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Le débrief politique. Démission de Bruno Le Roux : la gauche n'avait pas le choix, la droite est embarrassée

Le Roux démissionne, "Le Canard enchaîné" charge la droite et le FN, Macron engragne. Tout ce qu'il faut retenir de l'actualité politique du mardi 21 mars avec Yannick Falt.

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Bruno Le Roux, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 21 mars 2017
Bruno Le Roux, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 21 mars 2017 (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Bruno Le Roux, une démission express...

Bruno Le Roux n'est plus ministre de l'Intérieur. Il l'a lui-même annoncé sur sa terre d'élection, à Bobigny (Seine-Saint-Denis) mardi 21 mars. Sa démission intervient moins de 24 heures après l'émission Quotidien sur TMC, qui révélait qu'il avait employé deux de ses filles comme collaboratrices parlementaires. Elles auraient signé respectivement 14 et 10 CDD pendant les vacances scolaires entre 2009 et 2016, alors qu'elles étaient lycéennes, puis étudiantes. Montant total : 55 000 euros.

Le parquet national financier (PNF) est allé vite, très vite. Il a rapidement annoncé étudier les éléments révélés par les médias... et avant 15h, une enquête préliminaire étaitouverte. Le PNF est donc allé encore plus vite que dans l'affaire Fillon.

Concernant la démission de son ministre, François Hollande n'avait pas le choix. Lui qui, lors de l'élection présidentielle de 2012, avait fait campagne sur la moralisation de l'État. Lui qui, mi-février à Rennes, en pleine affaire Fillon, défendait l'exemplarité au plus haut niveau de l'État. Depuis l'affaire Cahuzac, le chef de l'État écarte systématiquement du pouvoir tous ceux qui ont des démêlés avec la justice : Thomas Thévenoud, Kader Arif ou encore Yamina Benguigui ont ainsi été "débarqués".

La famille socialiste avait besoin de ce coup de balai, réclamé par Benoît Hamon depuis Bruxelles dans l'après-midi. En témoigne ce que confie à franceinfo un proche du candidat socialiste : avec cette démission de Bruno Le Roux, il y a, selon lui, d'un côté le camp de l'intransigeance, de l'autre une droite qui n'a pas pu se débarrasser d'un candidat mis en examen.

... qui embarrasse la droite

Dans le camp Fillon, cette démission aurait pu sonner comme du pain béni. Mais c'est plutôt l’embarras qui règne. Le départ de Bruno Le Roux est vécu comme une leçon d’exemplarité donnée par le gouvernement et par la gauche, qui appliquent l'adage "Aussitôt soupçonné, aussitôt démis". On est très loin des choix de François Fillon, pourtant dans une situation quasi identique : mis en examen, le candidat Les Républicains a toujours refusé de remettre en cause sa candidature aux plus hautes fonctions du pays. 

La droite est donc prise en étau. On hésite. On tâtonne. Quelle stratégie adopter ? Certains pensent à se servir de l’affaire Le Roux pour relativiser celles qui touchent François Fillon. Mais le pari est risqué, confie un proche du candidat Les Républicains : "C’est à double tranchant. Si on attaque, on va se prendre un retour de bâton, et on va à nouveau parler des affaires de François Fillon". La stratégie irait à l’inverse de celle, adoptée depuis plusieurs semaines par le candidat, et consistant à ne plus parler des affaires, mais seulement du fond de la campagne.

Bruno Le Roux est remplacé par Matthias Fekl, jusque-là secrétaire d'État au commerce extérieur... qui débute un CDD très court : il ne reste qu'un mois et demi avant le deuxième tour de l'élection présidentielle.

Le Canard enchaîné charge encore François Fillon...

Le Canard enchaîné sort mercredi... et il amène avec lui un nouveau lot de révélations sur François Fillon. Plus précisément sur 2F Conseil, sa société de conseil. À nouveau, le candidat se voit soupçonné de conflit d'intérêt : il aurait joué l'entremetteur entre le président russe, Vladimir Poutine, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, et le milliardaire libanais Fouad Makhzoumi, touchant ainsi 50 000 dollars (environ 46 000 euros).

La journée a été décidément noire pour François Fillon, puisque l'information judiciaire concernant les emplois présumés fictifs de sa femme et de ses enfants, ouverte notamment pour détournement de fonds publics et abus de biens sociaux, porte désormais également sur des suspicions d'"escroquerie aggravée", de "faux et usage de faux".  Un réquisitoire supplétif a été délivré aux juges d'instruction, le 16 mars, par le parquet national financier, a appris franceinfo, confirmant une information du Monde

... et s'attaque aussi à Frédéric Chatillon

Un coup à droite, un coup au FN. Le Canard enchaîné révèle également que Frédéric Chatillon est bien salarié de la campagne de Marine Le Pen. Selon le journal, cette figure de l'extrême-droite, récemment accusé d'antisémitisme, occupe des fonctions de coordinateur technique. Frédéric Chatillon est considéré par la justice comme le personnage central d'un système de financement illégal des campagnes électorales du Front national.

Mort d'Henri Emmanuelli : une pluie d'hommages 

La journée de mardi a été marquée par la mort d'Henri Emmanuelli, figure historique du Parti socialiste. Secrétaire d'État aux DOM TOM, puis au budget, au cours du premier septennat de François Mitterrand, président de l'Assemblée nationale en 1992-1993, premier secrétaire du PS en 1994-1995... Il était surtout l'un des tenants de l'aile gauche du Parti socialiste et l'un des pères spirituels de Benoît Hamon. Le candidat socialiste s'est dit "bouleversé" et n'a pas caché son émotion.

"La France perd un homme droit, la gauche une belle figure morale", a commenté François Hollande. Henri Emmanuelli était "un combattant", "respect", a réagi François Bayrou. Martine Aubry salue "un homme d'État et un immense militant". Jean-Luc Melenchon signe cette belle phrase : "La mer a emporté le rocher".

 Emmanuel Macron continue d'engranger

Un double symbole. Emmanuel Macron a engrangé mardi le soutien de Bernard Poignant : ce très proche conseiller de François Hollande quittera l'Élysée jeudi. Il a également engrangé le soutien de Barbara Pompili. La secrétaire d'État à la biodiversité, premier membre du gouvernement à sortir du bois, l'a annoncé sur franceinfo.

D'autres membres du gouvernement devraient très rapidement rallier le candidat d'En Marche : le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et le secrétaire d'État aux Sports, Thierry Braillard.

La note du débrief

Un zéro pointé pour Bruno Le Roux. Le 25 janvier, il réagissait ainsi sur RTL à l'affaire Penelope Fillon, employée en tant qu'assistante parlementaire : "Il devrait y avoir une règle simple dans ce cas de figure: ça ne devrait pas être autorisé. Parce que cela peut prêter à confusion et à suspicion." Les archives sont décidément cruelles.

Bruno Le Roux, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 21 mars 2017
Bruno Le Roux, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 21 mars 2017 (JACQUES DEMARTHON / AFP)