Basile Boli raconte sa première rencontre avec Guy Roux : "J'ai senti dans son regard que j'étais dans la merde"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le footballeur international français, Basile Boli. Il publie une autobiographie "Mémoires d'hOMme" avec la collaboration de Jean-Marie Lanoë, aux Editions First.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Basile Boli, en 2018, à Bruxelles. (THIERRY ROGE / BELGA MAG)

Basile Boli est footballeur international français et a évolué au poste de défenseur central. Formé à l'AJ Auxerre, club avec lequel il deviendra champion de France cadet en 1983, il va surtout marquer l'histoire du football au sein de l'équipe de France tout d'abord avec pas moins de 45 sélections et surtout au sein de l'Olympique de Marseille (OM) en 1990, avec laquelle il va gagner la Ligue des champions et le championnat de France. Il est, notamment, l'auteur d’un fameux coup de tête qui a offert le sacre aux Marseillais lors de sa troisième saison olympienne. Aujourd'hui, il sort un livre Mémoires d'hOMme avec la collaboration de Jean-Marie Lanoë aux Editions First.

franceinfo : Cette idée de livre est née dans un train, au moment où vous vous rendez aux obsèques de Bernard Tapie. Sa disparition vous a beaucoup affecté, vous dites même qu'elle vous a anéanti. C'est ça le point de départ ?

Basile Boli : Évidemment, dans la vie, quand on côtoie quelqu'un pendant cinq, six ans et qu'on vit les émotions que j'ai vécu à Marseille avec Bernard Tapie et avec l'ambiance qu'il y avait autour du club, etc. L'engouement était tellement fort qu'émotionnellement, on se dit "Ça fait partie de notre vie, c'est l’histoire de notre vie".

Pour comprendre ce livre, il faut comprendre d'où vous venez. Vous êtes né à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Vous êtes arrivé en France en 1980, vous aviez 13 ans. Votre père était fan de l'OM, vous du Paris Saint-Germain, c'est quand même assez drôle. Il avait découvert Marseille en tant que tirailleur sénégalais.

Oui. Je connaissais déjà tout petit l'histoire de l'OM par rapport au parcours de mon père qui arrive en 1943 ans en France. Paris, ce sont les premiers moments au stade du PSG, au Parc des Princes. Avec Roger, mes frères, on turbulait un peu, on passait par les petits coins, on essayait de rentrer, je ramassais des ballons !

Je suis parti à Auxerre alors que je supportais le PSG quand j'étais tout gamin. Et puis Marseille, c'est le cœur.

Basile Boli

à franceinfo

L'AJ Auxerre, c'est vraiment votre club formateur, c'est là où vous allez apprendre votre métier. C'est là aussi que vous allez montrer qui vous êtes avec Guy Roux.

La première fois que je rencontre Guy Roux, il y a mon père, ma mère. Et quand mon père se retourne, je sens dans le regard de Guy Roux que je suis dans la merde.

C'est-à-dire ?

À l’époque, j'ai peur ni de mon père ni de ma mère, mais là, paf, les yeux bleus enfoncés de Guy Roux me disent que je vais vivre des moments exceptionnels dans cette ville de 10 000 habitants qu’est Auxerre.

Je bégayais à 98 % et Guy Roux m'apprend à parler, m'inscrit à France Loisirs pour apprendre à lire, enfin... Pour me faire chier ! Mais grâce à cela, j'ai lu Zola, j'ai lu plein de choses, donc je suis très cultivé de ce côté-là.

Basile Boli

à franceinfo

Auxerre est vraiment un club de cœur !

Ah ouais !

On tente de vous "débaucher", de vous récupérer. Vous dites : "Non" à tout le monde, sauf à une personne, c'est Bernard Tapie. Et pourtant, vos deux premières rencontres ne sont pas bonnes du tout. La première se passe dans les loges où il vous menace clairement et vous dit : "Attend, je vais t'apprendre la vie". Et la deuxième fois, c'est pour prévoir un transfert et là, que vous dit-il ? C'est extraordinaire de dureté.

C'est très dur et en même temps, c'était une époque différente, c'est-à-dire que moi j'ai été contacté par le Paris-Saint-Germain, le Racing, etc. Et puis on me dit : "Tapie veut te voir". Je vais voir monsieur Tapie et il me dit trois choses : "Moi, je ne t'aime pas parce que t'es pas très beau à voir jouer". La deuxième : "On ne t'aime pas à Marseille. A Marseille, tu vois, quand tu arrives, il y a 40000 personnes qui te crient dessus, etc.". Et la troisième chose : "C'est que mon capitaine qui est le meilleur joueur de mon équipe, me dit que si j'ai envie de prendre une Coupe d'Europe, je dois te prendre".

C'est Jean-Pierre Papin qui dit cela...

Je lui répond : ou vous écoutez Jean-Pierre Papin, ou voilà. En fait, il m'avait vexé. Je n'avais pas l'habitude de parler comme ça en face d'un président. Mais là, il y a un mec qui me parle, qui me dit : "Oui, tu es nul etc. Mais il paraît que tu as quelque chose qu'on doit avoir pour gagner". J'y ai réfléchi. Tout était déjà presque arrangé avec les clubs parisiens.

Sauf avec votre épouse...

Sauf avec Geneviève ! Donc, je lui ai dit que j'avais envie d'aller à Marseille. On m'a dit : "Ce n'est pas possible, on te siffle là-bas, ils sont racistes et tout ça". C'est là que j'avais envie d'aller.

Effectivement, c'est une ville qui vous insulte. Les mots sont forts. Vous les écrivez : "Nègre, vas-y Blanchette", vous vous en prenez plein la tête. Même Bernard Tapie est très dur, il vous appelait "Le singe aux pieds carrés".

Ouais. En fait, pensant que je partais de l'autre côté, à Monaco, au Racing ou au Paris Saint-Germain, il a dit à Guy Roux, à Gérard Bourgoin "Quand est-ce que tu me vends ton singe aux pieds carrés ?"

Dans ce livre, justement, vous rendez hommage à Marseille, votre ville d'adoption, vous l'appelez comme ça.

Oui, dans mon livre, je rends hommage à Marseille parce que si j'ai été formé par Guy Roux et qu’il m'a appris la vie, Marseille m'a apporté l’ouverture d'esprit avec sa diversité. 

Basile Boli

à franceinfo

Marseille m'a donné une autre vision de la vie et c'était très enrichissant pour moi. C'est pour ça que quand je vois les gens parler mal de Marseille, c'est comme si on parlait mal de moi.

Alors, ça représente quoi le foot pour vous ?

Le foot m'a fait lire, le foot m'a appris ce que c'était que vivre ensemble, en fait. C'est génial parce que c'est onze joueurs, on n'a pas les mêmes origines et en même temps, on a une ambition commune, celle de gagner.

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