à l'encontre des journalistes, dont le travail de montage aurait pour seul but de biaiser les témoignages.

On voit que le besoin d’expression dans notre pays est vertigineux. Comment y répondre ?

Vincent Giret : C'est le point majeur. Il y a plusieurs mesures qui répondent. Nous avons décidé d'y remédier en donnant plus de place au reportage avec la volonté de faire entendre la voix des gens. Nous avons une équipe de reporters immense à franceinfo, c'est notre chance. Et nous nous appuyons également sur les 44 antennes locales de France Bleu pour remonter les sujets, atout important aussi face à la concurrence.

Le deuxième versant, c'est de renforcer le lien avec les auditeurs, au travers par exemple des rendez-vous que nous organisons avec vous et nous faisons aussi des soirées en régions. Ces soirées s'appellent "Parlons info" : nous en avons organisé une dizaine depuis son lancement. Elles permettent de nous interroger sur le métier de journaliste et de l'expliquer aux gens. Dernier point important : nous souhaitons diversifier notre antenne en invitant tous les acteurs de la société civile.

\"Gilets jaunes\" à Nîmes (Gard), le 17 juillet 2019.
"Gilets jaunes" à Nîmes (Gard), le 17 juillet 2019. (JULIE MUNCH / FRANCE-BLEU GARD LOZÈRE)