L'envolée des prix de l'énergie inquiète aussi les entreprises : "On ne s'attendait pas à une montée si brutale à la fin de l'été"

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La forte augmentation des prix de l'énergie fragilise les entreprises qui consomment énormément de gaz ou de l'électricité. Elles attendent des mesures rapides, comme à LME, une usine sidérurgique située dans les Hauts-de-France.

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Le four à arc électrique à l'arrêt dans l'usine LME à Trith-Saint-Léger, près de Valenciennes, vendredi 15 octobre. (SARAH LEMOINE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

On les appelle les "électro-intensives" ou les "gazo-intensives". Il s'agit d'entreprises qui consomment énormément de gaz et d'électricité. Face à l'envolée des prix de l'énergie, elles sont de plus en plus inquiètes, à tel point qu'elle vont participer ce mardi 19 octobre à une table ronde organisée par le gouvernem. Il y en a un peu plus de 300 en France et ces entreprises ne bénéficient pas du bouclier tarifaire annoncé fin septembre pour les particuliers.

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Laminés marchands européens (LME), une usine sidérurgique des Hauts-de-France, est l'une d'entre elles. C'est une usine centenaire créée à Trith-Saint-Léger, près de Valenciennes. Elle transforme de la ferraille en acier laminé pour le secteur du BTP. Chaque jour, son four électrique engloutit 3 000 tonnes d’acier à 1 600 degrés. Normalement, c’est un spectacle de claquements, de flammes et de coulées rouges en fusion. Mais vendredi 15 octobre, rien de tout cela. Le four était à l’arrêt à cause des prix de l’électricité. Une première pour LME. "On est à l'arret afin de limiter l'impact du coût énergétique sur nos résultats, explique Franck Dehon, directeur administratif et financier. C'est une découverte pour LME. On est obligé de prendre des décisions lourdes de conséquences. C'est compliqué d'arrêter une usine électro-intensive ."

"Le but est de ne pas utiliser de l'énergie à prix fort et travailler pendant les périodes où les prix sont plus bas, c’est-à-dire hors de la période de 6 heures à 22 heures."

Franck Dehon, directeur administratif et financier chez LME

à franceinfo

Travailler de nuit donc, quand l'électricité est moins chère. Car de l'électricité, l'usine en consomme beaucoup : 375 000 mégawatt-heure (MWh), en moyenne par an. Cela représente trois fois la consommation annuelle de la ville de Valenciennes.

Une perte de compétitivité

Le problème, c'est que LME achète 70% de son électricité la veille pour le lendemain, sur le marché Spot, où les prix fluctuent d'heure en heure. Or depuis la fin du mois d'août 2021, les prix flambent. "On ne s'attendait pas à une montée si brutale à la fin de l'été, raconte Guillaume Martin, responsable énergie à LME. Nous étions sur des prix moyens sur le marché plutôt de l'ordre de 50 à 60 euros du MWh et on a vu une flambée avec des prix qui ont rapidement dépassé les 100 euros qui sont montés à jusqu'à 300 euros sur une journée au mois de septembre."

La plateforme de découpe des billettes d'acier à LME à Trith-Saint-Léger, près de Valenciennes, vendredi 15 octobre. (SARAH LEMOINE / RADIO FRANCE)

Sur la facture d'électricité, rien que pour le mois de septembre, elle est passée de 2 millions à 4 millions d'euros. Sur l'ensemble de l'année, ce sera 13 millions d'euros en plus, en ajoutant la consommation de gaz. Des hausses de coûts faramineuses que la direction a commencé à répercuter sur les prix de vente. Une stratégie délicate, car les cours de l'acier sont déjà très élevés. Et parce que la concurrence guette.

"Malheureusement avec ces prix de l'énergie nous ne sommes plus compétitifs, en tout cas pour exporter ces produits, indique Vincent Smeeckaert, directeur industriel chez LME. Le risque est que des producteurs d'acier en Chine, aux États-Unis ou en Amérique Latine pourraient rentrer sans problème sur le territoire européen et vendre des aciers moins cher que nous." Car le choc énergétique qui s'abat sur la France et l'Europe n'est pas mondial. Il touche pour le moment moins fortement la Chine et les États Unis..

Des mesures de court terme attendues

Cette usine n'est pas la seule à être en difficulté, il y en a plein d'autres. Au point que l'Union des industries utilisatrices d'énergie (Uniden), une association qui représente une cinquantaine de ces entreprises, va participer ce mardi 19 octobre à une table ronde sur le sujet organisée par le gouvernement. Le 13 octobre, sur franceinfo, le président de l'Uniden Nicolas de Warren tirait la sonnette d'alarme : "Un certain nombre d'industriels vont arrêter leurs ateliers ou les ralentir, ça va avoir un impact direct sur l'offre, donc on espère que ça ne va pas créer de tensions supplémentaires. Certains vont essayer de passer des hausses de prix, mais les prix sont déjà globalement très élevés. Beaucoup de secteurs en aval ne sont pas en mesure de supporter de nouvelles hausses de prix. Donc il y a des situations problématiques."

"On peut même avoir des situations financières tendues chez des entreprises qui vont devoir acquitter des factures qui se chiffrent en millions d'euros."

Nicolas de Warren, président de l'Uniden

à franceinfo

"Le fait de devoir ralentir des ateliers ou en arrêter certains, c'est déjà un signal extrêmement fort, poursuit Nicolas de Warren. Et donc, ça suppose de prendre des mesures de court terme qui s'imposent également." Pour ces mesures de court terme, l'Uniden se tourne vers EDF. L'électricien a l'obligation de vendre une partie de son électricité nucléaire à des opérateurs alternatifs qui fournissent ensuite les industriels. Ces derniers réclament que le quota de cette électricité bon marché soit relevé. Une piste que le gouvernement a déjà écartée.

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