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"J'ai du mal à ne pas parodier une situation" : Michaël Youn récidive dans son nouveau film, "BDE"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’acteur, rappeur, animateur et réalisateur, Michaël Youn. Il sort son film "BDE", avec Héléna Noguerra et Lucien Jean-Baptiste, sur Amazon Prime Video.
Article rédigé par franceinfo - Elodie Suigo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Michaël Youn lors de la présentation de son film "BDE" au Festival du film de comédie de l'Alpe d'Huez (Isère), le 20 janvier 2023 (AGENCE FRANCK CASTEL / MAXPPP)

Michaël Youn est un artiste aux multiples casquettes : tour à tour acteur, producteur, réalisateur, scénariste, rappeur et animateur radio et télé. C'est en 2000 qu'il se fait connaître du public avec le Morning Live sur M6. Puis il y a eu ses rôles marquants au cinéma dans La Beuze (2003), Les onze Commandements (2004), Iznogoud (2005), Incontrôlable (2006) ou encore Coursier (2010). Il a aussi réalisé les films Fatal en 2010 et Vive la France en 2013. Ses chansons en tant qu'Alphonse Brown, ou membre du groupe Fatal Bazooka ou encore des fameux Bratislava Boys sont encore dans nos têtes.

Vendredi 24 février, Michaël Youn sort son film BDE sur Amazon Prime Video, dans lequel il joue avec Héléna Noguerra et Lucien Jean-Baptiste.

franceinfo : BDE, c'est l'histoire d'une bande d'amis. Ils se sont rencontrés en école de commerce. Ils dirigeaient ensemble le BDE, le bureau des étudiants. Ils rêvaient de changer le monde. Là, nous sommes 20 ans plus tard.

Michaël Youn : Et ils n'ont rien changé du tout.

Mais il y a une chose, en tous cas, qui ne change pas, c'est que tous les ans, ils se retrouvent pour passer ce fameux week-end ensemble. C'est vraiment un regard sur notre adolescence, sur ce qui nous construit en tant qu'hommes et femmes.

J'ai l'impression que c'est un film sur ce qu'on n'a pas réussi justement à transformer. Mais c'est un film sur ce qu'il y a de plus important en fait. Ce n'est pas grave de pas réussir à accomplir ses projets ou ses rêves. Ce qui est très important, c'est la fidélité de l'amitié, c'est d'avoir ces liens qui vous suivent toute la vie et d'avoir des gens sur qui vous pouvez compter.

La comédie, c'est ce qui vous correspond le plus.

J'ai du mal à ne pas parodier une situation. J'ai du mal à regarder, par exemple, vos techniciens qui sont derrière la vitre... J'ai du mal à imaginer autre chose qu'une scène avec un gars qui rentre avec du café, qui les ébouillante en faisant tomber le café sur la machine, des étincelles, ça s'arrête, on est bloqués à l'intérieur et vous vous cassez le poignet.

Voilà, je n'arrive pas à regarder la scène autrement qu'en la décalant. Sinon, peut-être que, je ne sais pas, j'aurais déprimé bien plus tôt.

"Je pense que regarder les choses avec décalage, c’est ce qui me permet de regarder le monde et de continuer à être encore un grand enfant avec des yeux pleins de curiosité."

Michaël Youn

à franceinfo

C'est vrai que quand le Morning Live est arrivé, tout le monde s'est dit : "Mais qu'est-ce que c'est que cet ovni ?"

Ah, M6 ne voulait pas ça au départ.

Vous avez été beaucoup critiqué. Comment avez-vous réussi à prendre la main et à avoir carte blanche ?

Eh bien, c'est parce qu'ils se levaient plus tard ! C'était de 7h à 9h, eux, arrivaient à M6 à 9h05, j'étais peinard. Ils regardaient les audiences de la veille, ils trouvaient ça super, ils ne regardaient pas l'émission. Et un jour, ils ont fini par la regarder et ils ont dit : "Mais, on peut pas faire ça, ce n'est pas possible. On est une chaîne nationale. Ce n'est pas la chaîne à ta mère, quoi !" Et c'était trop tard, ça fonctionnait trop bien, ce n'était plus possible.

J'ai l'impression que vous n'avez jamais eu de limites ?

Je n'en ai pas parce que je pense que je suis un garçon bien élevé. Je sais m'arrêter sans faire de la peine aux gens. Je n'irais pas dénigrer quelqu'un pour faire un bon mot sur lui. Donc j'ai l'impression en fait d'avoir une éthique et tant que je reste dans cette limite-là, de ne pas blesser les gens et de me moquer de moi principalement, j'ai l'impression qu'on peut aller très loin et donc pas de limites.

Il y a beaucoup qui ont grandi avec vous. Ce groupe parodique improbable, Les Bratislava Boys, est toujours au centre des conversations. Ça représente quoi ça pour vous ?

Les Bratislava Boys et Fatal Bazooka, je fais encore des concerts où je chante : Fous ta cagoule et le public est toujours aussi jeune, c'est ça qui est fou. En fait, je me suis rendu compte que je suis devenu kitsch, c'est-à-dire...

Le kitsch, c'est de bon goût pour certains, de très mauvais goût pour d'autres.

Voilà, c'est un peu ça. Donc évidemment, quand on chante "Fous ta cagoule, sinon t'auras froid, t'auras les glandes, t'auras les boules", on ne peut pas être culte. On peut être ringards, mais étant donné que la musique est pas mal et que le gars est resté extrêmement premier degré dans son personnage... Je suis resté au milieu quoi, un truc kitsch, mais ça me va.

Vous avez d'ailleurs su à un moment donné proposer autre chose avec des thrillers psychologiques. Il y avait quand même une volonté de montrer que vous étiez capable d'aller dans ce registre-là. C'était important pour vous de montrer que vous aviez envie aussi de montrer autre chose ?

Ce n'était pas pour montrer. J'ai été là-dedans, dans la démonstration, dans le besoin de reconnaissance et dans le "Regardez, finalement, je ne suis pas qu'une paire de fesses avec un mégaphone qui hurle aux 7 d'Or".

"Je ne suis plus dans la démonstration, j'ai compris que c'était une bataille qui était perdue d'avance parce que ça va trop vite, parce que quoi qu'il arrive, on ne peut pas plaire à tout le monde et que ce n'est pas important, en fait."

Michaël Youn

à franceinfo

La famille a toujours également occupé une grande place dans votre vie. Qu'est-ce que vous gardez de vos parents ?

Mes parents sont issus des classes ouvrières et très populaires. Ils sont arrivés en France, d'Italie pour ma mère, d'Algérie pour mon père, avec l'envie de s'insérer dans une belle et grande société. Et je me souviens effectivement quand j'ai décidé de me faire réformer pour mon service militaire parce que je suis IP4, élément instable pour la société, je ne voulais absolument pas faire l'armée. Mon père m'a en a beaucoup voulu et il ne m'a pas adressé la parole pendant six mois. Il me disait : "La France m'a tout donné. Toi, tu avais la possibilité de la remercier et c'est ça ce que tu fais !" donc il m'en a beaucoup voulu. Je pense que j'ai cette éthique et j'ai ce respect. Ce garçon très bien élevé et respectueux que je suis aussi, je le tiens des valeurs de mes parents qui sont des gens simples, avec beaucoup d'humilité. Mais je crois en tout cas que j'ai hérité d'eux une timidité positive.

Totalement incorrect mais on est en restant correct, c'est ça qui est fort !

C'est ça ! Merci, ça me va. Je prends.

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