États-Unis : les syndicats s'organisent chez Amazon

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C'est une petite révolution : à New York, aux États-Unis, les employés d'un deuxième entrepôt Amazon votent cette semaine pour la création d'un syndicat. A travers le pays, les salariés sont de plus en plus nombreux à se tourner vers la syndicalisation pour défendre leurs droits.

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Des salariés d'Amazon participent à un rassemblement devant le bâtiment de l'entreprise à Staten Island, New York, le 24 avril 2022. (KENA BETANCUR / AFP)

Le bureau de vote est installé sous une grande tente sur le parking de l'entrepôt LDJ5, dans la zone industrielle venteuse de Staten Island à New York. Les 1 800 salariés du site d'Amazon vont y défiler jusqu'au vendredi 29 avril pour dire s'ils acceptent ou non de rejoindre le Amazon Labor Union (ALU). 

Ce syndicat, le premier jamais créé au sein du géant de la vente en ligne aux Etats-Unis, est né il y a seulement quelques semaines : c'était juste de l'autre côté de la rue, dans un autre entrepôt Amazon. Avec la même procédure : le vote avait été validé par l'agence chargée du droit du travail, le National Labor Relations Board (NLRB), qui doit pour l'autoriser d'abord vérifier qu'au moins 30% des salariés du site y sont favorables.

Salaires et conditions de travail

Forcément, ça a donné des idées à leurs collègues d'en face, qui eux aussi veulent avoir leur mot à dire sur leurs salaires et leurs conditions de travail. "On bosse 12 heures par jour au lieu de 8, disait dimanche une employée de l'entrepôt devant la foule des salariés. Amazon nous fait travailler plus pour gagner moins, et où va l'argent ? Pas dans nos poches, mais dans celles des millionnaires et de Wall Street !"

Depuis sa création, en 1994, Amazon a toujours réussi à repousser les velléités syndicales. La multinationale a déposé un recours contre le vote qui a eu lieu dans le premier entrepôt, estimant que des militants syndicalistes ont "menacé" et "intimidé" des employés pour les "forcer à voter oui".

Des accusations que le syndicat formule également à l'encontre d'Amazon, qu'il accuse d'avoir fait pression sur les salariés pour qu'ils votent... non. Amazon est le deuxième employeur du pays après la chaîne de supermarchés Wallmart.

La pandémie et l'inflation

Si les salariés réagissent précisément maintenant, c'est que la pandémie de Covid-19 est passée par là : période d'énormes profits pour Amazon et son fondateur Jeff Bezos. Mais les employés n'en n'ont pas vu la couleur et sont aujourd'hui à la peine face à l'inflation alors que leurs salaires n'ont pas augmenté. Des salariés d'Amazon en Alabama se sont mobilisés pendant la crise sanitaire pour monter un syndicat, ils ont échoué, mais leur initiative a fait grand bruit. Et créé des vocations.

En mars, deux figures de l'aile gauche du parti démocrate, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, sont venues soutenir le mouvement des salariés new-yorkais d'Amazon. "Cette bataille ne concerne pas seulement Amazon à Staten Island", a assené l'ancien candidat à la présidentielle. "Les travailleurs en ont plus qu'assez de descendre toujours un peu plus bas pendant que des milliardaires comme Jeff Bezos s'enrichissent". "Vous êtes devenus une inspiration pour des millions de travailleurs à travers le pays".

Au-delà d'Amazon, d'autres salariés d'autres entreprises cherchent aussi à se syndiquer. Starbucks a franchi le pas : en décembre, un syndicat a été créé dans un café de Buffalo, dans le nord du pays. Depuis, plus de 160 établissements de la chaîne ont déposé des dossiers pour organiser un vote.

Apple pourrait aussi suivre le mouvement. L'étincelle est venue d'employés d'un magasin d'Atlanta qui ont déposé un dossier auprès de l'agence chargée du droit du travail. Si un vote est organisé et que le "oui" l'emporte, là encore ce sera une première au sein de la marque à la pomme. Les salariés demandent à être payés au moins 30 dollars de l'heure et plus de congés payés.

Le soutien de Joe Biden

La création de syndicats est largement soutenue par le président américain. Joe Biden a d'ailleurs nommé un ancien syndicaliste au poste de ministre du Travail. «J'ai l'intention d'être le président le plus pro syndicat à la tête de l'administration la plus pro syndicat de l'histoire américaine », rappelle régulièrement le chef de l'Etat.

Et même si les divisions politiques du Congrès ne permettent pas de faire passer de nouvelles lois sur les conditions de travail, l'aspiration syndicale fait tâche d'huile, les initiatives en tout genre se multiplient. Mais les salariés partent de loin. Selon le Bureau des statistiques du travail, le taux de syndicalisation aux Etats-Unis connaît son plus bas niveau historique : un peu plus d'un travail américain sur 10 est syndiqué (10,30 %), c'est moitié moins qu'au début des années 1980.

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