Climat : la Grèce, l'Irlande et la Suisse veulent miser sur l'énergie éolienne

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction la Suisse, l'Irlande et la Grèce où l'on cherche à produire et/ou stocker de l'électricité grâce au vent.

Article rédigé par
Laura Taouchanov, Jérémie Lanche - franceinfo - Angélique Kourounis
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min.
Des éoliennes sur l'île d'Evia (Grèce), en août 2007. (ARIS MESSINIS / AFP)

Alors que le prix de l'énergie occupe une place importante dans les débats de la campagne présidentielle en France, plusieurs pays européens ont d'ores et déjà choisi de miser sur l'éolien. C'est le cas de la Grèce, de l'Irlande. La Suisse aimerait leur emboîter le pas. 

En Grèce, les éoliennes se multiplient malgré une forte opposition

La transition énergétique pousse le gouvernement libéral grec à investir massivement dans les éoliennes. Mais la population des régions concernées s'y oppose violemment depuis des années. Les manifestations se multiplient contre l’installation d'éoliennes, allant souvent jusqu'à 120 mètres de hauteur, un peu partout dans le pays.

À Agrafa, surnommée les Alpes grecques, région d'intérêt écologique unique classée Natura 2000, sur les îles de Tinos, Andros, à Skyros, en Crête - ou plus de 1 000 éoliennes doivent voir le jour - sur l’île d'Ikaria, les habitants ont manifesté leur désaccord. Mais c’est surtout sur l'île d'Eubée que la contestation se fait sentir. Près de 700 moulins à vent géants se dressent à perte de vue et plusieurs dizaines seront construits dans les mois à venir.

Pourquoi la Grèce choisit-elle d’implanter des éoliennes sur ces îles au fort potentiel touristique ? Les derniers gouvernements sont peu regardants sur les normes environnementales en vigueur, ce qui n'est pas le cas des autres pays. Ici les régions classées Natura 2000 et donc protégées, tendent à être ignorées. Des sites archéologiques sont saccagés, comme sur l'île d'Andros. Surtout, installer des éoliennes sur des montagnes est bien moins cher qu'en mer.

Les opposants aux éoliennes exigent le respect des normes environnementales. Ils ne sont pas contre les éoliennes en tant que telles mais contre leur industrialisation. Ils veulent en implanter en fonction des besoins des habitants, comme sur l'île de Tilos. Mais ce que fait le gouvernement avec ces milliers d’éoliennes c'est, selon ses opposants, commercialiser l'énergie. Et la résistance est telle que dernièrement le gouvernement a du révoquer plusieurs licences et proclamer la protection de six régions montagneuses.

L'Irlande cherche à stocker l'énergie produite 

En Irlande, le gouvernement s’est fixé un objectif ambitieux : 80 % d'énergies renouvelables d'ici 2030, soit le double des ambitions portées par la France. Le gouvernement irlandais veut tout miser sur le stockage de son énergie excédentaire produite par les éoliennes en période de vents. L’idée est d’éviter au maximum que les énergies fossiles ne prennent le relais.

Des repérages sont en cours dans plusieurs baies du pays pour stocker cette énergie excédentaire sous la mer, enjeu majeur de l’éolien. Avec les énergies fossiles, il est en effet plus facile d’adapter l’offre à la demande. Il suffit de produire plus lorsqu’elle augmente, l’hiver par exemple. Les éoliennes dépendent de la météo. L’Irlande veut trouver le moyen de ne pas perdre cette grosse quantité d’énergie produite lorsque les vents soufflent fort. Et inversement de ne pas en manquer lorsqu’il n’y a pas de vent, comme c’était le cas dans le pays l’été dernier pendant un mois et demi.

D’ici la fin de la décennie, on pourrait donc stocker cette énergie verte pendant plusieurs semaines dans des cavernes de sel sous-marines sous forme d’hydrogène, un gaz ensuite transformé pour le transport et l’industrie. Et l’avantage de cette technique c’est qu’elle est neutre contrairement au stockage dans des batteries.

La hausse des prix de l’énergie ces dernières semaines – due notamment à la guerre en Ukraine - a rendu cette transition encore plus urgente. Le projet de stockage de l’électricité a été lancé avant l’inflation de ce début d’année et avant l’invasion russe mais il prend tout son sens aujourd’hui. Surtout dans un pays comme l’Irlande qui est entouré par la mer et où il y a donc très peu d’interconnexions électriques, qui permettent l’échange d’énergies vertes entre deux pays. L’Irlande doit en quelque sorte résoudre cette question avant ses voisins européens.

À noter aussi qu’il n’y a pas de nucléaire en Irlande, c’est illégal. Alors si le pays veut sortir du fossile et surtout multiplier par cinq la part des énergies renouvelables d’ici 2030, il va falloir tout miser sur le stockage.

En Suisse, l'éolien, objet de batailles judiciaires

À l'opposé des exemples irlandais et grecs, il y a la Suisse. L'énergie éolienne n’y représente que 0,25% de toute la production électrique, avec 41 éoliennes en activité sur tout le territoire. C'est peu pour un pays qui vise la neutralité carbone en 2050 et qui a décidé de se passer à terme du nucléaire. En été, la Suisse peut compter sur ses barrages hydro-électriques. Mais pendant l'hiver, il faut importer de l'électricité depuis les centrales à charbon ou à gaz d’Allemagne, très polluantes.

L'énergie éolienne, avec le solaire, c'est donc l'une des pistes pour que la Suisse tienne ses objectifs en matière de lutte contre le dérèglement climatique, tout en assurant son autonomie énergétique. Si les éoliennes sont si stratégiques, pourquoi la Suisse est-elle le dernier pays en Europe à les développer ?

Ce retard s’explique notamment par la multiplication des recours judiciaires, aussi nombreux que les projets de parcs éoliens en Suisse. Il a, par exemple, fallu 23 ans de procédures judiciaires pour que les six éoliennes de Sainte-Croix voient le jour. Ce que regrette l'ingénieur en énergie Marc Müller : "C’est le problème des pays riches comme le notre qui ont toujours eu la possibilité d’acheter ce qu’ils n’ont pas envie de produire chez eux. Je n’ai pas forcément envie d’avoir une éolienne à côté de chez moi mais ça devient quand même très difficile de tenir le discours de ‘je ne veux pas d’éolienne, je veux ma grande maison, je veux mes petits voyages… Cette limite physique elle est en train de se tendre et elle va finir par casser".

La conséquence c'est que les entreprises suisses construisent dix fois plus d'éoliennes à l'étranger qu'en Suisse mais cela pourrait changer. Les autorités veulent limiter les possibilités de recours. Au grand dam des associations de riverains opposées aux éoliennes qui parlent de déni de démocratie.

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