Italie : Silvio Berlusconi veut maintenant devenir président (et il a ses chances)

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Il Cavaliere remonte en selle. À 85 ans, Silvio Berlusconi met toutes ses forces dans la course à la présidentielle. Le vote commencera le 24 janvier.

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Radio France
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Silvio Berlusconi veut devenir président d'Italie. (PIERO CRUCIATTI / AFP)

Insubmersible Silvio Berlusconi, 85 ans, survivant du Covid-19 qu'il a eu en 2020. Casier judiciaire long comme le bras, procès, scandales, hospitalisations, liftings à répétition... et la rage comme au premier jour. Son objectif pour 2022 c'est de devenir président (et honorer la promesse faite autrefois à sa mère).

L'élection aura lieu à partir du 24 janvier. En Italie, ce n'est pas un vote populaire : le chef de l'État est désigné par des grands électeurs. Sergio Mattarella ne veut pas se représenter, "Il Cavaliere" rêve de s'installer dans son fauteuil.

Même si c'est un poste essentiellement honorifique, ce serait la consécration avant de quitter la scène. Berlusconi a déjà été quatre fois président du Conseil (le chef de gouvernement) et personne depuis la Seconde Guerre mondiale n'a fait aussi bien. Aujourd'hui, il veut un autre titre. S'il est élu, ce serait la première fois en 23 ans qu’un chef de l'État italien serait classé à droite de l'échiquier politique.

Le collier d'immunité

Mais surtout, ça lui permettrait de profiter du collier d'immunité comme dans Koh-Lanta : une protection pour sept ans, le temps de son mandat. Vu sa posture, c'est assez tentant, il est toujours impliqué dans deux procès liés aux soirées "Bunga Bunga" avec des prostituées et des mineures. C'était il y a plus de dix ans mais les procédures sont toujours en cours.

À droite, Silvio Berlusconi est clairement l'un des favoris. Outre les élus de son parti, Forza Italia, il peut compter sur le soutien de la Ligue de Matteo Salvini, et du parti post-fasciste Fratelli d’Italia. Mais le système de l'élection impose de longues tractations politiques, il faut souvent plusieurs jours et plusieurs tours de scrutin pour qu'un nom emporte l'adhésion. Lors des trois premiers tours (le scrutin se déroule à bulletin secret), le candidat doit obtenir les deux tiers des voix du collège électoral – sénateurs, députés et représentants des régions – tandis qu'à partir du quatrième tour, la majorité simple suffit. 

"Opération écureuil"

Pour aller au bout et atteindre la majorité simple, il manque encore à Silvio Berlusconi une cinquantaine de voix. Depuis plusieurs semaines, il mène une campagne très offensive auprès des députés et des sénateurs : pendant les vacances de Noël, il les a bombardés d'appels téléphoniques. Depuis le mardi 11 janvier, il est à Rome pour les rencontrer et les convaincre en personne, ramasser leurs voix une par une, "comme des noisettes" dit la presse qui moque ce qu'elle appelle une "opération écureuil".

Berlusconi n'a pas changé sa méthode : il a annoncé que si ce n'était pas lui mais Mario Draghi, l'actuel Premier ministre, qui était élu président, son parti se retirerait du gouvernement, ce qui conduirait à des élections législatives anticipées.

Le président sortant, Sergio Mattarella, qui part après un mandat de sept ans, a joué un rôle déterminant dans l'arrivée de Mario Draghi à la tête d'un gouvernement d'unité nationale en février, après l'effondrement de la précédente coalition. 

Draghi, "un grand-père" tranquille

Aux antipodes du style berlusconien, Mario Draghi, ancien patron de la Banque centrale européenne (BCE), 74 ans, est considéré par les commentateurs comme le mieux placé pour prendre le poste. Il se présente lui comme une personnalité consensuelle capable de rassembler au-delà des clivages politiques, "un grand-père au service des institutions".

Mais il a actuellement fort à faire pour gérer le vaste fonds de relance post-pandémie de plus de 190 milliards d'euros provenant de l'Union européenne, et pour mettre en œuvre les réformes que Bruxelles attend en échange. Nombreux sont ceux qui estiment qu'il doit rester en poste jusqu'aux législatives prévues en 2023 pour faire adopter les changements jugés essentiels au redressement économique de l'Italie.

Berlusconi, de son côté, s'efforce de se présenter comme un modéré raisonnable, un homme d'État compétent capable de contenir les dérives de l'extrême droite anti-européenne. Il a même fait des ouvertures aux députés du Mouvement 5 étoiles (M5S), les plus nombreux au Parlement – qu'il avait décrits en 2018 comme étant si peu qualifiés qu'il ne les engageraient même pas "pour nettoyer ses toilettes".

L'écureuil enragé contre le grand père tranquille : c'est le duel très "comedia dell'arte" qui va animer ces prochaines semaines le petit théâtre de la vie politique italienne.

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