Covid-19 : en Australie, les pilotes de la Qantas sont "rouillés" après des mois sans voler

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Les pilotes de la compagnie aérienne australienne ont peu, voire pas volé pendant presque deux ans de crise sanitaire. Les vols commerciaux reprennent, mais les pilotes semblent avoir perdu quelques unes de leurs réflexes.

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Radio France
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Un équipage de Qantas arrive à l'aéroport Tullamarine de Melbourne (Australie), le 29 novembre 2021. (WILLIAM WEST / AFP)

Un rapport de la compagnie australienne Qantas, dévoilé mercredi 5 janvier, montre que ses pilotes ont perdu leurs réflexes après de nombreux mois passés sans voler en raison de la pandémie. Il faut dire que l'Australie a fermé ses frontières pendant quasiment deux ans à cause du Covid-19, les vols internationaux et nationaux ont été très limités. La plupart des pilotes sont restés au sol et quand les vols commerciaux ont doucement repris leur rythme en décembre... ils avaient un peu perdu la main.

Le rapport de la Qantas – qui n'était pas destiné à être rendu public mais qui a "fuité" dans la presse australienne – est assez édifiant. Ça peut paraître incroyable, mais certains pilotes oublient tout simplement de... desserrer le frein au moment du décollage. D'autres confondent l'altitude et la vitesse ou zappent la phase de dégivrage. En juin dernier, un Boeing 787 parti de Sydney n'a pas pu rentrer son train d'atterrissage parce que deux pièces, deux goupilles qui auraient dû être retirées avant le départ étaient toujours bien à leur place. Dans le cockpit, des boutons sont mis sur la mauvaise position. Les équipages ne se rendent pas toujours compte que l'appareil est surchargé...

Et surtout on ne compte plus ce qu'on appelle les "approches instables", lorsque le pilote doit s'y reprendre à plusieurs fois pour l'aterrissage. Les auteurs du rapport essaient de le dire élégamment : ils écrivent que même les pilotes plus expérimentés ont connu "une réduction de leur capacité cognitive". En gros, ils ont oublié comment ça marche !

Perte de réflexes et de mémoire musculaire

Leurs erreurs ne sont jamais dramatiques, il n'y a pas eu d'accident. On parle surtout de gestes de routine qui, avant le Covid-19, se faisaient de manière automatique. Mais les pilotes ont perdu leurs réflexes et leur mémoire musculaire. Pour les mêmes tâches, il leur faut plus de concentration, plus de temps. Comme si vous vous remettiez au volant d'une voiture après deux ans d'absence. Vous y réfléchiriez à deux fois avant de passer les vitesses !

Parfois ce n'est pas leur faute : d'autres compagnies aériennes se sont rendu compte que pendant que l'avion était immobilisé, des tas d'insectes avaient eu le temps de faire leur nid à l'intérieur des sondes Pitot, entraînant erreurs de mesures, décollage impossible ou demi-tours forcés.

Plus de formations

Les Australiens ne sont pas les seuls évidemment à avoir constaté cette perte de compétence des pilotes. C'est un problème mondial signalé par d'autres rapports comme celui de l'Embry-Riddle Aeronautical University, dès février 2021. Un rapport réalisé à partir de l'Aviation Safety Reporting System (ASRS) qui recueille les rapports d'incidents volontairement soumis par les pilotes ou les contrôleurs. Il relève qu'avant le Covid-19 (entre juillet 2019 et février 2020), un seul rapport d'incident sur les 4 326 transmis peut être associé à un manque de compétences et/ou de connaissances. Mais pendant la première vague de la pandémie (de mars 2020 à octobre 2020), c'est le cas de dix rapports sur 2 412.

Aux États-Unis, d'ailleurs, la Federal Aviation Administration (FAA) a interdit aux pilotes de rependre les commandes d’un jet commercial s'ils n'ont pas réalisé, au cours des trois derniers mois, trois cycles décollage-atterrissage en simulateur ou dans un cockpit. Selon le Los Angeles Times, cette période a été réduite à 60 puis 30 jours en 2020 pour cause de pandémie, la FAA expliquant ces « délais de grâce » par la crainte d’augmenter la propagation du coronavirus. 

L'Association du transport aérien international (IATA) a de son côté publié des guides à l'usage des compagnies aériennes afin de gérer au mieux le retour des pilotes derrière les commandesLes compagnies essaient notamment de relancer les formations pour accompagner le retour d'activité de leurs pilotes et combler leur manque de pratique. Des formations qui demandent du temps et de l'argent. Dans un secteur aérien en crise, toutes ne peuvent pas se le permettre.

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