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Le décryptage éco. BlaBlaCar rachète Ouibus, la filiale "bus Macron" de la SNCF

L'opération est présentée comme un rapprochement, et la SNCF ouvre son site Oui.sncf à la plateforme de covoiturage. Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Des passagers attendent de monter dans un car Ouibus à Paris.
Des passagers attendent de monter dans un car Ouibus à Paris. (AFP)

La SNCF vend Ouibus, sa filiale d'autocars, à la société de covoiturage BlaBlaCar, son concurrent. Au premier abord, ce mariage peut surprendre. Mais, les deux entreprises avaient déjà commencé à travailler ensemble pendant les grèves du printemps à la SNCF.

Ouibus et BlaBlaCar avaient partagé leurs plateformes pour répondre à la demande des voyageurs, en multipliant les liaisons par autocar. Elles ont vu leurs intérêts, d’où cette vente – dont on ne connaît pas le montant – qui est présentée plus comme une alliance, un partenariat. Si la SNCF cède Ouibus à Blablacar : c’est, dit-elle, pour jouer la complémentarité. D’ailleurs, la SNCF entre au conseil d’administration de BlaBlaCar.

Jouer la complémentarité

La stratégie de la SNCF est d’être présente sur tous les segments de la mobilité et de proposer des offres complètes à ses clients, avec des solutions de trajets pour assurer tout le voyage, de porte à porte. Du coup, dès le printemps 2019, on trouvera sur Oui.sncf, le site de vente en ligne de la SNCF, des offres combinées train + bus mais aussi train + covoiturage.

La SNCF assure que s’il y a quelques années, BlaBlaCar pouvait être considéré comme un ennemi de TGV parce qu’il était son concurrent sur la longue distance, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Car la SNCF et Blablacar ont finalement un même ennemi commun : la voiture individuelle. Malgré l'explosion des modes de transport alternatifs, les "cars Macron", le covoiturage, la part de la voiture sur les longues distances ne diminue pas. Et pour cause, c'est le seul moyen de se déplacer porte-à-porte et avec souplesse.

La SNCF ouvre l’accès de Oui.sncf à BlaBlaCar. Le site représente 16 millions de visiteurs uniques par mois. Le pionnier du covoiturage espère aussi développer les liaisons d'autocar Ouibus à l'international. Blablacar a d’ailleurs annoncé lundi 12 novembre avoir lancé une levée de fond de 101 millions d’euros. La SNCF estime que cela va lui permettre de créer plus de 30 000 possibilités de voyages.

Sur le papier, chacun y trouve donc son compte. Une opportunité pour deux entreprises qui ne vont pas très bien, aucune ne gagne de l'argent. Depuis sa création en 2006, BlaBlaCar n'est toujours pas profitable. Elle espère l’être cette année. Et de son côté de Ouibus, créée en 2012 par la SNCF, voit ses pertes s’accumuler pour atteindre 165 millions d'euros l'an passé. Les deux entreprises espèrent que leur maillage va leur permettre de prendre des parts de marché à la voiture individuelle

Un PSE chez Ouibus

Comme l’a relevé franceinfo, la direction de Ouibus a annoncé hier un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) car, avant la cession, Ouibus doit abandonner totalement l'exploitation d'autocars en propre et donc procéder à un
plan social. 95 postes sont visés, dont 85 de chauffeurs. D’après la SNCF, les employés concernés se verront proposer des offres de reclassement dans l'ensemble du groupe ferroviaire et de ses filiales Kéolis ou Géodis.

Des passagers attendent de monter dans un car Ouibus à Paris.
Des passagers attendent de monter dans un car Ouibus à Paris. (AFP)