Philippe Lellouche : "J'aime profondément les gens. C'est ce qui m'a poussé à faire de la scène"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Mercredi 29 novembre 2023 : L’auteur, comédien et chanteur, Philippe Lellouche. Il est en tournée avec son spectacle "Stand Alone" avant d’occuper la scène du Théâtre de la Madeleine, à Paris, à partir du 2 décembre.
Article rédigé par Elodie Suigo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 16 min
Le comédien Philippe Lelouche, en novembre 2023. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Philippe Lellouche est acteur, réalisateur, animateur et chanteur. Le point de départ de ces multiples casquettes a été le journalisme et le reportage d'investigation. Finalement, la clef, c'est cette folle envie de raconter ses propres histoires. Ensuite, il y a eu le one-man-show avec la création, en parallèle d'une pièce, celle qui lui ressemble le plus, Le jeu de la vérité aux côtés et avec Vanessa Demouy. Il a d'ores et déjà joué pour les plus grands comme Claude Lelouch, Olivier Dahan, Tony Marshall et plus récemment Philippe Lacheau.

Il est en tournée dans toute la France avec un seul en scène, Stand Alone, et s’arrêtera à partir du 2 décembre au Théâtre de la Madeleine à Paris.

franceinfo : Le seul en scène est donc une histoire de temps. Il faut du temps, il faut être prêt pour monter sur scène et être seul en scène ?

Philippe Lellouche : Plein de gens vous diront le contraire puisque c'est souvent là que des jeunes démarrent des carrières cinématographiques. Plus largement, j'ai envie de vous dire que pour être un bon acteur, il faut avoir passé 45 ans. En réalité, il faut avoir vécu puisque quand on dit : "Il faut rentrer dans le personnage", non, il faut faire entrer le personnage en vous et aller chercher en vous ce qui ressemble au personnage qu'on vous demande de jouer. J'ai la faiblesse de penser que quand on a vécu, qu'on a été nul, qu'on a été grand, qu'on a été amoureux, qu'on a souffert, qu'on a été dépressif, qu'on a été euphorique, tout ça, ça aide beaucoup plus à comprendre le rôle qu'on a joué. Ça, c'est en préambule. Pour ce qui concerne le one-man-show, en fait, c'est presque une politesse que je rends aux gens parce qu'ils sont extrêmement gentils avec moi depuis 20 ans au théâtre, à venir voir ce que j'écris et ce que je joue. Et là, j'avais envie un peu de rendre la politesse en disant : venez, on va se connaître un peu mieux ! Moi, j'ai toujours été caché derrière, certes, mon écriture parfois ou derrière un rôle, et là c'est tout le contraire. Je suis face à eux et j'ai envie de les faire rire parce que c'est quand même mon ambition et de les faire rire en étant face à face en leur disant : tiens, on se connaîtra un peu mieux, voilà.

"Il y a une espèce de rendez-vous de copains avec le public quand je suis sur scène, je ne peux pas le penser autrement."

Philippe Lellouche

à franceinfo

Ça signifie que la scène vous a procuré ce que vous rêviez de faire enfant ? C'est arrivé très tôt dans votre vie de vouloir monter sur scène, à travers votre père qui, pour vous, était sans doute l'un des plus grands héros de cinéma, même s'il ne l'était pas réellement.

Bravo ! Oui. Ce que vous dites est très juste avec au passage une énorme bienveillance et un optimisme sans faille de ma mère. C'est ce mélange des deux peut-être qui a fait ça, mais si je suis tout à fait honnête, plus que d'être acteur, je voulais être connu. C'est une maladie mentale, je pense, qui est arrivée assez jeune dans ma vie ! Je n’en avais rien à faire de Molière quand j'avais 12 ans. Moi, j'avais envie de passer à la télévision. J'avais l'impression que les gens qui passaient à la télévision, ils avaient une vie meilleure que les autres, ce qui n'est pas vrai, mais en tout cas, c'est l'illusion qui a fait que j'avais envie de ça. Il y avait un besoin de reconnaissance. Oui, je pense qu'il y a une tare au départ ou une folie probablement.

Vous avez écrit et joué dans la pièce : Le temps qui reste en 2019. Qu'est-ce qui pourrait définir ces 45 années passées à nos côtés sachant que vous avez intégré la photo de famille au fil du temps ?

J'ai de la chance. Merci la vie. L'enfant que j'étais, je crois, j'espère qu'il ne rougit pas trop de l'adulte que je suis devenu. J'avais envie de ça. J'aime profondément les gens, tous les gens. Vraiment, sincèrement. C'est ce qui m'a poussé à faire de la scène.

"Je préfère la scène au cinéma, très clairement, parce qu'il y a ce contact avec les gens et de les faire rire, c'est ça qui est joyeux."

Philippe Lellouche

à franceinfo

Je suis très heureux. J'ai beaucoup de chance et je mesure tous les jours la chance que j'ai d'être avec vous, d'être invité, qu'on s'intéresse de temps en temps à ce que je fabrique et à moi. Parfois, il y a des gens qui me demandent : "Ce n'est pas trop fatigant de faire des photos ? " Je leur réponds : ah bah non, ce qui est fatigant, c'est de ne pas en faire. Et ça ne m'arrivera jamais de refuser parce que je trouve que c'est ça la vraie consécration.

Vous vous êtes toujours dit et annoncé nostalgique compulsif. Qu'est-ce qui vous manque alors ?

L'enfance. L'insouciance. De voir mes parents. Je donnerais un an de ma vie pour aller boire un café avec mon père aujourd'hui. Ce que je ne peux plus faire. Je déteste voir vieillir les miens. J'ai une peur atroce de la maladie et de la mort. Je suis profondément amoureux de la vie. L'enfance, c'est ce moment où on ne pense à rien. On pense que tout est éternel. Je ne comprenais pas, par exemple, parfois je voyais mon père un peu contrarié et je disais à maman : qu'est-ce qu'il a papa ? Elle me répondait : "Il se fait du souci". Je ne comprenais pas ce mot 'souci'. Ça sert à quoi de se faire du souci ? C'est encore valable aujourd'hui, ça ne sert à rien. D'être adulte finalement, c'est quoi ? C'est d'être un enfant qui a des problèmes d'argent parce que ça se résume à ça globalement. Donc l'enfance, l'insouciance de l'enfance me manquent.

Stand Alone signifie 'Se tenir seul', est-ce que cela signifie que ça y est, vous êtes fier de l'homme que vous êtes devenu ? En tout cas, vous connaissez vos valeurs, l'essentiel.

Oui, il serait temps. En tout cas, on n'a plus peur d'assumer ce qu'on est à 57 ans, ce qui est mon âge aujourd'hui. En fait, on veut démarrer en plaisant à tout le monde, ça, c'est une évidence. Tous les jeunes acteurs ont ça. On comprend très vite autour de la quarantaine qu'on ne plaira pas à tout le monde. Et quand on passe à 50, on est fier de pas plaire à tout le monde. Celui à qui on ne plaît pas en général, c'est celui qu'on n’aime pas trop non plus. Donc ce n'est pas très grave, c'est le moment de s'assumer. Mais de toute façon, le chemin avant d'être un homme est long ! On n'est pas un homme à 20 ans, pas un homme à 30 ans. Cette belle intransigeance qu'on a à 20 ans... Il y a tellement de compromis qui viendront derrière. 

Si on pouvait définir Stand Alone que diriez-vous ?

Venez, parce qu'en sortant, j'espère que vous vous direz : "Tiens, j'ai un nouveau copain !"

Retrouvez cette chronique en vidéo :

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.