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franceinfo conso. Bien choisir son jean, solide et avec des garanties "vertes"

C'est un vêtement que nous avons tous ou pratiquement, dans notre armoire : le jean. Comment bien le choisir ? Quel est son impact environnemental ? Un dossier signé Patricia Chairopoulos dans le nouveau numéro de "60 Millions de consommateurs". 

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Bien choisir son jean, durable et avec un faible impact environnemental. Illustration
Bien choisir son jean, durable et avec un faible impact environnemental. Illustration (GETTY IMAGES)
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Le jean est-il aussi résistant qu’on veut bien le dire ? Quel est son coût environnemental ? Patricia Chairopoulos a enquêté ce mois-ci pour le magazine 60 Millions de consommateurs.  

franceinfo : Comment avez-vous procédé pour votre enquête ? Sur quelques critères ?

Patricia Chairopoulos : Nous avons choisi le jean parce qu’il est en effet porté par une majorité de personnes et parce que c’est l’un des produits phare de l’industrie du textile, reconnue extrêmement polluante. Nous avons sélectionné des jeans de grandes marques, de marques de distributeurs et des petits prix, qui affichaient pour la plupart une allégation environnementale. Cela faisait au total 20 jeans en majorité de forme slim, qui contient donc de l’élasthanne.  

Au niveau résistance, il y a de grandes disparités entre les marques ? Les tissus ? 

Oui, et surtout, ces disparités au niveau de la résistance n’ont pas vraiment de lien avec les prix. Ainsi, plusieurs jeans “haut de gamme”, vendus autour de 100 euros voire davantage, sont mal classés sur un certain nombre de critères de solidité, notamment au niveau des coutures : elles peuvent avoir tendance à s’étirer, à se décaler au fil du temps. En laboratoire, cette solidité a  été testée par traction entre deux mâchoires métalliques.

À l’inverse, des jeans coûtant pour certains moins de 30 euros, mais ce n’est pas non plus la règle générale, s’avèrent très résistants sur les coutures, es frottements, etc.  Idem pour les tissus : des jeans bon marché comme des jeans chers ont un tissu fragile, susceptible de se déchirer, se trouer, s’ébouriffer...  

Au niveau des couleurs aussi, c’est très variable apparemment ?

Moins variable que la solidité. Globalement, la teinte ne s’altère pas trop à l’usage, c’est-à-dire aux frottements. C’est surtout au lavage qu’il peut y avoir un changement d’aspect du jean, et notamment sur la couleur qui peut dégorger ; c’est le cas surtout d’un jean parmi les moins chers de notre essai et d’un autre vendu sous une marque emblématique de ce pantalon ! Nous avons aussi observé, après lavage, des jeans dont le tissu s’ébouriffe, ainsi que des changements de dimensions, le plus souvent dans le sens d’un rétrécissement.   

Mais est ce qu’il y a un moyen de faire "durer"  son jean ?

Oui, à commencer par l’achat : mieux vaut choisir un jean contenant moins de 5% d’élasthanne et comportant peu de "points durs" comme les rivets, les boutons etc., car cela perturbe le recyclage du jean, une fois que l’on s’en sera débarrassé. Et surtout, il ne faut pas le laver trop souvent, préférer le lavage à 30°C, largement suffisant, et un séchage à l’air libre plutôt qu’au sèche-linge qui risque de le faire rétrécir, et qui plus est, consomme de l’énergie.

Une fois que vous n’en voulez plus, déposez-le dans les conteneurs spécifiques, les locaux d’association, etc. : il pourra soit être revendu ou donné, soit servir de matière première pour fabriquer de nouveaux vêtements.    

Le jean, c’est un vêtement que l’on porte a même la peau, est-ce que vous avez trouvé des substances toxiques dans les échantillons que vous avez analysés ?

Là, nos résultats sont globalement bons. Sur les dizaines de composés que nous avons recherchés comme le diméthylfumarate, les colorants, etc., la grande majorité n’a pas été retrouvée. Petit bémol sur le formaldéhyde, une substance utilisée notamment comme désinfectant, qui est irritante et sensibilisante par contact, que l’on retrouve, heureusement en très faibles quantités, dans la plupart des jeans.  

Et quand on lave son jean en machine, est ce qu’il y a des rejets toxiques potentiels dans l’eau de lavage ?

Des rejets toxiques, pas vraiment. Mais ce qui est très problématique, ce sont les microfibres retrouvées dans les eaux de lavage : en moyenne, un demi-gramme par jean et par lavage, voire 1 gramme pour certains jeans. Il s’agit surtout de microfibres de coton mais aussi des microfibres d’élasthanne et de polyester. Or la dégradation de ces textiles synthétiques en milieu naturel prend des centaines d’années et entre temps, polluent les océans car les stations d’épurations ne peuvent pas les retenir.

Pour réduire ce relargage, des études montrent qu’il faut des lavages à 30°C maximum et les plus courts possible.  

