A l'"Horloge de l'Apocalypse", il est minuit moins 90 secondes

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À la grande "Horloge de l'Apocalypse" (the "Doomsday Clock"), il est bientôt minuit. Précisément minuit moins 90 secondes. Nous n'avons jamais été aussi proches de la fin du monde.

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Radio France
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L'horloge de l'apocalypse à 90 secondes de la fin du monde. (ANNA MONEYMAKER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

N'imaginez pas des aiguilles immenses ou des engrenages gigantesques comme dans Les temps modernes de Charlie Chaplin : cette "Horloge de l'Apocalypse"("Doomsday Clock") est virtuelle, c'est avant tout un concept, une métaphore de la vulnérabilité du monde. Une façon de mesurer le temps qu'il nous reste avant la grande catastrophe.

>> Mais c'est quoi cette horloge de l'apocalypse qui s'affole depuis l'élection de Donald Trump ?

Ça n'a rien de mystique ! Elle a été imaginée en 1947 par le Bulletin of the Atomic Scientistsun groupe créé par Albert Einstein, composé d'experts et de scientifiques américains ayant travaillé sur le projet "Manhattan", qui produisit la première bombe atomique.

Depuis, ces experts surveillent de très près l'état de notre planète. Chaque année, ils transforment ses turbulences politiques, ses guerres, ses catastrophes naturelles ou ses avancées technologiques en formules mathématiques... Et chaque année en fonction de leur résultat, ils nous donnent l'heure du monde en avançant – ou en reculant – cette horloge un peu spéciale. La fin des temps est arbitrairement fixée à minuit. Chaque année, l'humanité peut donc voir si elle s'en rapproche ou si elle s'en éloigne.

23 heures, 58 minutes et 30 secondes

Et cette année - ça ne sera pas une surprise – on s'en rapproche dangereusement : en 2023, il est donc précisément 23 heures 58 minutes et 30 secondes. Seules 90 petites secondes nous séparent du gong fatidique. Nous n'avons jamais été aussi proches. Les scientifiques ont encore avancé de 10 secondes par rapport à l'an dernier. 

En près de 75 ans, l’horaire de l’horloge de l’apocalypse a logiquement suivi les oscillations des grands événements internationaux. À l'origine, après la Seconde Guerre mondiale, elle indiquait 23h53. On n'a donc fait que se rapprocher de la fin. Sauf en 1991, à la fin de la Guerre froide : là, elle a reculé à 23h43. À l’inverse, en 1953, en pleine guerre de Corée, ainsi qu’en 2018 et 2019, elle affichait minuit moins deux.

Les experts se concentrent sur trois domaines principaux : le risque nucléaire, le changement climatique et les technologies "perturbatrices", y compris les développements en biotechnologie. Ce qui relie ces sujets, c'est la conviction que puisque les humains les ont créés... Il est encore possible de les contrôler. 

La guerre en Ukraine, un danger majeur

Pour 2023, cet horaire se justifie par la crise climatique - mentionnée plusieurs fois ces dernières années - la désinformation qui progresse dans nos sociétés, et avant tout évidemment, la guerre en Ukraine. "Les menaces à peine voilées de la Russie d'utiliser des armes nucléaires rappellent que l'escalade est un risque terrible", écrit le collectif d'experts, qui évoque aussi les armes biologiques et chimiques et "la possibilité que le conflit échappe à tout contrôle". Plus globalement, comme le soulignait déjà le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, le monde est entré dans "une période de danger nucléaire sans précédent depuis l'apogée de la guerre froide".

"Avancer l'horaire est une décision que nos experts ne prennent pas à la légère", explique Rachel Bronson, la présidente du Bulletin of the Atomic Scientists. "Le gouvernement américain, ses alliés de l'Otan et l'Ukraine ont à leur disposition une multitude de canaux de dialogue ; nous exhortons les dirigeants à faire leur maximum pour les examiner tous afin de reculer l'horloge". Pour la première fois, le communiqué du groupe d'experts a d'ailleurs été rédigé en anglais, en russe et en ukrainien.

La victoire d'Emmanuel Macron

Au rayon des bonnes nouvelles qui retardent malgré tout notre avancée vers l'extinction, quelques moments politiques qui renforcent l'affermissement de la démocratie.

Par exemple le fait que l’électorat américain ait rejeté les "négationnistes" en choisissant Joe Biden plutôt que Donald Trump ou qu'Emmanuel Macron ait surmonté "un défi historique à la présidentielle face à la candidate d’extrême droite Marine Le Pen". On se console comme on peut, mais ce sont toujours quelques millièmes de secondes supplémentaires arrachés à notre marche vers l'inéluctable.

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