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Le décryptage éco. Pourquoi la France n'a pas intérêt à sortir de l’euro ?

Marine Le Pen a présenté dimanche son programme en vue de l'élection présidentielle de 2017. Un programme qui prévoit la création d'une monnaie nationale. Oui, mais...

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Marine Le Pen, présidente du Front national, candidate à l\'élection présidentielle de 2017, en meeting à Lyon, le 5 février 2017.
Marine Le Pen, présidente du Front national, candidate à l'élection présidentielle de 2017, en meeting à Lyon, le 5 février 2017. (JEFF PACHOUD / AFP)

Marine Le Pen a présenté dimanche 5 février son programme et ses 144 engagements en vue de l'élection présidentielle de 2017. Tout en haut, il y a la souveraineté monétaire. Dès la première ligne du document qu’a présenté la présidente du Front national, il est écrit : "Retrouver notre liberté et la maîtrise de notre destin en restituant au peuple français sa souveraineté, monétaire, législative, territoriale et économique". C’est l’engagement numéro un de Marine Le Pen, comme pour bien montrer que la question européenne et plus précisément la question de l’euro, constitue la clé de voûte de son programme.

Une tendance au repli national

Les mots "sortie de l’euro" ne sont pas prononcés, mais c’est tout comme, puisqu’il est précisé qu’"une négociation sera immédiatement engagée avec l’Union européenne". On le sait, pour sortir de l’euro il n’y a d’autres options, en vertu des traités, que de sortir effectivement de l’Union. Cette souveraineté monétaire est assortie, je cite, d’un "protectionnisme intelligent". C’est donc bien du retour au national qui constitue l’alpha et l’omega du programme économique et politique de Marine Le Pen.

La présidente du Front national estime aussi qu’en cinq ans, sa vision a gagné en crédibilité, en raison de la crise qui frappe encore nombre de pays de l’euro, dont la France, mais surtout d’un contexte international qui lui semble favorable, avec le Brexit et le vote d’une majorité nette des Britanniques en faveur d'une séparation de l’Union, et la victoire de Donald Trump qui impose lui aussi la primauté nationale avec son slogan "America First". Marine Le Pen veut croire que le "repli national" des deux grandes démocraties occidentales que sont les États-Unis et la Grande-Bretagne est une aubaine pour son parti nationaliste. 

Des promesses de prospérité pas toutes tenues

Pire, les pays de l’euro viennent de vivre une décennie de toute petite croissance, comme si la monnaie unique n’avait pas su protéger toutes nos sociétés confrontées à une crise financière mondiale historique. Il y a même un assez large consensus parmi les économistes pour dire que l’euro souffre encore de défauts majeurs de conception, que cette zone monétaire européenne n’est toujours pas optimale – pour parler comme les économistes – faute d’une coordination économique et politique réelle, en raison aussi d’une concurrence fiscale dévastatrice. En fait, l’euro, loin d’harmoniser les économies de la zone, a continué jusqu’ici de créer de l’hétérogénéité qui la fragilise et la rend instable. Bref, le bilan semble, à ce stade, décevant et le chantier de l’euro reste en tout cas totalement inachevé.

L'impossible sortie de l'euro

1. Sortons un instant du cadre français pour voir que plusieurs pays de l’euro sont aujourd’hui en quasi plein emploi et que la monnaie unique ne peut donc être accusée de tous les mots. Il y a bien des raisons nationales qui expliquent très largement les défaillances de l’économie française par exemple.


2. Le plan d’une sortie ordonnée de l’euro est un mythe pour ne pas dire une escroquerie intellectuelle : la première conséquence d’une sortie de l’euro serait de ruiner les épargnants et les emprunteurs, et même l’État français. Car la dépréciation immédiate de la nouvelle monnaie nationale se traduirait par une hausse massive des dettes contractées dans une autre monnaie que l’euro. C’est le cas par exemple des deux tiers de la dette française. C’est l’une des conséquences de la libération des flux de capitaux depuis une vingtaine d’années.


3. Quitter l’euro serait s’appauvrir irrésistiblement. Les industries et les services se concentreront encore davantage dans les zones les plus connectées au commerce mondial. La France se viderait de ce qui fait encore sa puissance économique.


Il y a donc mieux à faire que de vouloir quitter l’euro. C’est plutôt de sortir du statu quo, de compléter la monnaie unique, c’est de coordonner enfin nos économies et d’assortir l’euro d’une véritable représentation démocratique. Le chantier, oui, est bien immense, mais il n'est pas celui que Marine Le Pen voudrait engager. 


Pourquoi la France n'a pas intérêt à sortir de... par franceinfo

Marine Le Pen, présidente du Front national, candidate à l\'élection présidentielle de 2017, en meeting à Lyon, le 5 février 2017.
Marine Le Pen, présidente du Front national, candidate à l'élection présidentielle de 2017, en meeting à Lyon, le 5 février 2017. (JEFF PACHOUD / AFP)