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Droit à l'avortement : la Pologne et l'Argentine, deux pays qui suivent des chemins totalement opposés

Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction la Pologne et l'Argentine, qui suivent des chemins inverses en matière de droit à l'avortement. 

Article rédigé par franceinfo - Sarah Bakaloglou et Caroline Vicq, édité par Simon Soubieux
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
En Pologne et en Argentine, les chemins sont opposés sur le droit à l'avortement.  (PHOTO D'ILLUSTRATION / BONNIE CASH / MAXPPP)

Alors que la Cour suprême américaine pourrait revenir sur le droit à l'avortement d'ici l'été, prouvant ainsi que la présence de ce droit est fragile, direction la Pologne et l'Argentine, deux pays qui suivent des chemins inverses sur la question.

En Pologne, avorter est devenu presque impossible 

La Pologne est l'un des pays européens les plus restrictifs en matière de droit à l'avortement. À l'automne 2020, de grandes manifestations avaient éclaté dans le pays, après que le tribunal constitutionnel, contrôlé par le pouvoir, avait interdit l’avortement en cas de grave malformation du foetus. Depuis l’entrée en vigueur de ce jugement, seul l’avortement en cas de viol, d’inceste et de danger pour la vie ou la santé de la femme est autorisé.

Cette décision a alors poussé les femmes polonaises à se tourner encore plus vers les associations qui viennent en aide aux femmes souhaitant avorter. Entre janvier 2021 et janvier 2022, l'organisation "Avortement sans frontières", composée de six ONG polonaises et internationales, affirme avoir aidé près de 33 000 femmes à interrompre leur grossesse. Ce nombre est cinq fois plus élevé qu'auparavant. De son côté, la Fédération pour les femmes et le Planning familial en Pologne, qui ont une ligne téléphonique d’assistance, ont reçu trois fois plus d’appels. 

Ce durcissement de la loi a fait plusieurs victimes parmi les femmes polonaises. 
Izabela, une jeune femme de 30 ans, enceinte de 22 semaines d'un fœtus malformé, est devenue le symbole de la lutte pour le droit à l'avortement après sa mort. La jeune femme avait perdu les eaux et était allée à l'hôpital. Les médecins avaient attendu que le cœur du fœtus s'arrête avant d’intervenir. Izabela était ensuite morte d’un choc septique.

Le durcissement de la loi sur l’avortement a effectivement eu un effet paralysant sur les médecins. Dans le pays, une femme ne peut pas être poursuivie pour avoir avorté. En revanche, toute personne qui l’aide peut encourir jusqu’à trois ans d’emprisonnement. C’est par exemple ce que risque la militante Justyna Wydrzyńska, qui a aidé une femme enceinte à obtenir des pilules abortives. Une première audience a eu lieu le 8 avril. 

En Argentine, l'avortement légal depuis moins d'un an et demi 

En Argentine, au contraire, l’avortement est légal depuis fin décembre 2020. Depuis, le gouvernement a enregistré plus de 68 000 interruptions volontaires de grossesse en 2021 dans les hôpitaux publics. Plus de 100 000 traitements ont été achetés et distribués dans tout le pays.

Le Ministère de la Santé organise également des formations pour le personnel de la santé. Cette année, le financement a été augmenté de 40% par rapport à l’année dernière. Pour veiller à l’application de la loi, une direction nationale de la santé sexuelle et reproductive a été créée.

La situation a donc totalement changé, même s’il reste encore beaucoup à faire. Selon la directrice nationale de santé sexuelle, les deux principaux défis sont de multiplier les équipements médicaux et surtout de développer l’accès à l’information sur le droit à avorter.


De leur côté, les associations féministes du pays reconnaissent les efforts réalisés et les avancées. Cependant, elles dénoncent une application inégale de la loi. Il est vrai que le droit à l’avortement n’est pas respecté dans toutes les provinces argentines. L’application de la loi dépend souvent de la volonté des médecins, plus ou moins conservateurs dans certaines régions.

Selon le secrétaire chargé de la santé la province de Salta, seuls 19 médecins y sont  disposés à réaliser des IVG. Les autres revendiquent leur droit à l’objection de conscience. Les associations réclament donc une diffusion massive de la loi, la réelle mise en œuvre des cours d’éducation sexuelle dans toutes les régions du pays et une plus ample campagne de sensibilisation auprès du personnel de santé.

De plus, la lutte contre l’IVG est encore bien présente dans un pays où les trois quarts des habitants du pays sont catholiques. Les secteurs les plus conservateurs, proches de l'Église, continuent à faire pression, non plus au Congrès mais dans les tribunaux contre le changement culturel et social qui a eu lieu en Argentine ces dernières années.

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