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Le président turc Recep Tayyip Erdogan sous le feu des critiques de ses partenaires

Recep Tayyip Erdogan est de nouveau au centre des critiques pour son mode de gouvernance autoritaire.

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Recep Tayyip Erdogan, le président de la Turquie, à la Grande Assemblée nationale à Ankara, le 10 février 2021.
Recep Tayyip Erdogan, le président de la Turquie, à la Grande Assemblée nationale à Ankara, le 10 février 2021. (ADEM ALTAN / AFP)

Les différentes mesures prises ces derniers jours par le chef de l'État turc relèvent moins de la provocation que d'un pur calcul politique, destiné à élargir son électorat et à se remettre en selle en vue des élections législatives et présidentielles de 2023.

La semaine dernière, lancement d'une procédure d'interdiction contre le HDP, parti d'opposition pro-kurde, troisième formation politique du pays. La bête noire d'Erdogan, qui lui reproche depuis des années d'être la vitrine politique du PKK, organisation séparatiste kurde classée "terroriste" par le pouvoir islamo-conservateur.

La décision a fait hurler l'Europe et les États-Unis. "Dans une démocratie, l'interdiction d'un parti ne peut être que le tout dernier recours" dit notamment le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas. Mais le président turc ne bronche pas. Pour rattraper son retard dans les sondages, il doit impérativement donner des gages à sa base ultra-nationaliste.

Une politique sur le dos des femmes

Autre mesure, cette fois pour séduire les franges conservatrices religieuses de son électorat : le retrait de la Turquie de ce qui s'appelle – paradoxalement – la Convention d'Istanbul sur les violences faites aux femmes.

Un traité international – signé par une trentaine de pays – qui fixe des normes juridiquement contraignantes dans pour prévenir la violence sexiste. La décision de retrait a été actée par un décret publié en pleine nuit, alors qu'en 2011 Recep Tayyip Erdogan avait été le premier à signer le texte. Mais il lui faut séduire aussi les islamistes et les groupes religieux.

L'AKP, son parti, le parti au pouvoir, a commencé il y a plusieurs mois déjà à accuser cette Convention de "nuire à l'unité de la famille turque" en défendant l'égalité des sexes, de contribuer à la hausse des divorces dans le pays et même d'encourager l'homosexualité (et il n'est pas le seul d'ailleurs parmi les régimes ultra-conservateurs : la Bulgarie et la Pologne en font la même analyse).

Pour les chancelleries occidentales, "c'est un retour au Moyen-Âge" selon les termes du Luxembourgeois Jean Asselborn. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté en Turquie pour dénoncer un État patriarcal et une décision qui encourage le sentiment d'impunité. Les féminicides et les violences domestiques sont un mal endémique : 300 femmes sont mortes en 2020 dans le pays parce qu'elles étaient femmes. Évidemment tout ça ne change rien. Tout ce qui compte pour Erdogan, c’est sa survie politique.

Renouer le lien de confiance avec l'europe ?

Ce genre de mesure ne représente pas la meilleure façon de reprendre un dialogue apaisé avec l’Europe. "Je n'ai aucune envie de renouer avec un régime comme celui-là, confie sous couvert d'anonymat l'un des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN, mais il n'est pas question de couper les ponts".
La Turquie reste un partenaire essentiel, entre autres sur la question des flux migratoires. Les 27 demandent avec insistance au président turc de rétablir "le lien de confiance" avec l'Europe.

Si la situation devait encore se détériorer, des sanctions économiques sont d'ailleurs envisagées. C'est ce que recommande le rapport du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Ces sanctions, les Européens en parlent depuis un certain temps... elles n'ont pour l'instant été appliquées qu'a minima.

Pour l'instant la Turquie n'envoie aucun signal positif sur une quelconque amélioration du respect de l'état de droit. Recep Tayip Erdogan vient même de faire plonger la livre turque après avoir brutalement limogé le gouverneur de la Banque centrale, parce qu'il n'était pas d'accord avec sa politique de relèvement des taux.

Cela ne va pas contribuer à donner confiance aux marchés ni à renforcer sa popularité. Cela ne plaide pas non plus en faveur du rapprochement qu'il semble vouloir esquisser avec Bruxelles (La Turquie est toujours candidate à l'adhésion à l'Union européenne) alors qu'il a besoin de compenser la perte de l'indulgence dont il bénéficiait jusqu'ici de la part des États-Unis.

Mais ses partenaires sont... vaccinés. Cela fait presque 18 ans que le président turc est au pouvoir, 18 ans qu'il pratique l'escalade à coup de purges massives, de mise sous coupe des médias et du pouvoir judiciaire, d'atteintes croissantes à la liberté d'expression, qu'il bâillonne et emprisonne l’élite, qu'elle soit intellectuelle ou artistique. Attitude autoritaire exacerbée depuis le coup d'État manqué du 15 juillet 2016 qui lui a permis de renforcer son pouvoir. Il n'est pas dit que la complaisance européenne à l'égard d'Ankara, souvent dénoncée par le président français, disparaisse par magie dès demain.

Recep Tayyip Erdogan, le président de la Turquie, à la Grande Assemblée nationale à Ankara, le 10 février 2021.
Recep Tayyip Erdogan, le président de la Turquie, à la Grande Assemblée nationale à Ankara, le 10 février 2021. (ADEM ALTAN / AFP)