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Nouveau coup d'État au Mali : le vice-président prend le pouvoir

C'est un nouveau coup d'État : au Mali, les militaires ont "démis de leurs prérogatives" ce mardi le président et le Premier ministre de transition. Le vice-président, le colonel Assimi Goïta, a officiellement pris le pouvoir.

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Assimi Goita (au centre), au moment du putsh contre l\'ancien président IBK
Assimi Goita (au centre), au moment du putsh contre l'ancien président IBK (ANNIE RISEMBERG / AFP)

Il y a 9 mois, ce sont eux déjà qui avaient débarqué le président. Aujourd'hui, les colonels putchistes ne sont pas satisfaits du rôle qu'on leur assigne au sein du nouveau gouvernement : ils ont arrêté les principaux dirigeants civils qu'ils avaient eux-même mis au pouvoir. Le Premier ministre de transition, Moctar Ouane, a tout juste eu le temps de passer un coup de fil à un journaliste de l'Agence France Presse pour expliquer que des soldats l'avaient conduit chez le président Bah N'Daw.

Les deux hommes, en compagnie du ministre de la Défense Souleymane Doucouré, ont ensuite été emmenés au camp de Kati, haut lieu de l'appareil militaire malien à quelques kilomètres de la capitale. Précisément là où l'ancien président IBK avait été traîné sous la contrainte le 18 août 2020 pour annoncer sa démission.

Accusations de "sabotage" 

Ce mardi 25 mai, après plusieurs heures de silence, l'homme fort du pouvoir malien, le colonel Assimi Goïta, à la tête des putschistes de 2020, a indiqué avoir déchargé de leurs prérogatives le président et le Premier ministre en les accusant de tentative de "sabotage de la transition". Il leur reproche d'avoir formé un nouveau gouvernement sans se concerter au préalable avec lui. Il dit s'être vu "dans l'obligation d'agir". Et donc, de prendre le pouvoir.

Assimi Goïta a aussi indiqué, dans une déclaration lue à la télévision publique par un collaborateur en uniforme, que "le processus de transition suivra son cours normal et que les élections prévues se tiendront courant 2022".

La junte écartée du gouvernement

Deux figures emblématiques de la junte avaient été écartées de deux ministères clés lors de l'annonce du nouveau gouvernement ce lundi 24 mai : la défense et la sécurité, postes qu'ils occupaient depuis le coup d'État. Ils y ont été remplacés par des généraux plus neutres qui n'étaient pas en première ligne.
Ce remaniement a été vécu comme un camouflet par les putchistes qui entendaient bien rester aux commandes pendant trois ans et qui, de mauvaise grâce, avaient déjà du s'engager à rendre le pouvoir dans les 18 mois.

Les autorités provisoires elles, voulaient montrer que la transition était en marche, que progressivement l'exécutif serait rendu aux mains des civils et le calendrier tenu. Faire preuve d'ouverture politique tout en gardant la main. Les militaires ne l'ont pas accepté.

Le soutien de la communauté internationale

Ce coup de force a été très vite condamné par la communauté internationale. Dès hier soir l'Union africaine, la Minusma, la France, l'Allemagne, l'Union européenne et les Etats-Unis ont publié un communiqué commun pour dire "leur soutien aux autorités de transition" et rejeter toute perspective de démission forcée.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit lundi soir "profondément préoccupé" par la détention des dirigeants maliens et a appelé "au calme". Le médiateur de la Cédéao, la Communauté des Etats ouest-africain, est lui annoncé à Bamako ce mardi pour négocier. Les discussions aboutiront-elles ? Une chose est sûre : le Mali, déjà emporté dans le tourbillon de la violence jihadiste et de la contestation sociale, ne peut pas se permettre un coup d'Etat tous les ans. 

Assimi Goita (au centre), au moment du putsh contre l\'ancien président IBK
Assimi Goita (au centre), au moment du putsh contre l'ancien président IBK (ANNIE RISEMBERG / AFP)