Rassemblement National : quand Jordan Bardella prépare sa mue écologiste

Et si le Rassemblement National prenait un virage écologiste ? Jeudi dernier, Jordan Bardella a fait long plaidoyer pour l’environnement. Une stratégie mûrement réfléchie. Le brief politique de Jean-Rémi Baudot
Article rédigé par Jean-Rémi Baudot
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Jordan Bardella, nouveau président du RN, à Paris le 5 novembre 2022 (OLIVIER ARANDEL / MAXPPP)

C’est comme si Jordan Bardella avait débuté sa "mue écolo", jeudi soir. Lors d’une soirée organisée par le magazine classé à l’extrême-droite Valeurs Actuelles, il a débattu avec le journaliste Hugo Clément. Et les deux hommes, qu’a priori tout oppose, se sont retrouvés sur la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique. 

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Le climat, un sujet sur lequel le RN n’est pas très audible : Marine Le Pen n'est pas à l'aise avec la question et a parfois eu des propos contradictoires. Pourtant, certains au RN peaufinent petit à petit un nouvel argumentaire. Une écologie de droite, patriote, assumée. "Il ne faut pas laisser l’écologie à la gauche", martèle ainsi Jordan Bardella. Une vision de l'écologie qui, selon lui, serait catastrophiste, punitive, trop moralisatrice et qui entraînerait une perte de souveraineté. 

Une écologie "patriote", à l'opposé de l'écologie de gauche

A contrario, l'écologie, selon le président du RN, c’est dénoncer la mondialisation et le libre-échange et  vanter agriculture et productions locales. C’est le respect de la terre, des animaux, des traditions, c'est aussi le nucléaire et miser sur les éventuelles avancées technologiques. Et c’est surtout ne pas faire peser trop de contraintes écologiques et financières sur les classes moyennes ou les automobilistes… "Quand on est patriote, on a le souci de son peuple et de son environnement", explique-t-il ainsi.

Le localisme, le terroir... ce sont des arguments classiques au RN. C’est même un classique de la pensée d’extrême-droite. Du nationaliste Charles Maurras à l'eurodéputé Hervé Juvin qui pousse le sujet depuis des années au RN. Ce qui est nouveau, c’est d’axer le discours autour de cette question. Pour Jordan Bardella, l’écologie devient un argument utile pour parler à la fois souveraineté, respect de la terre et fermeture à l’étranger. 

Il faut voir comme le président du RN buvait du petit lait quand Hugo Clément citait, comme conséquences du réchauffement climatique "les vagues d’immigrations massives que personne ne pourra arrêter". C’est un discours qui peut toucher des Français qui s’inquiètent pour la France autant que pour la planète. Pour des électeurs qui cherchent du "bon sens paysan", sans forcément adhérer à la vision d’EELV sur la décroissance ou les questions sociétales.

Du marketing politique plus qu'une réelle sincérité écologiste

Du côté des écologistes de gauche, on balaie le sujet. Yannick Jadot décrit l’écologie d’extrême-droite comme "caricaturale". Son entourage rappelle qu’il y a toujours eu des courants naturalistes à droite et qu’ils marginaux. C’est vrai. Mais si longtemps l’écologie a été portée par la gauche, le sujet n’est plus une niche. Il est devenu majoritaire. La question est désormais de savoir qui saura le récupérer et en faire un récit. 

On ne parle pas pureté du message ou sincérité, de crédibilité, d’efficacité contre le changement climatique ou de solutions réalistes. On parle de marketing politique. 

À une époque, le social était un sujet de gauche. C’est désormais Marine Le Pen qui est perçue comme en pointe la question. En étant habile, qui empêche un Jordan Bardella ou toute autre figure de droite de tenter de récupérer l’écologie pour 2027 ?

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