Nucléaire : la gestion des déchets radioactifs en Suède et au Japon

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction la Suède et le Japon pour évoquer le stockage des déchets nucléaires. 

Article rédigé par
Frédéric Faux, Karyn Nishimura - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
la centrale nucléaire de Takahama dans la ville de Takahama, préfecture de Fukui, au Japon, le 28 mars 2017 (STR / JIJI PRESS)

Que faire des déchets nucléaires ? C'est une question clivante. L'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, candidat à la présidentielle, estime vendredi 28 janvier sur franceinfo que le projet de centre d'enfouissement de déchets nucléaires ultimes de Bure, dans la Meuse, n'est "pas au point". Des opposants se sont d'ailleurs installés depuis juin 2015 dans la forêt où ce centre doit être construit. La construction d'un centre de stockage définitif des déchets nucléaires est néanmoins d'actualité en Suède et loin d'être exclue au Japon. Tour d'horizon.

En suède, un centre de stockage définitif à 500 mètres sous terre 

Le gouvernement suédois a pris la décision jeudi de construire et de mettre en service une installation de stockage définitif des déchets nucéaires. Le site qui a été choisi est tout près de la centrale nucléaire de Forsmark, à 150 kilomètres au nord de Stockholm, au bord de la mer baltique. Les déchets radioactifs, on parle quand même de 12.000 tonnes, seront scellés dans des cylindres de cuivre et descendus à 500 mètres sous terre, dans des galeries de granit, qui seront elles-mêmes remplies d’argile. Le dispositif a été conçu par l’entreprise suédoise SKB et il est censé conserver ces déchets jusqu’à ce qu’ils redeviennent inoffensifs, dans 100.000 ans. Le gouvernement suédois a donc donné son feu vert jeudi, il répète que c’est la bonne solution, la plus sûre, même si certains scientifiques restent sceptiques quant à la capacité du cuivre à résister si longtemps à la corrosion.

C’est un projet comparable a celui prévu à Bure, dans la Meuse, mais, contrairement à la France, il ne se heurte pas en Suède, à l’opposition d’une partie de la population. Avant la décision du gouvernement, la maire de la commune concernée expliquait, déjà, aux médias suédois qu’elle était impatiente que les travaux commencent. 1500 emplois vont être nécessaires pour le creusement des galeries et la construction de l’usine d’encapsulation, pendant 10 ans. Il faudra ensuite 70 ans pour remplir ces zones de stockage qui seront définitivement scellées en 2100. Et du côté de la population, une enquête indépendante montre que 85% des habitants seraient favorables à ce stockage. Cette quasi-unanimité s’explique aussi par le fait que la centrale nucléaire de Forsmark est déjà le premier employeur de la région.

Ce choix de centre de stockage définitif  est suivi par la Finlande. En fait cela fait depuis 2004 qu’elle a commencé à creuser son site de stockage et elle va aussi utiliser la solution proposée par le Suédois SKB. Les travaux sont plus avancés qu'en Suède mais le gouvernement finlandais n’a pas encore donné son accord pour une mise en service. La décision prise par Stockholm est donc une première historique et il est certain qu’elle sera suivi et évaluée par tous ces pays qui ne savent plus quoi faire de leurs déchets nucléaires.

Au Japon, le gouvernement a publié une carte de lieux de stockage potentiels

La question du stockage définitif des déchets nucléaires taraude aussi le Japon. L'accident nucléaire de Fukushima il y a 11 ans a grandement accentué les craintes liées à l'exploitation de l'atome dans le pays. La stratégie initiale consistait à vouloir maîtriser le cycle nucléaire afin de réutiliser au maximum le combustible usé, mais cette stratégie a échoué. Et même en faisant retraiter son combustible en France et en Grande-Bretagne,  des déchets ultimes ultraradioactifs vitrifiés non réutilisables reviennent au Japon sans savoir quoi en faire depuis des décennies. "C’est un énorme problème pour trouver un site, note l’ex-Premier ministre Junichiro Koizumi, devenu anti-nucléaire depuis le drame de Fukushima. On ne sait pas encore ce qu’on va faire des déchets pour les dizaines de milliers d’années à venir. On stocke à moyen terme mais on n’a pas de site d’entreposage définitif. Il faudra bien en faire quelque chose. En attendant, on accumule encore. C’est irresponsable."  Le gouvernement voudrait les enfouir, mais où, telle est la question qui reste en suspend depuis plus de vingt ans.

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Le Japon est régulièrement frappé par des séismes mais le gouvernement semble néanmoins croire que le stockage définit des déchets nucléaires est possible. Il a publié une carte précisant ce qu’il pense être des lieux propices, sous réserve d’études géologiques plus poussées. Yu Kimura, secrétaire générale adjointe de la Fédération pour l’arrêt du nucléaire, s’oppose vivement à cette idée de creuser à 300 mètres sous terre pour y déposer ces déchets. "Le Japon est à la jonction de quatre plaques tectoniques, dit-elle. C’était déjà fou d’y construire des centrales nucléaires."  

Failles actives, séismes, volcans, quand on creuse on trouve surtout de l’eau en très grandes quantités, donc le territoire japonais n’est en effet pas le lieu rêvé pour y enterrer des déchets nucléaires. Pourtant, deux petites localités de Hokkaido, la vaste île septentrionale du Japon, se portent candidates, contre l’avis d’une partie des habitants. Mais leurs maires y voient une planche de salut financière. Ils avouent être attirés par les généreuses subventions promises aux municipalités qui accepteraient ces décharges nucléaires souterraines. Un avenir qui pose question.Ceci dit, vu la longueur des procédures au Japon, ce n’est pas demain la veille que les travaux vont être engagés.

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