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Le décryptage éco. Emmanuel Macron pourra-t-il tenir sa promesse sur le remboursement des lunettes ?

Des négociations commencent mardi entre les opticiens, les mutuelles et le ministère de la Santé. Cette concertation démarre pour l’on ne paie plus rien quand on achète des lunettes ou des prothèses audio. C'était une promesse d'Emmanuel Macron.

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Des montures de lunettes chez un opticien, à Bethune (Pas-de-Calais)
Des montures de lunettes chez un opticien, à Bethune (Pas-de-Calais) (DENIS CHARLET / AFP)

Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait promis de rembourser intégralement les lunettes, les prothèses audio et dentaires. Des négociations commencent mardi 23 janvier entre les opticiens, les mutuelles et le ministère de la Santé. Cette concertation démarre pour voir comment mettre en place ce qu’on appelle le "reste à charge zéro", c’est-à-dire pour que l’on ne paie plus rien quand on achète des lunettes ou des prothèses audio.

Aujourd’hui, en moyenne, on paie 24% du prix de ces équipements. C’est un des taux les plus faibles d’Europe mais si c’est la Sécurité sociale qui le prend en charge demain, c’est difficile de faire des estimations précises. Selon la Mutualité française, cela pourrait coûter 4,5 milliards d’euros par an.

Que va faire le gouvernement ?

Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a déjà précisé, que pour l’optique, le reste à charge zéro ne s’appliquerait qu’aux patients qui opteront pour "un panier de soins standard." En fait, ils ne paieront rien que si et seulement si, ils choisissent leurs lunettes dans un catalogue prédéterminé par la Sécurité sociale. Agnès Buzyn a prévenu : "On n'est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde, ou des verres antireflets qui filtrent la lumière bleue." Bref, pour les verres les plus complexes ou pour des montures particulières, le patient devra mettre la main à la poche. La promesse d’Emmanuel Macron va donc être limitée.

Qui va payer pour ce fameux panier standard ?

C’est toute la question. Dans l’optique, par exemple, l’idée du gouvernement est de faire baisser les prix en faisant pression sur l’ensemble de la chaîne de production, c'est-à-dire les fabricants, les verriers et lunetiers, les centrales d’achat, les opticiens, car la France est le premier marché de l’optique en Europe. On y porte plus qu’ailleurs des montures de marques et des verres sophistiqués. Il existe 34 000 opticiens aujourd’hui en France, contre 21 000 en 2010. Selon la Mutualité française, le système de distribution des lunettes absorbe plus de 71% du coût des lunettes (hors taxes). Bref, le gouvernement veut introduire plus de transparence et plus de concurrence.

Est-ce réaliste ?

Il y a des chances que la filière ne se laisse pas faire, joue le chantage à l’emploi. Par ailleurs, les professionnels de santé, les assureurs, les mutuelles vont aussi devoir faire des efforts : il va falloir qu'ils se réorganisent. Le risque, c’est qu’ils répercutent la hausse des coûts sur les prix. Le gouvernement veut éviter toute augmentation des mutuelles mais on ne voit pas comment on y échapperait.

Reste, enfin, un acteur, l’Etat. Les professionnels aimeraient bien qu’il baisse la TVA sur les verres de 20% à 5,5%. Mais il n'en n'a pas l’intention. Bref, les négociations qui s’ouvrent s’annoncent douloureuses. 


Des montures de lunettes chez un opticien, à Bethune (Pas-de-Calais)
Des montures de lunettes chez un opticien, à Bethune (Pas-de-Calais) (DENIS CHARLET / AFP)