Pollution plastique : comment transformer les 15 milliards de pots de yaourt achetés et jetés chaque année en France ?

Les négociateurs de 175 États sont réunis au siège de l'Unesco à Paris pour trouver un accord contraignant visant à lutter contre la pollution plastique. Les pots de yaourt, difficilement recyclables, y contribue fortement en France.
Article rédigé par Etienne Monin
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Rayon yaourt dans un supermarché, mai 2023. (SONIA GHOBRI FRANCEINFO)

Quelque 15 milliards de pots de yaourt sont achetés chaque année en France. Les trois quarts sont fabriqués avec du polystyrène, un type de plastique très polluant et peu recyclé. Plus de 90% de ces emballages mis sur le marché sont incinérés, enfouis sous terre, ou jetés dans la nature.

>> Pollution plastique : on vous explique les négociations qui s'ouvrent lundi à Paris

En France, "nous avons l'habitude de consommer des yaourts en pots individuels plutôt qu'en pots familiaux comme ça peut être le cas dans d'autres pays comme l'Allemagne. De ce fait, on va plutôt utiliser des pots en polystyrène", note Henri Bourgeois Costa, en charge l’économie circulaire et de la pollution plastique à la Fondation scientifique Tara Océan. Mais selon lui, "ce n'est pas inéluctable et on pourrait envisager en France d'avoir des grands pots familiaux ou même des pots individuels dans d'autres plastiques moins problématiques, voire mieux encore, dans d'autres matériaux".

L'échec d'une proposition de loi pour interdire le polystyrène

Le 23 août 2022, Jimmy Pahun, député MoDem et ancien navigateur, a déposé une proposition de loi pour "remplacer les emballages constitués de polystyrène ou de polymères similaires par des emballages dont l’impact sur l’environnement est moindre". Mais l'Assemblée nationale n'a pas repris le texte tel quel, une formulation moins radicale a été préférée pour tenter d'avancer par étapes. Jimmy Pahun regrette ce choix : "Je ne suis pas un chercheur, je ne suis pas un scientifique, mais on me dit que c'est quelque chose qui est probablement, fortement cancérigène". Le polystyrène a effectivement été classé comme cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer.

"Ce que je n'ai pas le droit de dire aussi, ajoute le député avec une pointe d'agacement, c'est que je crois qu'on en retrouve énormément dans les océans et que les fameux microplastiques, c'est souvent de grande quantités de polystyrène donc de grâce, arrêtons avec ce produit-là !".

"Ces emballages ne présentent que 16 % des mises en marché, mais constituent plus du tiers des plastiques retrouvés dans l’environnement".

Jimmy Pahun, député MoDem

dans le texte de sa proposition de loi

La France a donc failli mettre fin aux pots en yaourt individuels en polystyrène, mais les industriels ont fait front et ont investi pour sauver le petit emballage. Nestlé, Yoplait, Andros entre autres, ont monté un consortium qui s’est engagé à créer une filière industrielle de recyclage pour tous les emballages en polystyrène. C’est une condition imposée par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec). "Demain, on va pouvoir refaire du pot de yaourt avec un pot de yaourt grâce à de nouvelles technologies et grâce aussi à l'extension des consignes de tri qui vont permettre aux consommateurs de mettre leurs pots de yaourt dans la poubelle des emballages à trier", promet Muriel Casé, délégué générale du syndicat des producteurs Syndifrais.

Le syndicat s'oppose à l'interdiction du polystyrène "qui a fait ses preuves", défend Muriel Casé. "Il est optimal parce qu'il rentre dans des procédés qui permettent d'avoir des coûts de production très efficients et accessibles à toutes les bourses. En période d'inflation, c'est quand même bienvenu".

Trouver l'emballage "le moins mauvais"

Il est difficile de trouver des alternatives au pot de yaourt en polystyrène. Chaque matériau a ses défauts : le verre est lourd, le carton n’est pas imperméable. "On cherche la moins mauvaise solution", résume Jean-Pierre Peard. Cet éleveur bio a fondé un réseau de 44 fermes, "La ferme Peard", qui distribue ses yaourts autour de Nantes. Il a choisi un plastique moins complexe que le polystyrène pour ces pots de yaourt, mais cela reste insatisfaisant."Il n'y a pas d'emballage idéal. Le meilleur, c'est celui qui n'existe pas. Donc, c'est quand le consommateur vient dans le point de vente et apporte lui-même son contenant qu'il lave à la maison", rappelle-t-il. 

Après avoir comparé différents types d'emballages, il estime que "le meilleur ou plutôt le moins mauvais, c'est le polypropylène parce qu'il est à la fois assez facile à produire et assez facile à décycler." Le décyclage est un procédé qui consiste à transformer un déchet en un autre produit, souvent de moins grande qualité voire inutile. À l'inverse, le surcyclage (ou upcycling) consiste à valoriser un déchet en créant un objet différent de l'objet initial, souvent plus esthétique et de plus grande qualité. 

Le recyclage est un enjeu de taille pour l'industrie. En janvier dernier, le groupe Danone a été assigné en justice par plusieurs ONG pour sa gestion du plastique. Chaque année, l’industrie met 60 000 tonnes de pots de yaourt sur le marché.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.