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Elections américaines : le vote afro-américain profite aussi à Donald Trump

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Les Afro-Américains se sont massivement mobilisés pour cette élection. En faveur du candidat démocrate, c'est une constante électorale, mais aussi de plus en plus pour... Donald Trump.

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Radio France
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Dans un bureau de vote de Houston (Texas) le 3 novembre 2020 (AARON M. SPRECHER / EPA)

Le mouvement "Black Lives Matter" ("les vies des Noirs comptent") s'est transformé en "Black Votes Matter" ("les votes des Noirs comptent") : après la mort de George Floyd, homme noir étouffé par le genou d’un policier blanc, après l'embrasement de l'Amérique, les Afro-Américains étaient attendus nombreux dans les urnes.

Une remobilisation après un scrutin de 2016 en demi-teinte (moins de 60% d'entre eux avaient voté, sept points de moins que lors de l'élection de Barack Obama), qui devait profiter à Joe Biden.

Une minorité largement démocrate

La minorité noire américaine - 30 millions de personnes, 12,5% de l’électorat - vote démocrate à près de 90 %. Mais dans ce scrutin hors normes, les premiers chiffres montrent que cette mobilisation a aussi profité... à Donald Trump.

Malgré son discours xénophobe, malgré son soutien aux suprématistes blancs, malgré ses politiques discriminatoires, malgré son racisme décomplexé, Donald Trump engrange, par rapport à 2016 et selon les sondages "sortie des urnes", au moins deux points de plus parmi les électeurs afro américains.
C'est ce qui contribue à sa victoire dans certains Etats. De plus en plus d’hommes noirs notamment accordent leur confiance au Parti républicain.

Pendant sa campagne, le président sortant s'est beaucoup affiché avec des rappeurs noirs ; beaucoup vanté aussi d'avoir contribué à l'amélioration de la situation économique de la minorité noire, accusant les démocrates d'avoir "abandonné" ce qu'ils considèrent comme un électorat tout acquis à leur cause.
Il est vrai qu'avant la crise liée à l'épidémie de coronavirus, le taux de chômage était tombé à un niveau historiquement bas : 6 % en janvier 2020 (contre 3,6 % pour les travailleurs blancs).

Personne n'a fait autant que moi pour la communauté noire

Donald Trump

"Personne n'a fait autant pour la communauté noire, à l'exception d'Abraham Lincoln (artisan de l’abolition de l’esclavage, ndlr) personne n'a fait autant que moi", a même déclaré le président sortantPar ailleurs le fait que le risque de mourir du coronavirus soit deux fois plus élevé chez les Noirs que chez les Blancs ne semble pas avoir servi de repoussoir.

C'est un paradoxe, mais sur les questions d’immigration, les Noirs les moins diplômés sont davantage en phase avec sa politique restrictive, voire "virile", qu'avec les positions libérales des démocrates.

Contre-performance pour Joe Biden ?

Joe Biden a beau être extrêmement populaire dans l'électorat afro-américain (il raconte souvent comment son expérience de maître-nageur dans un quartier noir a fondé son engagement politique), il a beau avoir choisi comme co-listière Kamala Harris (première candidate noire et d'origine indienne à briguer la vice-présidence des Etats-Unis), il a beau avoir reçu le soutien de la soeur de George Floyd ("Joe Biden est le changement dont nous avons besoin"), cela n'a pas empêché une frange de son électorat de se tourner vers le camp républicain.

Sa contre-performance reste relative (près de 80% des Noirs Américains ont malgré tout voté pour lui), mais elle est réelle.

Les chiffres ne sont bien sûr pas définitifs, mais il apparaît déjà que le candidat démocrate, qui doit en grande partie son succès à la primaire aux électeurs noirs de Caroline du Sud, obtient le soutien le plus faible des trois dernières élections : moins qu'Hillary Clinton en 2016 (qui avait rallié 88 % des voix noires) et que Barack Obama en 2012 (93%).

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