Cet article date de plus d'un an.

Contrôles routiers et refus d'obtempérer : des policiers racontent "le quart de seconde pour prendre la bonne décision"

Après la mort d’une passagère samedi qui a été tuée par une équipe de police à vélo dans le nord de Paris, le choix de franceinfo s'intéresse à la réalité des policiers lors des contrôles routiers. Des témoignages rares de forces de l'ordre qui racontent l'instant où tout bascule.

Article rédigé par Stéphane Pair
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Un policier avec son arme de service, le 23 mars 2017 à Concarneau. Photo d'illustration. (FRED TANNEAU / AFP)

Délit de fuite, refus d'obtempérer, tentative de percuter les forces de l'ordre... chaque contrôle de police peut voir la situation très vite déraper. Après la mort d’une passagère samedi 4 juin qui a été tuée par une équipe de police à vélo dans le nord de Paris, nous avons recueilli la parole rare de policiers qui ont connu des contrôles dangereux. 

>> DOCUMENT. Refus d'obtempérer à Paris : le témoignage d'Inès, passagère de la voiture visée par des policiers dénonçant un refus d'obtempér

Que se passe-t-il dans la tête d’un policier confronté à un refus d’obtempérer ou à une voiture qui lui fonce dessus ? Il y a ce que dit le code pénal, l’article 435-1 du code de la sécurité intérieure, les heures de formation. Et puis la réalité. Même si les policiers travaillent souvent en équipe, ouvrir le feu, par exemple, reste un choix individuel. C’est le cas de ce policier que l’on va appeler Sébastien. Il y a quatre ans, avec un collègue, Sébastien intervient sur une banale histoire de stationnement gênant mais l’individu prend la fuite avant de se retrouver bloqué. Le contrôle va déraper : "Je suis sorti l'arme à la main et j'étais à environ trois mètres du véhicule quand le conducteur a reculé dans ma direction."

"Dès que je vois ses feux de recul s'allumer en ma direction, j'ai un dixième de seconde pour réagir. Me sentant en danger, j'ai tiré deux fois."

Sébastien, policier

à franceinfo

"Une fois que j'ai tiré, poursuit Sébastien, que je me suis rendu compte que j'ai touché, que le véhicule est reparti, que je remonte dans la voiture, mon collègue voit bien à mon visage que ça ne va pas du tout, que je fais des choses qui ne sont pas logiques : je vais m'asseoir sur mon arme, être un petit peu dans le trou noir... À partir de ce moment-là, je me dis : est-ce que j'avais le droit ? Le conducteur a été touché. Il était blessé. Mais je me dis qu'il aurait pu effectivement prendre une balle dans la tête et y laisser la vie." Il n'y aura pas de sanction pénale ni administrative pour Sébastien. Il a agi de manière proportionnée et dans un contexte d’absolu nécessité, ont conclu les enquêteurs. Il a eu seulement dix minutes un psychologue au téléphone.

Selon le dernier pointage dont dispose l’IGPN, les policiers ont tiré 153 fois en 2020 sur des véhicules en mouvement pour se protéger ou protéger leurs collègues.

"J'ai préféré me mettre en sécurité, tant pis s'il part"

Face au refus d’obtempérer, des policiers disent aussi éviter le contact. Les récentes affaires comme celles dans le 18e arrondissement de Paris, et il y a quelques semaines sur le Pont-Neuf avec la mise en examen pour homicide volontaire d’un de leurs collègues, tout cela joue sur l’attitude des policiers lors des contrôles. Il y a la crainte évidente de perdre la vie mais aussi celle des poursuites judiciaires et le risque pour sa carrière.

Enzo est policier en Île-de-France. Il a lui aussi risqué sa vie lors d’un contrôle et a préféré “laisser passer”, comme il dit. "C'était un contrôle routier basique et la personne a préféré nous foncer dessus pour échapper au contrôle, explique Enzo. J'ai mis mon brassard, je me suis mis en plein milieu de la route pour faire des signes. J'ai vu qu'il ne s'arrêtait pas, donc je me suis mis en retrait. C'était soit ça, soit malheureusement un grave accident. Je préfère rentrer chez moi le soir. J'ai préféré me mettre en sécurité, tant pis s'il part. J'ai appris plus tard qu'il avait été interpellé puisqu'il avait foncé dans d'autres véhicules. Si je n'avais pas eu l'opportunité de sauter sur le côté, peut-être que j'aurais fait autre chose. Mais c'est toujours la même problématique dans ce genre de situation, on a un quart de seconde pour prendre la bonne décision. Ça, c'est vraiment très compliqué."

Les policiers sont formés au refus d'obtempérer mais pas assez selon les syndicats. Le ministère de l'Intérieur nous a permis d'assister à l'une de ces formations continues en Seine-et-Marne. "Halte police !, lance le formateur. C'est une injonction, c'est un ordre qui est donné." Il s'agit d'une formation au dispositif d'intervention des véhicules automobiles (Diva), le nom de code de ces herses de dernière génération en PVC qui percent les pneus des fuyards sans les éclater. La police nationale mise sur une meilleure utilisation de ces barrières pour réduire les incidents lors des contrôles.

"C'est au fonctionnaire de prendre la bonne ou la mauvaise décision"

Mais ce formateur reconnaît que l'équipement ne fait pas tout. "Il faut savoir que le travail de n'importe quel fonctionnaire sur la voie publique, c'est en grande majorité contrôler les véhicules, explique-t-il. On va travailler sur un réflexe par exemple, sur quelque chose qui va devenir reptilien. Après, c'est au fonctionnaire qui est sur la voie publique, lui seul, d'avoir l'initiative de prendre la bonne ou la mauvaise décision. Moi, je fais de la formation. Je leur donne des bases." 

Reste que les bases ne suffisent pas toujours à prendre la bonne décision, à gérer "l'hyperstress" comme disent les psychologues. Le policier de voie publique vit toujours dans l'appréhension du contrôle qui peut partir en vrille. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.