"J'ai envie d'être aimé mieux, quitte à être aimé moins", confie Franck Dubosc à l'affiche de "10 jours encore sans maman"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui le comédien et scénariste, Franck Dubosc. Ce mercredi 12 avril 2023, il est à l'affiche du film "10 jours encore sans maman" de Ludovic Bernard, avec Aure Atika.
Article rédigé par France Info - Elodie Suigo
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Le comédien et humoriste Franck Dubosc en juillet 2022. (LOIC VENANCE / AFP)

Franck Dubosc est tour à tour humoriste, scénariste, réalisateur et acteur. Il a fait ses débuts sur scène avec les one man show J'vous ai pas raconté ?, Romantique et son personnage de mythomane toujours dans la séduction et dans la frime. Et puis il y a eu le film Camping de Fabien Onteniente en 2006 qui l'a révélé au grand public, suivi par Incognito (2009) et Barbecue (2014) d’Éric Lavaine ou encore Boule et Bill d'Alexandre Charlot et Franck Magnier (2013).

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Ce mercredi 12 avril 2023, Franck Dubosc est à l'affiche du film 10 jours encore sans maman de Ludovic Bernard avec Aure Atika. C'est la suite du premier volet sorti en 2020. Il y joue le rôle d'un père de famille dévoué au point d'être père au foyer. Il va avoir l'occasion de partir en vacances, mais sur le quai de la gare, son épouse a une opportunité professionnelle. Au dernier moment, il se retrouve seul à la montagne à gérer ses quatre enfants.

franceinfo : Ce rôle dans 10 jours encore sans maman, vous a-t-il rappelé votre rôle de père dans la vraie vie ?

Franck Dubosc : Oui, bien sûr. Les vacances avec des enfants : je viens d'avoir un ami au téléphone qui m'a dit : "Appelle-moi en semaine, je suis moins débordé" donc les vacances... En plus pour ceux qui ont la chance d'aller au ski, c'est ce qui a de plus compliqué avec des enfants parce que c'est très habillé. Donc oui, mes vacances ressemblent énormément à ça même encore aujourd'hui avec mes enfants de 10 et 13 ans.

Ce qui est étonnant quand on regarde ce film, c'est qu'il est effectivement classé dans la case comédie et en même temps, il n'est pas vraiment dans la comédie. On est vraiment entre deux. On vous découvre différemment et de plus en plus avec une vraie sensibilité, une envie de dire autre chose.

Oui, alors ce n'est pas de dire autre chose ou une envie d'enfin le dire. Effectivement, j'aborde plus des personnages plus réels, même si celui-là tombe beaucoup au ski et fait le pitre. Il y a une réalité derrière à chaque fois que, pas que je recherche, mais peut-être par souci de m'économiser, je finis par transparaître et paraître un petit peu plus moi-même.

Enfant, vous étiez rêveur, assez timide... Et pour lutter contre cette timidité, vous avez fait du judo et surtout, vous vous êtes inventé une vie. Est-ce que cette timidité et ce monde parallèle que vous vous êtes créé, sont le point de départ pour devenir comédien ?

Oui, pour être un autre. Quand j'étais petit, j'ai inventé un chien que je n'avais pas, je donnais des photos de Belle et Sébastien du magazine télé que j'avais pris moi-même et on voyait encore les écritures sur le côté. Mais mes copains avaient mon âge et ils y croyaient. On avait sept, huit ans.

Enfant, j'avais envie qu'on m'aime et j'avais nettement, j'ai toujours un peu ça, l'impression qu'on ne m'aimerait jamais pour ce que j’étais réellement, donc je m'inventais de quoi être aimé.

Franck Dubosc

à franceinfo

Quand on regarde votre parcours, vous avez quasiment tout fait. C'est-à-dire que vous étiez le pilote du vaisseau de l'émission Temps X des frères Bogdanov, votre premier rôle au cinéma, vous est donné par Michel Lang dans le film À nous les garçons. Puis, prof d'expression orale à l'école de formation pro des barreaux de la cour d'appel de Paris, ce n'est quand même pas rien. On a l'impression que vous vous êtes cherché pendant très longtemps, que vous aviez ce besoin de pouvoir convaincre à chaque fois.

Ce n'est pas de me chercher. Le problème, c'est que les autres ne me cherchaient pas. J'ai même été le saucisson sec dans des publicités pour les charcutiers, j'ai fait plein de trucs. Mais je vais vous dire, même après avoir fait un ou deux rôles principaux au cinéma, jeune, vous l'avez dit À nous les garçons, il y en avait eu d'autres et tout. Je me suis retrouvé à faire de la figuration dans des émissions de Patrick Sébastien, où je faisais le gendarme qui arrêtait C Jérôme pour le mettre dans un bus de flics. Je me disais : c'est le seul moyen pour exister, il va falloir qu'on me voit à un moment donné, il faut que je bouge.

Vos spectacles plus Pour toi, public vont vous permettre d'être adopté par le public et cette adoption va être fulgurante. Comment l'avez-vous vécu cette ascension ? Parce que vous vous êtes cherché pendant très longtemps et d'un seul coup, ça explose.

Oui. Je l'ai vu et pas vu en même temps parce que j'avais d'autres choses, d'autres soucis familiaux à ce moment-là. Mon père est en train de mourir pendant que le succès montait. J'avais plus comme une impression qu'on me donnait quelque chose d'un côté pour m'en retirer une de l'autre donc je marchais sur des œufs. Je n'ai pas vu vraiment la transition. Je l'ai senti forcément, mais je n'ai pas vécu avec plaisir.

On a le sentiment que cet humour vous permet d'être à la scène ce que vous n'êtes pas forcément dans la vie.

Quand j'ai compris que c'est par là que ça allait peut-être exploser un jour, j'ai appris. Je ne savais pas le faire, je n'avais pas le physique, je n'avais pas forcément le don d'écrire des trucs, mais j'ai appris tout seul. J'ai écrit mes textes. Parfois, je suis allé vers des vulgarités qui n'étaient pas moi, mais qui faisaient rire. Alors je suis allé à la facilité de me dire : si je veux beaucoup de public, il va falloir que je touche, que je tape large, donc que je m'échappe un peu de moi-même, mais ce n'est pas plus mal.

Quand je joue, je m’échappe un peu de moi-même, c'est pour ça que j'ai pu faire Patrick Chirac et me mettre en maillot de bain. C'est parce que ce n'est pas moi. Si ça avait été moi... Moi, je ne montre pas dans un maillot de bain comme ça. Mais Patrick Chirac, je peux le montrer.

Franck Dubosc

à franceinfo

Dans 10 jours encore sans maman, on commence à percevoir que vous êtes en train de passer à autre chose.

Oui, peut-être parce que je suis fatigué de moi. Vous savez, on se lasse. On le voit de plus en plus, il y a des gens qui font le même métier toute leur vie et qui en ont marre, qui sont fatigués. Ma chance, c'est que je n'ai pas besoin de m'arrêter pour me reposer. Je peux continuer, pas dans un autre domaine, mais d'une autre façon. Ça fait du bien de lâcher prise. Je lâche prise.

Est-ce que c'est dur de lâcher prise alors ?

C'est très dur. Parce que d'abord, lâcher prise au cinéma quand on est acteur et qu'on a eu beaucoup de public en étant très drôle, en faisant du comique, forcément, on sait qu'on va en perdre. Parce qu'il y a des gens qui veulent me voir drôle et un point c'est tout. Mais j'ai envie d'être aimé mieux, quitte à être aimé moins.

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