Soprano à propos du racisme : "Je n'aime pas passer pour une victime, j'aime bien montrer l’exemple"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Cette semaine, un invité exceptionnel, le chanteur, rappeur et compositeur, Soprano. Il se livre en remontant le temps avec cinq de ses chansons incontournables.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Le rappeur Soprano en concert à Lausanne (Suisse) le 4 juin 2022 (VALENTIN FLAURAUD / KEYSTONE)

Soprano, chanteur, rappeur et compositeur, est devenu en quelques années un incontournable de la scène urbaine et de la variété française. Le symbole que tout est possible si on garde la passion et l'envie comme seuls moteurs.

Il passe cette semaine sur franceinfo et évoque son enfance dans les quartiers Nord de Marseille, son groupe Psy 4 de la rime, sa rencontre avec Akhenaton d’IAM ou encore sa carrière solo sans jamais se départir de son sourire et de son regard bienveillant sur le monde qui l’entoure.

Plus de trois millions de disques vendus, plus d'un million de spectateurs lors de sa dernière tournée. Une série lui est même consacrée sur Disney + depuis le 15 juin dernier. Six épisodes pour mieux comprendre qui est Soprano, comment il a grandi et percevoir son lien indéfectible avec la ville de Marseille qui a joué un grand rôle dans son processus de création et d'écriture.

Son dernier album, Chasseur d'étoiles, est ressorti augmenté de trois titres inédits.  

franceinfo : Depuis vos débuts, avec Psy 4 de la rime ou en solo, vous enchainez les succès. Tout semble aller bien pour vous, à croire que rien n'a été difficile. Et pourtant, parfois, vous avez vraiment douté.

Soprano : Oui, je suis un éternel stressé. C'est juste que je ne le montre pas parce que je souris tout le temps. Heureusement il y a ça, ça me permet de prendre du recul et de pouvoir toujours continuer à essayer de composer, d'écrire et de faire de la musique.

Votre père veille au-dessus de vous maintenant. Ça a été un moment très difficile pour vous. Est-ce que cela devient aussi un moteur supplémentaire de transmission ?

Oui. Mon père a toujours été quelqu'un de silencieux, mais qui "faisait les actes" comme on dit chez moi. Il était toujours en train de nous montrer la bonne direction, sans parler. Moi, c'est tout le contraire de lui parce que justement, j'ai un micro et je suis moins silencieux. Mais c'est vrai que ça m'a donné l'exemple de pouvoir essayer de construire quelque chose de solide pour les miens, de prendre conscience qu'on n'est pas parfait, ça il nous le disait tous les jours. Il me disait : "Voilà, je ne suis pas parfait, je fais des erreurs". Et ça, c'est un truc qui m'a beaucoup rassuré parce qu'à chaque fois que je faisais des erreurs, je me culpabilisais, je me flagellais.

En 2014 sortait votre album Le Corbeau et le double album La Colombe et le corbeau. À l'intérieur : C'est ma life, chanson qui justement décrit un peu ce que vous racontez, c'est-à-dire que vous gardez toujours le sourire quasiment en toutes circonstances.

C'est un morceau dans lequel je voulais parler de Marseille, la montrer et y promener mon ami, DJ Abdel, qui m'accompagne sur cette chanson. Je lui disais : "Viens, je te fais visiter Marseille, tu comprendras pourquoi je souris". Malgré tout ce qu'on pourrait penser, bien sûr il y a des endroits à Marseille très durs, on connaît l'actualité, mais contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n'est pas 90 % de notre temps. C'était une balade à travers cette chanson et en plus, un clin d'œil à IAM qui avait sorti le Mia, je disais dans la chanson qu'eux, c'était au début des années 80 et moi, au début des années 2000.

Je voudrais qu'on aborde l'année 2014 et votre quatrième album : Cosmopolitanie. Que des tubes ! Ça va vous permettre d'intégrer les Enfoirés des Restos du Coeur. C'était important d'intégrer cette troupe ?

"Je fais partie de ceux qui ont bénéficié des Restos à travers mon cousin et ma tante qui nous disait : 'Descendez, allez dans cette salle là-bas, on va vous donner une caisse. C'est ce qu'on va manger ce soir'."

Soprano

à franceinfo

Du coup, oui. Quand on m'a proposé, ça m'a touché parce que j'étais petit quand j'ai vu Coluche parler de ça. Coluche, mes parents ne comprenaient pas toutes les blagues, mais quand il a fait son discours pour dire qu'il y avait des gens qui ne mangeaient pas à leur faim et qu'on allait essayer de faire un truc, ils ont été touchés. Et du coup, faire partie de ce groupe, même pour mes parents, c'était une fierté.

C'est quoi la Cosmopolitanie ?

Un pays imaginaire où on pourrait arrêter de toujours pointer du doigt les religions, la couleur de peau, la différence. Il faudrait mettre un pont pour pouvoir partager, essayer de comprendre les différences, ça changerait beaucoup de choses.

Vous avez subi cela ?

"Quand je suis sur le fauteuil de The Voice en étant des quartiers, en étant musulman et en étant noir, rappeur avec ma casquette, je trouve que ça, c'est le plus gros coup de gueule et le plus gros coup de poing qu'on pourrait donner."

Soprano

à franceinfo

Je suis plus dans les actes et les comportements. Je me rappelle que ma femme me disait : "Parfois, vous faites trop les victimes du racisme". Elle commence à vivre avec moi et comprend. Par exemple, quand j'appelais pour un appartement, au début c'était : "Il n'y a plus de place monsieur M'Roumbaba". Ma femme rappelait, "Ah oui, oui, oui, oui, vous pouvez". "Oui, mais mon mari vient d'appeler maintenant..." On a vécu ça, du coup, elle a pris vite conscience que je n'extrapolais pas et que je ne faisais pas le démago. Mais je n'aime pas, justement, passer pour une victime. J'aime bien montrer l’exemple.

Toujours positif ?

Oui, il le faut, ça fait avancer les choses.

Est-ce que vous êtes un peu un Fresh Prince alors ? Que représente cette chanson pour vous ?

J’ai regardé Le Prince de Bel-Air toute ma vie et cette chanson a été enregistrée pendant des déconnades en studio. Quand je vois le succès de cette chanson, je suis heureux parce qu'on était en train de rigoler. Je n'aurais jamais cru que cela aurait pris cette ampleur extraordinaire.

Je me rappelle d'une anecdote. C'était ma chanson préférée de l'album, mais je me suis dit : on a une chanson qui s'appelle Clown, qui peut être beaucoup plus populaire, mais je voyais mes enfants danser sur ce morceau-là. Je me disais : mais ils ne connaissent pas Le Prince de Bel-Air ! Et là, ma femme m’a dit : "Quand tu écoutais I AM, à l'époque, tu connaissais Shalamar, toi ? Et tu aimais bien Je dans le Mia parce qu'il y avait un truc, eh bien eux, c'est pareil pour Fresh Prince". Elle avait raison.

Soprano sera en concert en 2023 : le 13 février 2023 à Epernay, le 24 à Toulon, le 25  à Montpellier, le 4 mars à Amnéville, les 11 et 12 à Nantes, le 17  à Châteauroux, les 18 et 19 à Dijon ou encore le 6 mai au Stade de France à Saint-Denis.

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