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Le décryptage éco. Fiat-Chrysler retire son offre de fusion avec Renault : l'État politique a été plus fort que l'État stratège

Fiat-Chrysler a annoncé le retrait immédiat de son offre de fusion avec Renault dans la nuit de mercredi à jeudi. La France a-t-elle été trop prudente ? Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Les logos Fiat et Renault.
Les logos Fiat et Renault. (MARCO BERTORELLO / AFP)

Fiat-Chrysler a finalement retiré son offre de fusion avec Renault, dans la nuit de mercredi à jeudi 6 juin. Les Italo-Américains ont estimé qu’ils ne parviendraient pas à obtenir un accord du gouvernement français, qui est le premier actionnaire de Renault, à hauteur de 15%. Le gouvernement français avait déjà demandé 24 heures de plus ces derniers jours pour avancer sur cette fusion. Mercredi 5 juin, Renault réunissait encore son conseil d’administration pour étudier la proposition de Fiat, c’est là que Bruno Le Maire a fait savoir qu’il voulait attendre encore. Le ministre de l’Économie voulait attendre son voyage au Japon prévu en fin de semaine prochaine. Ce qui a agacé les Italiens qui ont donc jugé que "les conditions politiques ne sont actuellement pas réunies en France pour mener à bien un tel rapprochement."

Bruno Le Maire voulait s’assurer du soutien de Nissan. Depuis le début, les Japonais n’ont pas manifesté d’opposition frontale au projet, mais Nissan n’avait pas forcément envie de voir son influence réduite et cela aurait été clairement le risque si la fusion avec Fiat avait abouti. En même temps, Renault voit bien qu’il n’a pas plus de perspectives que cela avec Nissan, qui ne veut pas que Renault aille au-delà des coopérations techniques actuelles.

Des garanties dans un contexte tendu

Ce rapprochement avec Fiat intervient à moment est très particulier : les relations dans l’alliance franco-japonaise se sont beaucoup tendues depuis l’arrestation en novembre dernier de l’ancien patron de Renault Nissan, Carlos Ghosn, mis en examen au Japon.

Le gouvernement français exigeait plusieurs garanties pour cette fusion. Nous sommes dans le contexte social de General Electric et Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie qui est à la manoeuvre, veut plusieurs assurances notamment des garanties sur l’emploi, sur le maintien des usines. Les syndicats de Renault étaient inquiets. L’une des craintes était aussi que ce "mariage entre égaux" aboutisse finalement à faire passer Renault sous pavillon italien.

Il y avait aussi des questions sur la gouvernance d’aujourd’hui mais aussi de demain – qui choisira les dirigeants et quelle aurait été la place de l’État français ? Le projet prévoyait la création d’une holding basée à Amsterdam et détenue à 50-50 par les actionnaires de Renault et de Fiat.La famille Agnelli, qui possède 29% de Fiat-Chrysler, aurait certes, vu sa part diluée, mais elle serait restée de loin le premier actionnaire, pesant près du double de l’État français qui serait tombé à 7,5% du capital.

Il y a des regrets surement de part et d’autres ce matin, parce que la fusion visait a créer un véritable champion automobile mondial. C’était de créer un groupe d’une valeur de plus de 30 milliards d’euros, qui aurait produit plus de 8,5 millions de véhicules par an. Avec les volumes de Nissan l’ensemble aurait même produit près de 16 millions de véhicules par an, loin devant Volkswagen et Toyota. 

Renault aurait accèdé au marché américain, avec Jeep notamment, produit par Fiat. Et cette fusion aurait permis de créer des synergies, d’avoir plus de moyens pour financer les énormes changements technologiques qui bouleversent actuellement l’industrie automobile : voitures életriques, véhicules autonomes, véhicules connectés. Bruno Le Maire a-t-il été trop prudent ? Ce que l'on peut dire ce matin, c'est que l'État politique a été plus fort que l'État stratège.

Les logos Fiat et Renault.
Les logos Fiat et Renault. (MARCO BERTORELLO / AFP)