Cet article date de plus d'un an.

Résultats des législatives 2022 : chez certains de nos voisins européens, gouverner en formant des coalitions est une habitude

Après les élections législatives, le paysage politique s'est fragmenté. Certains parlent déjà d'une France ingouvernable. Pourtant il suffit de regarder autour de nous : la plupart de nos voisins gouvernent et réforment en coalitions.

Article rédigé par Isabelle Labeyrie
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 92 min
Lors d'une session au Bundestag à Berlin, le 1er juin 2022. Photo d'illustration. (TOBIAS SCHWARZ / AFP)

À la suite des législatives, beaucoup se demandent comment gouverner sans majorité absolue. Selon l'Elysée, le président de la République va chercher, avec les chefs de parti des "solutions constructives envisageables". Pourtant, chez nos voisins, les coalitions sont une habitude de la vie politique avec plus ou moins de réussite.

En Allemagne, une certaine philosophie du compromis

Le compromis est indispensable pour gouverner outre-Rhin. Aux législatives de septembre 2021, aucun parti n’a obtenu la majorité. Mais Olaf Scholz, patron des socio-démocrates arrivés en tête de la course, a tendu la main aux 2e et aux 3e, écologistes et libéraux. Sur le papier, il s'agissait de vraiment marier les extrêmes. Il y a eu deux mois de négociations difficiles, mais le trio a finalement réussi à mettre sur pied une coalition "feu tricolore" et à écrire un programme commun avec à la fois la libéralisation du cannabis, la construction de nouvelles éoliennes et l'augmentation du Smic tout en gardant des finances bien maîtrisées. Illustration parfaite d'une certaine philosophie politique qui consiste à travailler ensemble plutôt qu'à s’opposer.

C'est pareil d'ailleurs au niveau régional, dans les Länder. Alors cette culture du compromis débouche souvent sur des politiques très modérées, centre-droit ou centre-gauche. Mais c'est un gage de stabilité. Un modèle qui pourrait être transposable à la France si par exemple Les Républicains acceptait de rejoindre la majorité présidentielle. La différence avec la France, c'est qu'en Allemagne on vote (en partie) à la proportionnelle, et pas au scrutin majoritaire. Ce qui est le cas dans presque tous les pays européens. 

En Belgique, 653 jours sans gouvernement

La proportionnelle donne des parlements plus représentatifs mais des majorités plus difficiles à dégager. Et si les Allemands prennent leur temps. Les Belges, eux, battent tous les records.

Le pays a connu deux très longues périodes sans gouvernement : 541 jours en 2010-2011, 653 jours (presque deux ans) en 2018-2020 et puis finalement une coalition avec les quatre grandes familles politiques, la "coalition Vivaldi", comme Les Quatre Saisons. Cette vacance du pouvoir n'a pas paralysé le pays parce que la Belgique est très décentralisée, mais ce scénario est inimaginable en France.

En Suède, des majorités au cas par cas

En Suède, la Première ministre Magdalena Andersson (sociale-démocrate), minoritaire au Parlement, doit trouver des majorités au cas par cas depuis 7 mois. Pour gouverner, elle doit chercher le soutien – mais insuffisant et pas automatique – du centre et, selon les dossiers, de la gauche (notamment les anciens communistes, qui ont assumé ces dernières années un rôle d’opposition de plus en plus clair), des Verts ou de la droite.

Cette "tripartition de la politique – et la difficulté de former des majorités – existe désormais en France comme en Suède" écrit le Dagens Nyheterle grand quotidien libéral de Suède cité par Courrier International. "Cette carte politique est peut-être là pour rester”.

L'Italie, championne de l'instabilité

Dans certains pays, les coalitions ne sont pas toujours très stables. En Italie, championne d'europe de l'instabilité gouvernementale, la dernière coalition a passé trois ans à se déchirer avant d'exploser.

Miracle : depuis un an et demi tout le monde est rentré dans le rang, le gouvernement d'union nationale va de la gauche radicale à la l'extrême droite il tient uniquement grâce à la personnalité du chef, Mario Draghi, ex-patron de la BCE, qui n'est pas un homme de parti et dont "la" mission qui a mis tout le monde d'accord : réformer l'Italie en dépensant les fonds exceptionnels européen.

En Espagne, une pratique récente

En Espagne, c'est (un peu) moins le bazar mais depuis début 2020, le socialiste Pedro Sanchez doit composer avec ses remuants alliés de Podemos et une majorité hétéroclite. Plusieurs fois le pays a cru qu'il allait vers des législatives anticipées. Il y a des marchandages, des reculades, des éclats de voix, des menaces et des concessions. Mais ça tient bon ! Cette pratique du pouvoir est encore très récente après 40 ans de bipartisme droite-gauche.

La France, elle aussi découvre une configuration inédite, mais nos voisins en sont la preuve : le “choc démocratique” de dimanche peut être salutaire. L’immobilisme n’est pas une fatalité.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.