Le football confronté à une recrudescence des incidents violents depuis le retour des supporters en tribune : "Il y a peut-être une surexcitation de retrouver les stades"

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Depuis le début de la saison de Ligue 1 de football, les stades français connaissent une vague de débordements inédite. Sur les neuf premières journées de championnat, six matchs ont été entachés de violences. Des incidents dénoncés par les supporters, et qui préoccupent aussi les instances du foot français. 

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Situation confuse sur la pelouse de l'Allianz Riviera à Nice après les débordements lors du match contre Marseille, le 22 août 2021. (SEBASTIEN BOTELLA / MAXPPP)

La reprise du championnat de Ligue 1 de football était attendue par les fans, après avoir été privés de stade pendant plus d'un an et demi à cause de la pandémie de Covid. Mais depuis le début de la saison, les scènes de violence se répètent. Comme le 18 septembre dernier lors du derby Lens-Lille au stade Bollaert. Des supporters lensois ont envahi le terrain et des scènes de violence ont éclaté en tribune. Rémy, 31 ans, y assistait en famille quand il a reçu un siège en pleine tête. "Ça me fait perdre connaissance, je me retrouve par terre dans la tribune. J'ai eu quatre points de suture et une nuit à l’hôpital pour surveiller le trauma crânien", raconte le supporter lensois, toujours traumatisé.

Au moment où je suis transporté dans le brancard, toute la tribune crie ‘tuez-le, tuez-le !’ Moi je n’ai jamais connu des violences aussi fortes que ce que j’ai vu sur le match Lens-Lille." 

Rémy, supporter lensois

à franceinfo

Ces violences sont largement condamnées par les supporters eux-mêmes, comme Norman Noisette, président de la fédération Lens United qui regroupe une trentaine d'associations de supporters du RC Lens, soit 2 500 membres. Il voit dans ces violences un effet de la crise sanitaire : "On sort d’une année blanche de Covid, il n’y avait pas de spectateur, pas de stade, donc forcément il n’y avait pas de foule et pas d’incident", note-t-il. "Il y a peut-être une surexcitation de retrouver les stades. Le football entraîne de la passion et la passion parfois entraîne des excès", poursuit-il. 

Ces scènes de violence ont aussi touché le stade de l'OGC Nice. Lors de la recontre contre Marseille le 22 août dernier, des jets de projectiles ont déclenché des scènes de bagarres généralisées entre joueurs, supporters et membre de l'encadrement. Gilles Zamolo, supporter niçois depuis quarante ans, était présent dans la tribune des ultras lors de ce match. Pour lui, les stades servent d'exutoire en ce moment, surtout pour les jeunes. "Les incidents, on en parle très souvent, mais c’est ultra-minoritaire, malgré le regain qu’il y a eu en ce début post-covid, souligne-t-il. Il est certain que le contexte actuel n’a pas arrangé les choses. Il y a vraiment un durcissement des mentalités en général, et ce n’est pas que dans les stades." Gilles Zamolo mentionne aussi le manque de dialogue entre les instances sportives et les ultras mais aussi des problèmes d'infrastructure. À Nice, par exemple, l'absence de filets anti-projectiles.

L'absence de ces filets anti-projectiles lors de certains matchs est d'ailleurs également soulignée par Sébastien Louis, auteur du livre Ultras les autres protagonistes du football aux éditions Mare & Martin. "Il y a des fautes qui ont été commises par les clubs. Notamment lors d’Angers-Marseille. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de filet sur le côté du parcage visiteurs. c’est-à-dire que les supporters adverses sont dans un secteur délimité et sécurisé du stade ? s'interroge-t-il. À Metz par exemple, lors du Metz-PSG il y avait un double filet pour protéger les supporters messins et parisiens pour qu’il n’y ait pas de jets d’objets. Il y a eu des tentatives, mais bien évidemment ces objets ne peuvent pas passer les deux filets. Alors que pour le Angers-Marseille, même Marseille avait déposé une réclamation avant le match par rapport à l’état du secteur adverse avec des bancs en bois."

"Il y a aussi des clubs qui sont fautifs, il y a très peu d’argent investi dans la sécurité, ce sont des budgets minimes alors que les budgets des clubs vont exploser à cause des salaires des joueurs."

Sébastien Louis

à franceinfo

"Comment se fait-il qu’on investisse pas plus par rapport à la sécurisation des matchs ?, reprend Sébastien Louis. Et là je parle en moyens humains surtout parce que des caméras on en a, de la vidéosurveillance. Il faut du personnel formé et qualifié,  il faut de l’argent pour l’INS, l’institut national du supporterisme, il faut continuer le dialogue avec les supporters Ultras. Il est fondamental." 

Des violences sanctionnées

Des sanctions ont été prises face à ces violences lors de la rencotnre Nice-Marseille. Au-delà des mesures de huis clos et des retraits de points, la justice a également tranché. Un supporter niçois qui a fait un salut nazi a été condamné mercredi 13 octobre à un an de prison avec sursis et trois ans d'interdiction de stade. D'autres supporters seront bientôt jugés. Des interdictions de stade de 9 mois jusqu'à 3 ans ont aussi été décidées pour une vingtaine de supporters lensois, à l'initiative du club cette fois

Les pouvoir publics sont eux-aussi préoccupés par ces violences. Une réunion interministérielle avec la ligue et la FFF (Fédération Française de Football) s'est tenue fin septembre, la question des sanctions individuelles plutôt que collectives, comme l'interdiction généralisée de déplacements de supporters, a été évoquée. Mais aucune annonce concrète n'a été faite pour l'instant après cette réunion. Le patron de la division nationale de lutte contre le hooliganisme, qui était également présent, a lui pointé du doigt un certain nombre de choses à revoir sur le plan de la sécurité.

Une pénurie de stadiers

Parmi les problématiques, la formation et le recrutement des stadiers, mis à mal par la crise sanitaire. Des failles observées par Dimitri, stadier en Ligue 1, sur les images des débordements lors de la rencontre Nice-Marseille. "Vous voyez, là, il n’y a plus aucune ligne devant. Quand il y a un envahissement comme ça et que je vois des stadiers marcher, je me dis : ‘s’il y a un envahissement, on marche pas, on court et on va aider les collègues’, analyse-t-il. On pourrait les critiquer là-dessus, mais quand vous avez 300 personnes qui descendent sur vous et que vous êtes au milieu, quand une société de sécurité paie un agent 40 euros pour aller faire un match, ceux qui les critiquent, qu’ils aillent le faire !"

Le patron de Dimitri, Salvatore Furnari, qui dirige le groupe Héraclès spécialisé dans la sécurité de plusieurs stades de Ligue 1, confirme ce problème d'effectif. "Ça vient de 6 mois de confinement où une partie de la profession a arrêté, ils se sont totalement réorientés, donc ça fait un trou dans nos effectifs. L’autre facteur, c’est la rémunération", observe-t-il.

"Le ratio risque/rémunération est-il assez intéressant pour les stadiers ? Je ne suis pas convaincu."

Salvatore Furnari, dirigeant d'Héraclès

à franceinfo

"On se retrouve avec un vivier de départs de personnes formées et compétentes qu’il faut reconstituer. Et ça passe, mine de rien, par de l’argent que les sociétés doivent absorber", conclut le dirigeant. Des charges en plus que toutes ne sont pas prêtes à payer dit-il, alors que beaucoup de clubs, confrontés à des difficultés financières, cherchent à faire des économies. 

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