Entre Paris et Alger, l'impossible réconciliation ?

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Les relations se sont de nouveau crispées entre la France et l’Algérie. Cette fois ce sont des propos d’Emmanuel Macron qui ne passent pas. Conséquence : Alger a pris de nouvelles mesures de rétorsion.

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Radio France
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Les drapeaux Algériens et Français à ALger, le 16 juillet 2012. (RYAD KRAMDI / MAXPPP)

Les deux avions militaires français qui devaient rejoindre le Mali dimanche 3 octobre n'ont pas eu l'autorisation de survoler le territoire algérien. L'un d'entre eux a même du faire demi-tour : l'interdiction est tombée au dernier moment. Une source à l'État major des armées assure que les plans de vol vont être adaptés et que les perturbations logistiques resteront mineures : aucun impact sur la capacité de la France à lutter contre les jhadistes dans le Sahel. Mais sur le plan diplomatique, c'est un signal fort.

Alger a déjà convoqué l'ambassadeur de France et rappelé son propre ambassadeur. Les autorités ne digèrent ni la réduction de visas imposée la semaine dernière (spécifiquement d'ailleurs aux dirigeants), ni les récents propos d'Emmanuel Macron, tenus face à de jeunes descendants de protagonistes de la Guerre d'indépdendance, petits-fils de pieds-noirs, de soldats, de harkis, de militants FLN et de juifs d’Algérie.

Interprétation de l'histoire

Le chef de l'État a expliqué sans aucune ambiguïté, comme le rapporte Le Monde, que le discours "officiel" algérien se construisait sur "une haine de la France" et que "le système politico-militaire" au pouvoir entretenait la rente mémorielle. Propos non démentis par l'Elysée et jugés "irresponsables" par les principaux concernés. Emmanuel Macron s’est même interrogé sur le fait de savoir s’il y avait "une nation algérienne" avant la colonisation.

C'est sans doute ce que le président français appelle "regarder l'histoire en face". De fait, il y a consensus sur le fait que le régime exploite cette "rente mémorielle". Sauf qu'aucun président français ne l'avait dit en termes aussi clairs.

Pour retrouver une brouille d'une telle ampleur entre Paris et Alger, il faut remonter à 2005, année où le Parlement français adoptait une loi reconnaissant “le rôle positif de la colonisation”. Avant d'être abrogé, ce texte a provoqué l’annulation d’un Traité d’amitié pourtant porté par les deux présidents de l'époque, Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika. 

Cette crise-là pourrait durer. "Les relations algéro-françaises semblent déjà entrées dans une phase critique (...). Entre Alger et Paris, règne désormais une crise inédite", écrit le quotidien Le Soir d'Algérie.

Solder le conflit mémoriel

Pourtant, Emmanuel Macron a récemment fait des gestes d'apaisement. Il veut être l'acteur de la refondation de la relation franco-algérienne, notamment parce que l’Algérie est un partenaire important dans les crises régionales en Libye et au Sahel.

Mais pour cela cela il faut d'abord solder le conflit mémoriel. Le chef de l'État y travaille depuis le début de son quinquennat avec des gestes très concrets : l'ouverture des archives, la reconnaissance de la responsabilité de l'armée française dans la mort d'Ali Boumendjel, le lancement du rapport Stora censé œuvrer pour la réconciliation - et resté sans écho.

Mais la ligne de l'Élysée, c'est la reconnaissance des faits. Pas de "repentance" ni d'"excuses" comme le réclame Alger qui regarde toutes ces initiatives avec scepticisme. Face à l'absence de répondant, Emmanuel Macron doit acter l'échec de cette réconciliation. Le sujet reste ultra-sensible... Et le moindre incident sert de déclencheur. 

Pourquoi les tensions reprennent-elles aujourd'hui ? Après l'affaire des sous-marins, après le Mali (où le pouvoir veut faire entrer les Russes dans le jeu si la France se retire), Emmanuel Macron veut sans aucun doute hausser le ton.

Mais il y aussi le contexte algérien. Parce qu'on approche du 60è anniversaire de l'indépendance en 2022. Parce que le pouvoir algérien se trouve confronté à une impasse politique après la répression du Hirak, le soulèvement populaire.  Or convoquer les fantômes de la colonisation est un instrument de diversion récurrent. D'autant que les tensions avec la France représentent "le" sujet sur lequel les autorités algériennes peuvent espérer fédérer une grande partie de la population.

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