Pénuries de médicaments : produire davantage, augmenter les prix, relocaliser... le plan du gouvernement pour tenter de faire face

Le prix de l'amoxicilline va augmenter de 10% le 1er octobre, c'est l'une des mesures prises par le gouvernement pour inciter les laboratoires à produire plus et lutter contre les pénuries de médicaments qui explosent.
Article rédigé par Anne-Laure Dagnet
Radio France
Publié
Temps de lecture : 96 min
Partout en France, des pénuries d'amoxicilline, l'antibiotique le plus prescrit en France contre les otites ou les angines, par exemple, sont constatées. (RICHARD BRUNEL / MAXPPP)

Près de quatre Français sur dix ont été confrontés cette année à une pénurie de médicaments. Cette situation s'aggrave en raison de la hausse des demandes liées aux épidémies, du vieillissement de la population et du manque d'offre puisque l'inflation gonfle les coûts.

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Ce manque peut tous nous frapper, parce qu'il concerne toutes sortes de médicaments. L'Agence de sécurité du médicament en a recensé plus de 3 700 en rupture de stock ou risques de ruptures l'an dernier, c'est presque deux fois plus que l'année précédente. Cela concerne essentiellement des médicaments pas très chers, qui sont sur le marché depuis longtemps. On trouve par exemple les antibiotiques, surtout ceux qu'on donne aux enfants, les anticancéreux, les antidiabétiques, les médicaments contre l'arythmie cardiaque ou encore les antiépileptiques.

Patrick Baudru souffre de cette maladie neurologique. La situation peut devenir dramatique s'il ne trouve pas son médicament : "Il m'est arrivé qu'on me prescrive un médicament qui n'était plus disponible." Dans ce cas-là, les pharmaciens proposent un générique, mais, comme le précise Patrick Baudru, "dans le cas de l'épilepsie la moindre modification de traitement peut avoir un impact très fort". Selon lui, il y a des cas "de gens qui ont eu des accidents, des hospitalisations, suite à des problématiques de médicaments non disponibles".

20 centimes de plus pour une boîte d'amoxicilline

Pour résoudre cette pénurie de médicaments, le gouvernement a plusieurs objectifs : produire plus en relocalisant en France une partie de la production de certains d'entre eux, vendre les antibiotiques en tension à l'unité ou encore imposer des tests aux médecins avant qu'ils prescrivent certains antibiotiques.

Et pour inciter les industriels à produire des médicaments qui leur rapportent peu, à cause notamment de l'inflation des coûts des matières premières, le gouvernement a eu l'idée d'augmenter de 10% le prix d'un antibiotique très populaire : l'amoxicilline. À partir du 1er octobre, le patient paiera environ 20 centimes de plus pour une boîte. En échange, les industriels s'engagent à en produire plus et à faire des stocks. "Je crois que ce qu'a voulu envoyer comme message le gouvernement, c'est de faire enfin le lien clair entre des prix, la viabilité économique du médicament et la disponibilité du produit", réagit le patron du laboratoire français Biogaran Jérome Wirotius, séduit par ce marché.

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D'autres médicaments pourraient augmenter à la demande des industriels, ce qui révolte les représentants des malades comme Catherine Simonin, membre de France Assoc Santé et de la ligue contre le cancer. Pour elle cette solution est inefficace et scandaleuse : "Nous sommes très surpris de cette solution, elle a été prise en Allemagne, en Espagne et en Italie, et ils ont été confrontés aux mêmes pénuries que la France", déplore-t-elle. De plus, toujours selon Catherine Simonin, "il y a eu cet été 500 000 euros d'amendes infligés à trois industriels produisant de l'amoxicilline. Aujourd'hui on augmente les prix pour leur donner plus de profits pour qu'ils appliquent la règle".

"C'est comme si sur la route vous brûlez un feu rouge, vous avez une amende et on va vous payer pour respecter les feux rouges à l'avenir."

Catherine Simonin

à franceinfo

Pour éviter ces pénuries, il faut produire plus. Relocaliser en France la production de quelques médicaments ne suffira pas, d'après la cofondatrice de l'observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, Pauline Londeix. Elle voudrait que l'État prenne le relais quand un laboratoire arrête de produire un médicament pourtant essentiel. "On comprend très bien que les industriels aient d'autres choix stratégiques que de produire de l'amoxicilline qui selon eux ne leur rapporte pas assez. Dans ce cas-là il faut qu'il y ait une production publique."

"Si [ces médicaments] ne sont pas assez rentables du point de vue des industriels et que la population en a besoin, c'est au secteur public de les produire."

Pauline Londeix

à franceinfo

Le gouvernement a peut-être entendu ces arguments, puisque cela fait partie de son plan anti-pénuries : confier au secteur public la fabrication d'un médicament en pénurie, c'est déjà le cas du curare produit par la pharmacie hospitalière des hôpitaux de Paris.

En fait ce plan reprend plusieurs propositions d'un rapport sénatorial, coécrit par la centriste Sonia de la Provoté. "On a un problème de pilote dans l'avion", explique celle qui estime que l'État ne doit pas laisser l'Agence nationale de sécurité du médicament gérer seule ces pénuries. "Il faut renforcer les moyens de contrôle de l'ANSM, et il faut un pilotage à l'échelle du Premier ministre, parce qu'entre budgétaire économique et sanitaire, pas sûrs que tout ça fonctionne." La sénatrice réclame aussi un pilote européen pour jouer les sentinelles. Un peu comme pendant la crise du Covid, une task force qui serait capable de sécuriser la production et la distribution de 200 à 300 médicaments jugés essentiels pour tous les Européens.

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