"On fait du désirable avec de l'indésirable" : de la mode au mobilier l'upcycling inspire désormais tous les créateurs

Le recylage (upcycling) est de plus en plus affaire d'esthétisme dans le monde de la mode et du design. Il touche désormais aussi de petits créateurs qu'on aurait pu croire d'abord intéressés par des matériaux nobles. 

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France Télévisions Rédaction Culture
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Juana et Ddiddue Etcheberry sont les créateurs basques de la marque Owantshoozi. La soeur et le frère avec leur récolte de plastique leur servant à fabriquer des casquettes, en novembre 2020 au Pays Basque. (LAURENT FERRIERE / HANS LUCAS)

Casquettes, chapeaux, meubles, postes de radio... des créateurs mettent leur talent au service du recyclage, "l'upcycling", pour "créer du désirable avec de l'indésirable", certains sous l'oeil intéressé des grandes marques de luxe.

"C'était un challenge de devoir porter des déchets sur la tête"

Juana et Ddiddue Etcheberry, 35 et 37 ans, ont remporté le grand prix du jury accessoire de mode - doté d'un projet de collaboration avec Chanel - au 35e Festival international de mode de Hyères en octobre 2020 grâce à des chapeaux fabriqués à base de pot de fleur et bassine en plastique, botte en caoutchouc et chambre à air.

Le frère et la soeur, anciens des Beaux-Arts qui ont un temps étudié à la Chambre Syndicale de la Couture à Paris pour elle et à l'Ecole supérieure des arts de Saint Luc en Belgique pour lui, ont également gagné le prix Hermès grâce à un bracelet.

"On crée du désirable avec de l'indésirable", s'amuse Ddiddue Etcheberry, dans leur atelier, installé dans l'ancienne boutique de leur grand-mère à Odiarp, petit village basque de 500 habitants. C'est ici, depuis deux ans, que le duo à la tête de la marque Owantshoozi (équivalent basque de l'onomatopée "wahou"), dessine, crée et vend ses casquettes (entre 70 et 150 euros) fabriquées uniquement à base de matériaux récupérés dans un rayon de 50 km. "Ce projet ne peut être fait qu'ici. On serait sur la côte, on aurait peut-être fait des casquettes en combinaison de surf", juge Diddue Etcheberry. "C'était un challenge de devoir porter des déchets sur la tête", "on porte les déchets haut", assume-t-il.

"On a un héritage de rénovation. Nos parents rénovent (dans le bâtiment). On a été baignés la-dedans, toute chose peut être détournée, peut resservir", explique Juana Etcheberry. Et d'ailleurs, "nous aussi on fait de la rénovation, pourquoi on n'aurait pas la TVA à 5,5% ?", propose-t-elle.

En attendant, le frère et la soeur se réjouissent de "pouvoir travailler avec les artisans de la maison Chanel". "On pourrait créer une nouvelle collection avec leurs techniques, leur savoir-faire et nos matériaux", espère la créatrice.

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"J'accorde beaucoup d'attention à ce que ce soit un beau meuble"

A 300 km de là, à Saint-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux, Thomas Betous, 53 ans, ancien skater qui en a gardé le look, s'est lancé dans la fabrication de meubles, des enfilades, à partir de récupération. Dans son petit atelier au fond du jardin, il crée depuis six ans, à partir de vieux lits et armoires, des enfilades (sorte de buffets bas) dans un style années 50 qu'il revend ensuite via instagram.

Pour lui non plus, l'upcycling n'est pas nouveau. "Prendre des chose et les transformer j'ai toujours fait ça", assure-t-il, "je ne suis pas tombé dedans il y a trois mois quand on a dit l'écodesign c'est la mode". "Ce que je fais c'est beau, c'est recherché, c'est calculé. Il n'y a rien d'anodin. La hauteur, la longueur, tout est calculé. J'accorde beaucoup d'attention à ce que ce soit un beau meuble, pas un meuble de recyclage juste fonctionnel", explique-t-il.

D'où le nom de sa marque "machinemoderne", jeux de mots avec la "chine" (brocante) et la période moderne qu'il affectionne dont Charlotte Perriand ou Florence Knoll, ses idoles.

Il vend ses meubles entre 150 et 400 euros à une clientèle allant "de l'ouvrier au cadre", "entre 20 et 45 ans", "des gens qui aiment les choses" à Paris, Marseille, Lyon, en Espagne ou en Belgique, dit-il assurant vouloir que ses meubles "restent accessibles".

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'L'esthétisme joue un rôle essentiel' 

"L'esthétisme joue un rôle essentiel", confirme Guillaume Alday créateur de la start-up Les Doyens qui, à Bordeaux, rénove des postes radio vintages en leur incorporant un émetteur bluetooth. 

La rénovation "croise pas mal de valeurs: le vintage, la déco d'intérieur, les valeurs familiales, le sentimental et le côté éco-responsable", remarque-t-il. "On espère que ce type d'objet vive encore cent ans grâce aux transformations", ajoute-t-il avec un sourire.

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