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Le monde de Marie. Aux États-Unis, l'ancienne patronne de centres de torture clandestins pourrait prendre la tête de la CIA

Tous les jours, Marie Colmant revient sur un sujet passé (presque) inaperçu. Aujourd'hui, la possible désignation de Gina Haspel pour diriger la CIA, elle qui a dirigé des prisons clandestines de la CIA dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

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Gina Haspe prête serment avant son audition par le Sénat à Washington, le 9 mai 2018.
Gina Haspe prête serment avant son audition par le Sénat à Washington, le 9 mai 2018. (ALEX BRANDON / PICTURE ALLIANCE / AFP)

Gina Haspel est auditionnée depuis le mercredi 9 mai par le Sénat américain, qui décidera dans la semaine si elle peut devenir la première femme à diriger la CIA, l'une des agences de renseignement des États-Unis. Cette audition n'a rien d'une formalité, malgré le fort soutien apporté par le président Trump qui la trouve "terrific".

Un soutien bienvenu, elle qui menaçait la semaine dernière de jeter l’éponge devant l’émoi suscité par sa nomination. Depuis cette annonce, des sénateurs et des représentants du Congrès (dont quelques Républicains), sans parler des avocats qui défendent des victimes, remuent ciel et terre pour avoir accès au dossier Haspel et le rendre public.

Carrière modèle et sale boulot

La semaine dernière, la CIA a pris sa décision : seuls les sénateurs appelés à confirmer ou infirmer la nomination de Gina Haspel se verront communiquer l’ensemble du dossier. Et plus précisément toute la partie de son CV concernant son travail au Counterterrorism Center (CTC), la section antiterroriste de la CIA, qu'elle rejoint le 11 septembre 2001. Jusque-là, cette fille de militaire mène une carrière modèle au sein de l’agence qu'elle a intégrée à 28 ans – elle en a aujourd’hui 61. Polyglotte, elle parle au moins cinq langues dont le français.  

A partir de septembre 2001, Gina Haspel traque les terroristes. C’est normal, c’est son boulot. Ce qui est en jeu ici, ce sont plutôt ses méthodes. A savoir les interrogatoires poussés dans des centres de torture délocalisés qui en Thaïlande, qui en Pologne ou en Egypte. Un sale boulot pas du tout conforme à la Convention des Nations unies contre la torture, entrée en vigueur en 1987 et dont les États-Unis sont signataires, ni à la loi américaine qui prévoit 20 ans de prison pour tout fait de torture.

Et pourtant, jusqu’en 2004 au moins, c’est Gina Haspel qui dirige tous ces sites clandestins, qui encourage la torture au point que même les bourreaux trouvent ça excessif. Elle n’a jamais été poursuivie pour le moindre de ces actes.  Elle pourrait devenir maintenant la première patronne de la CIA, et c’est promis juré, il n’y aura plus de centre de torture.

Gina Haspe prête serment avant son audition par le Sénat à Washington, le 9 mai 2018.
Gina Haspe prête serment avant son audition par le Sénat à Washington, le 9 mai 2018. (ALEX BRANDON / PICTURE ALLIANCE / AFP)