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Birmanie : la répression s'intensifie, la mobilisation se poursuit

Quinze jours après le coup d'État militaire, les Birmans craignent de revivre des représailles sanglantes qui ont suivi les soulèvements de 1988 et 2007.

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Une manifestante devant un blindé de l\'armée à Yangoon en Birmanie, le 15 février 2015.
Une manifestante devant un blindé de l'armée à Yangoon en Birmanie, le 15 février 2015. (YE AUNG THU / AFP)

Pendant 8 heures, dimanche 14 février, l'armée a coupé toutes les communications et a déployé blindés et soldats dans les rues de Rangoon et d'autres villes à travers le pays.

Signe de la tension extrême de ces dernières heures, à Myitkyina, dans l'État kachin, au nord, les forces de l'ordre ont tiré sur la foule. Balles réelles ou balles en caoutchouc ? Les journalistes locaux n'ont pas précisé. Mais il y a plusieurs blessés. 

La nuit surtout les scènes de chaos se multiplient : des inconnus armés de bâton descendent dans les quartiers pour s'en prendre aux habitants opposés à la junte, des rafles massives ont lieu dans les milieux des activistes. 400 personnes ont été arrêtées depuis le putsch, le 1er février.

Les Birmans craignent de revivre des représailles sanglantes qui ont suivi les soulèvements de 1988 et 2007. Les militaires sont déjà dotés de pouvoirs d'exception : ils peuvent procéder à des perquisitions sans mandat, ordonner des placements en détention sans passer par la justice. Mais les journalistes n'ont pas le droit de parler de "coup d'État".

Toutes les classes sociales s'engagent

Au petit matin, lundi 15 février, la poussée de fièvre est momentanément retombée. Et la mobilisation se poursuit. Même si les foules sont moins nombreuses que les jours précédents, des centaines de milliers de personnes sont de nouveau descendues dans les rues.

Avocats, ouvriers, agriculteurs, médecins, enseignants... toutes les classes sociales, toutes les professions se mobilisent. Ce lundi matin, l'un des points de fixation, c'est la Banque centrale de Rangoon, où plusieurs fonctionnaires se sont déjà mis en grève. 

Devant le bâtiment, on organise un sit-in, on chante pour "chasser la dictature", on agite des drapeaux rouges aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, tout en levant la main vers le ciel, en repliant le pouce et le petit doigt, reproduisant ce symbole à trois doigts inspiré de la série américaine Hunger Games, devenu le signe de ralliement des manifestants.

Sanctions économiques

À l'exception notable de la Chine –qui n'a jamais critiqué le coup d'État - et de la Russie – pour qui il s'agit d'une "question interne"les condamnations de la communauté internationale se multiplient. Elles sont à vrai dire beaucoup plus nombreuses et audibles que pendant le massacre de la minorité musulmane des rohingyas.

Plusieurs ambassades (celles du Canada, du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne et de l'Italie) ont ainsi adressé ensemble ce dimanche un message aux militaires : "le monde vous regarde. Nous demandons aux forces de sécurité de s'abstenir de faire usage de la force. Nous soutenons la quête de démocratie des Birmans".

Les chefs de la junte seront "tenus pour responsables" de ces violences, ajoute de son côté Tom Andrews, le rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie. Les États-Unis ont eux déjà annoncé des sanctions ciblées contre les généraux et leurs entreprises, notamment le gel de leurs avoirs ainsi que des limites à l'exportation des produits américains vers la Birmanie.

Mais l'arme économique a pour l'instant peu d'impact. Les militaires sont à la tête des deux plus gros conglomérats du pays, incontournables pour les investisseurs étrangers comme Total. Le retrait de ces grosses sociétés serait un handicap pour la junte, mais une arme à double tranchant, qui risquerait d'appauvrir davantage encore la population. Pour l'instant, c'est le statu quo.

Une manifestante devant un blindé de l\'armée à Yangoon en Birmanie, le 15 février 2015.
Une manifestante devant un blindé de l'armée à Yangoon en Birmanie, le 15 février 2015. (YE AUNG THU / AFP)