Coup d'État au Mali : les putschistes ont "une volonté de discuter" notamment avec la France, estime une spécialiste de l'Afrique

"Un vide politique n'est jamais bon", juge Anna Sylvestre-Treiner, cheffe du service Afrique de Courrier International, rappelant qu'en 2012 déjà les jihadistes étaient arrivés dans le nord du Mali après un coup d'État.

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Radio France
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Des soldats maliens paradent dans les rues de Bamako (Mali) au lendemain du putsh qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keita et le premier ministre Boubou Cisse. (ANNIE RISEMBERG / AFP)

Alors que le coup d'État mené par des militaires au Mali mardi 18 août a été condamné par la France, Emmanuel Macron exprimant "son plein soutien aux efforts de médiation en cours de la CEDEAO" [Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest], la cheffe du service Afrique de Courrier International, Anna Sylvestre-Treiner, rappelle que Paris est "extrêmement présente" dans ce pays d'Afrique de l'Ouest "puisque qu'elle est en guerre contre les terroristes" à travers l'opération Barkhane. "Ce putsch s'est fait devant les yeux des soldats français et des Nations unies", tient à souligner la journaliste.

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Le président Ibrahim Boubacar Keïta, qui a été renversé la nuit dernière, était "un allié de Paris dans ce combat", poursuit Anna Sylvestre-Treiner. Mais elle nuance : "Cela faisait un moment que les diplomates français, et étrangers de façon générale, ne cachaient pas le fait qu'ils estimaient qu'il était un peu, d'une certaine façon, à côté de la plaque, un peu faible dans son pays."

"Une volonté de discuter"

La cheffe du service Afrique de Courrier International n'est pas du tout surprise par "l'isolement" des putschistes dont l'action a été dénoncée, outre la France, par les États-Unis, l'Union africaine et la CEDEAO : "C'est le crédo depuis maintenant de nombreuses années en Afrique, en Afrique de l'Ouest notamment. On condamne les coups d'État." 

Pour autant, Anna Sylvestre-Treiner estime que les militaires ont exprimé une forme "de mains tendues vis-à-vis de la communauté internationale. Ils "ont clairement dit que la Minusma [l'opération onusienne au Mali] et Barkhane, c'est-à-dire la force française dans le pays, demeuraient des partenaires. Ils ont demandé aussi aux organisations internationales, je les cite, 'de les accompagner'. On peut estimer que c'est plutôt une volonté de discuter", analyse la journaliste.

Des propos "anti-Français"

Quel impact ce coup d'État aura-t-il, justement, sur la lutte contre le terrorisme islamique au Mali ? "La déstabilisation politique crée le terreau pour une plus grande déstabilisation sécuritaire", affirme Anna Sylvestre-Treiner. "Un vide politique n'est jamais bon, et ça a été illustré très, très clairement en 2012.

En 2012, quand les jihadistes arrivent au nord du Mali, en fait, c'est suite déjà à un coup d'État.

Anna Sylvestre-Treiner

à franceinfo

Pour la cheffe du service Afrique de Courrier International, "la question fondamentale va être : qui va prendre le pouvoir demain au Mali?". "Est-ce que ce sont ces hauts gradés avec lesquels il serait possible de travailler? Est-ce que ce sont des figures comme l'Imam Mahmoud Dicko, qui est une des figures de la contestation depuis plusieurs mois, qui a tenu des propos très anti-Français, donc qui, sans doute, ne plaira pas particulièrement à Paris? Est-ce que ce seront encore d'autres figures qui vont émerger?", s'interroge la journaliste.

Anna Sylvestre-Treiner juge qu'il est "un tout petit peu tôt" pour mesurer l'impact du putsch sur l'intervention française au Mali. "Ce qui est sûr, c'est que la priorité pour la France sera sans doute, justement, de continuer à poursuivre sa lutte contre le terrorisme." Selon elle, "la situation n'a cessé de se dégrader depuis l'opération militaire française en 2012 dans la région", et "aujourd'hui, la situation au Mali, mais pas seulement au Mali, au Niger, au Burkina Faso, est dramatique."

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