Fin de la police des mœurs en Iran : vrai recul ou poudre aux yeux ?

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Alors qu'une grève générale débute lundi pour trois jours, l'annonce de la dissolution de la police des mœurs reste floue. Et rien ne remet en cause à ce stade la loi qui impose le port du voile aux femmes.

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Radio France
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Un policier iranien parle à une femme arrêtée pour une tenue "inappropriée" à Téhéran, le 23 juillet 2007. (BEHROUZ MEHRI / AFP)

L'Iran a annoncé dimanche 4 décembre la dissolution de sa "police des mœurs", accusée, entre autres, d'être responsable de la mort de Mahsa Amini, en septembre, parce qu'elle portait mal son voile. C'est sa première concession face à contestation. Une nouvelle à prendre avec prudence. A première vue, cette annonce répond à la colère de la rue. Si la police des mœurs créée en 2006 disparaît de l'espace public, autement dit si ses patrouilles de femmes en tchador et d'hommes en uniforme ne sont plus là pour faire appliquer – par la contrainte – la loi islamique, les Iraniennes ne craidront plus d'être arrêtées et brutalisées parce qu'elles ont une mèche de cheveu qui dépasse ou parce que leur manteau ne couvre pas assez leurs jambes. Ce serait un recul majeur, très symbolique, de la part du régime qui jusqu'ici n'avait comme réponse que la répression.

Sauf que cette annonce de dissolution ressemble beaucoup à un ballon d'essai. Elle est un peu floue (annoncée par le procureur général Mohammad Jafar Montazeri), elle n'a pas encore été confirmée par le guide suprême. Et surtout la loi sur le voile, qui date de 1983, elle, n'a pas changé.

Certes le pouvoir dit travailler à sa modification, sans plus de précision, mais dans cette théocratie dominée par les ultra-conservateurs, la loi acte toujours l'inégalité entre hommes et femmes, le hijab reste obligatoire et toutes les forces de l'ordre (comme la police de la sécurité morale) peuvent être amenées à le faire respecter et à délivrer des amendes. Ces dernières semaines, de plus en plus d'iraniennes se promènent non voilées, sans que les forces de l'ordre réagissent.

Une contestation plus profonde

Ça ne suffira donc pas à calmer les manifestants, d'autant que la contestation est bien plus profonde. Les hommes et les femmes qui manifestent ne revendiquent pas seulement le droit de ne pas porter le voile, leur slogan ce n'est pas "à bas la police des mœurs" mais désormais "mort au dictateur", le guide suprême Ali Khamenei. Ce qu'ils veulent, c'est la fin du régime des mollahs.

Cette suppression de la police des mœurs arrive trop tard. Elle arrive trop tard parce que le mouvement qui dure depuis presque trois mois a agrégé trop de colères (celle des étudiants, des ouvriers, des commerçants du grand bazar, des avocats, toutes les classes sociales). Il s'est étendu à trop de régions et surtout il a subi trop de violence, des tirs à balles réelles contre les civils, des femmes, des enfants... La répression a fait au moins 300 morts (de l'aveu même des autorités), 14 000 personnes ont été emprisonnées. Les mollahs vont avoir du mal à convaincre la rue qu'avec la suppression de la police des mœurs c'est la source de sa colère qui s'éteint. 

Appel à la grève générale

Au contraire même : puisque le pouvoir a cédé une fois, il peut encore reculer. Un appel à la grève générale est lancé à partir de lundi 5 décembre pour trois jours, avec pour but de paralyser le pays. Il aura valeur de test mais toute la difficulté du mouvement, sa faiblesse, c'est qu'il n'a pas de syndicat, pas de leader défini, pas de coordination entre régions. Ça peut nuire à sa capacité d'organisation.

Mais ce qui se va se jouer aussi dans les prochaines semaines c'est le rapport de forces au sein même de la République islamique entre les durs et les réformateurs. Le régime sera encore un peu fragilisé s'il ne réussit plus à dissimuler ses divisions internes.

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