Mais c’est compliqué de connaître la composition exacte du tissu franchement, parfois on a du mal à déchiffrer les étiquettes ? 

L’étiquetage de la composition du jean, avec le pourcentage des différentes fibres textiles, est obligatoire. Outre le coton, on retrouve très souvent l’élasthanne, et en particulier dans les modèles slim. Il faut être vigilant sur la proportion indiquée : au-delà de 5% de cette matière synthétique, le jean ne pourra pas être recyclé.  

C’est d’autant plus intéressant que le jean, c’est le premier vêtement durable, à la base de sa fabrication au milieu du XIXe, il y avait une volonté de recyclage ? 

Oui, Levis-Strauss est à l'origine d'un pantalon de toile résistant et pratique pour les chercheurs d'or. Il a été créé en 1860, à partir d’une solide toile de tente qui était fabriquée à Nîmes, en France. 1083 est une petite marque emblématique du "Fabriqué en France" (1083 km maximum entre les deux lieux de fabrication en France les plus éloignés), avec un tissu fait de coton biologique et entièrement recyclé pour certains modèles. Il propose une consigne pour recycler à l’infini les jeans de sa marque    

Et aujourd’hui, quel est l’impact écologique du jean ?  

Il est énorme ! Si l’on se centre sur le jean, son cycle de vie est très coûteux en énergie et émet beaucoup de gaz à effet de serre, à commencer par la culture du coton via la fertilisation des champs, la fabrication des engrais, les transports agricoles. La production d’un kilo de coton nécessite 7 000 litres d’eau, 75 grammes de pesticides, et 2 kg d’engrais chimiques, sachant qu’un jean contient environ 600 grammes de coton.

Et puis il faut aussi compter avec le transport du jean à travers la planète, on dit qu’un jean parcourt environ 65 000 kilomètres, si l’on comptabilise tous les transports de toutes les composants (coton, colorant indigo, fermetures éclairs, etc.) Il y a aussi les conditions de travail dans les ateliers de fabrication, c’est déplorable parfois.

On le voit sur le tableau que nous publions : la grande majorité des jeans sont fabriqués en Asie - Bangladesh, Vietnam, Pakistan - sachant que  le coût de fabrication est au Bangladesh, par exemple, environ 70 à 80 fois moins élevé qu’en France. Et en effet, les conditions de travail sont souvent déplorables, avec des journées de 12 heures et plus, sans compensation ni possibilité de refuser, les sommes que les travailleurs doivent rembourser durant des mois aux agences de recrutement, sans parler du travail des enfants, évidemment interdit partout.  

Mais les entreprises se sont engagées à améliorer les conditions de production. Est-ce que vous avez eu du mal à enquêter et à avoir des réponses de la part de certaines marques ?  

Nous avons envoyé des questionnaires détaillés aux 20 marques des jeans de notre essai, aussi bien sur leur politique environnementale que sociale. Cinq seulement nous ont répondu, ce qui veut déjà dire quelque chose.

Les entreprises étudiées s’appuient sur la loi française en rédigeant des plans de vigilance ; néanmoins, l’analyse des réponses aux questionnaires montrent que nous n’avons pas d’assurance raisonnable que les politiques décrites permettront de maîtriser l’ensemble des risques. Savoir si les conditions de production sont respectées est très difficile, les réponses sont rarement complètes et sur le terrain, on ne sait évidemment pas trop comment ça se passe, si les contrôles sont assez fréquents, menés par des organismes vraiment indépendants, etc.

Et on ne sait pas non plus précisément quelles sont les véritables exigences des entreprises, et comment elles font pour détecter les problèmes sur place. 

Les labels spécifiques aux textiles, sont-ils fiables ou pas ?

De nombreux jeans arborent des allégations liées au développement durable telles que "Eco Wash", "Wiser Wash", "Eco friendly" ou encore "Better cotton intiative". Bien malin celui ou celle qui peut, d’emblée, démêler l’engagement écologique du marketing. Mieux vaut se fier aux labels indépendants et contrôlés par des organismes autonomes, à l’instar du label GOTS, qui garantit du coton bio, des méthodes de fabrication aux impacts limités sur l’environnement, etc  

En résumé, avez-vous trouvé des jeans qui sortent du lot ? Solides, qui respectent les normes environnementales et qui obéissent à certaines règles éthiques ?  

Oui, nous avons trouvé des jeans solides, ce qui évite de les remplacer trop fréquemment, et de ce fait, limite les impacts environnementaux liés à la fabrication. Mais il n’est pas certain qu’ils respectent les normes environnementales, et encore moins certaines règles éthiques.

Disons que les jeans fabriqués en France, à l’instar de deux marques de notre essai, ont l’avantage de garantir des conditions sociales correctes et un moindre coût environnemental, grâce à l’emploi de coton bio et à des transports limités. 

Bien choisir son jean, durable et avec un faible impact environnemental. Illustration
Bien choisir son jean, durable et avec un faible impact environnemental. Illustration (GETTY IMAGES)